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Lancée en novembre 2024, la plate-forme de mécénat sportif, Soutiens Ton Sportif, portée par la Fondation du Sport Français confirme sa dynamique positive en dépassant le cap d’un million d’euros récoltés !
Tous les sportifs de haut niveau n’ont pas vocation à être connus. Ce sont simplement des athlètes qui n’ont qu’un souhait, pouvoir vivre de leur passion. Mais la réalité est tout autre. Même si les Jeux olympiques et paralympiques ont fait la lumière sur des disciplines méconnues, cela ne suffit pas à endiguer la précarité qui existe dans le sport. Alors la Fondation du Sport Français a lancé en novembre 2024 Soutiens Ton Sportif, une plate-forme de mécénat qui participe au développement économique des athlètes. Parmi eux, Charlotte Bordas qui a atteint 20 000 euros, Melvin Tchiknavorian avec 18 200 euros ou Paul-Andréa Gay qui a récolté 17 900 euros. Entretien avec Charlotte Feraille, déléguée générale de la Fondation du Sport Français.
Pouvez-vous revenir sur ce qu’est la Fondation du Sport Français ?
La Fondation du Sport Français est la seule fondation reconnue d’utilité publique qui agit dans le secteur du sport. Un statut qui lui confère un rôle important dans le développement du mécénat sportif qui bénéficie à l’ensemble des acteurs qui composent l’écosystème.
Vous avez lancé le dispositif Soutiens Ton Sportif en novembre 2024, en quoi consiste-t-il et pourquoi ce projet ?
Concrètement, Soutiens ton sportif, c’est une plate-forme de mécénat participatif. Cela ressemble à une plate-forme de crowdfunding mais la particularité, c’est que vous pouvez faire un don aux sportifs de votre choix et les donateurs bénéficient d’une réduction fiscale de 66 % pour les particuliers, 60 % pour les entreprises et 75 % pour les particuliers payeurs de l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière). On a lancé cette initiative parce qu’avant les Jeux de nombreux sportifs ont lancé des cagnottes par manque de moyens pour vivre et se préparer décemment aux Jeux.
Avant le dispositif, l’accompagnement se faisait uniquement auprès des profils dits prioritaires, donc ceux qu’on identifiait comme probables médaillés olympiques. C’était à peu près 300 à 400 athlètes. Alors qu’en réalité, ils sont plus de 1 200 à devoir être accompagnés, si on compte l’entièreté des équipes ainsi que les remplaçants. Ça ne couvrait pas assez les frais. Et aujourd’hui, on estime qu’il y a environ 6 000 sportifs qui peinent à vivre de leur passion.
Quelles sont les causes des difficultés financières des sportifs ?
La première ? la précarité de certaines familles. Le haut niveau a un coût même quand vous avez des bourses étudiantes… cela ne suffit pas. Et puis ce sont des carrières longues, parfois vous êtes étudiant de 18 à 28 ans et vous n’avez pas toujours la possibilité de cumuler votre activité de sportif. Le deuxième point, c’est le coût du matériel sportif et l’augmentation des exigences de la préparation. Tant sur le plan physique que mental, ou de l’ordre de la récupération.
Enfin, la question de la médiatisation. On l’évoque beaucoup comme une solution miracle. J’ai un prédécesseur qui avait coutume de dire, qu’il fallait être vigilant sur ce sujet parce qu’il y a des sports qui se pratiquent et d’autres qui se regardent. Prenez le canoë ou l’escrime, pendant les Jeux ces disciplines fonctionnent… Mais après ? Au quotidien elles restent bien moins démocratisées que le football par exemple. Souvent, les sportifs les plus médiatisés cumulent des résultats exceptionnels et une personnalité singulière. Et eux effectivement arrivent à vivre du sponsoring.
À quoi servent ces financements ?
Pour certains, ce sont pour les équipements, par exemple un biathlète international doit avoir vingt paires de skis, plus un fusil, plus un fusil de rechange. Chaque fusil coûte 5 000 euros, les paires de skis je ne vous en parle pas, et tous n’ont pas la notoriété suffisante pour avoir des partenaires équipementiers. La cagnotte va également financer des stages à l’international ou des formations qui ne sont pas pris en charge par la fédération ou pas suffisamment et pour d’autres elle sert tout simplement à remplir le frigo ! Vous avez aussi, de manière assez classique, la prise en charge des kinésithérapeutes, des ostéopathes, des préparateurs mentaux qui ne font pas l’objet de remboursements par la Sécurité sociale.
Les Jeux de Paris ont-ils eu un effet positif pour certaines disciplines ?
C’est difficile à dire, sincèrement je ne le crois pas. Je pense que les Jeux olympiques en France ont permis de mettre sur le devant de la scène la question de la précarité des sportifs. Les entreprises en ont conscience, c’est pourquoi elles ont soutenu des sportifs, notamment dans le cadre du pack de performance, ont adoré l’expérience et la reconduisent jusqu’en 2028. Voilà par exemple ce qu’ont permis les Jeux. Mais on peut regretter que l’héritage des Jeux ne soit pas suffisamment mis en avant.
Quels sont les résultats du dispositif ?
Nous avons dépassé le million en neuf mois de dispositif, c’est déjà un résultat très satisfaisant. On peut s’interroger effectivement sur le fait que certaines cagnottes marchent très bien, d’autres moins. On voit que cela dépend de la capacité du sportif à s’emparer du sujet et à mobiliser autour de lui. Ceci étant on a aujourd’hui plus de 800 athlètes qui sont inscrits ainsi que plusieurs fédérations qui soutiennent le dispositif et qui en font la promotion. Aujourd’hui, c’est environ 200 sportifs qui arrivent à avoir en moyenne 3 000 euros, certains arrivent même à monter jusqu’à 20 000 euros.
Qu’espérez-vous pour la suite ?
On espère qu’il y aura un engouement des sportifs mais aussi un engouement populaire derrière ces initiatives qui sont réellement utiles. Continuons dans cette voie, et dépassons le cap d’un million d’euros récoltés. On aimerait également que le dispositif fasse partie du fameux projet d’héritage des Jeux olympiques qu’on nous promet depuis maintenant un peu plus d’un an. Ce projet nous tient à cœur aussi pour cette jeunesse qui arrive et qui en aura.
![[LE DÉBRIEF] « QVEMA » saison 6, épisode 2 QVEMA](https://www.ecoreseau.fr/wp-content/uploads/2026/01/QVEMA-credits-M6-218x150.png)



































