Temps de lecture estimé : 2 minutes
Dans sa précédente édition, ÉcoRéseau Business donnait la parole à Jean Michel Karam dirigeant d’IEVA Group dont la profession de foi sonnait comme un manifeste À l’injonction rationnelle de l’exil il opposait l’attachement la gratitude et la liberté
« La France m’a tout donné » rappelait-il revendiquant pour les entrepreneurs non seulement un rôle économique mais une responsabilité civique rester construire parler
« Faire entendre la voix des entrepreneurs » Voilà la revendication de Jean Michel Karam
Soyons clairs La voix des entrepreneurs n’est pas entendue Elle est suspecte sujette à toutes les cautions nourries d’un chapelet d’a priori Les entrepreneurs sont soupçonnés d’individualisme d’une vision court-termiste d’opportunisme etc
Car le monde dans lequel s’expriment aujourd’hui les entrepreneurs n’est plus celui d’hier Il a bifurqué rapidement radicalement Le pouvoir ne se concentre plus seulement dans les institutions les tribunes officielles ou les éditoriaux Il se déploie désormais dans les récits dans les images virales dans les algorithmes qui hiérarchisent et déforment l’information et surtout dans la manière dont les faits sont disputés en temps réel
La parole circule se fragmente se contredit se dissout parfois dans un flot continu où tout semble équivalent La guerre de l’information ressemble à une cacophonie qui ne profite pas à un langage de vérité à une expertise ou à des tiers de confiance Elle est une guerre de l’attention monétisée en clics et en audience instantanée
« Faire entendre la voix des entrepreneurs » dans ce désordre ne passe plus par la parole Car parler ne suffit plus Encore faut-il être entendu
Dans ce méga-flux de données d’émotions et de signaux faibles le langage traditionnel perd de sa portée Formats figés discours lissés messages descendants autant de codes qui peinent à survivre dans un espace saturé et hyperconcurrentiel
Pour les entrepreneurs l’enjeu n’est donc plus seulement de défendre leur action mais d’apprendre à évoluer dans cet écosystème mouvant à comprendre ses logiques à produire des récits crédibles et incarnés
C’est là que s’opère la jonction entre l’appel de Jean Michel Karam et l’analyse portée par les travaux récents sur la transformation de l’espace informationnel menés par Manuel Lagny et Mathieu Gabay et synthétisés dans un ouvrage remarquable Bifurcation – Notre nouveau monde après la communication aux Éditions de l’Éclaireur
Faire entendre la voix des entrepreneurs suppose d’accepter que le monde soit devenu à la fois organique en recomposition permanente algorithmique lisible à travers données et plates-formes et profondément humain car seules l’éthique la cohérence et la capacité à relier disciplines techniques et sciences sociales permettent d’émerger durablement
La parole entrepreneuriale est attendue parfois scrutée souvent contestée Elle ne peut plus être défensive ni strictement promotionnelle elle doit s’inscrire dans un récit collectif assumer la complexité affronter la conflictualité du débat public
La bifurcation est là La question n’est plus de savoir s’il faut parler mais si l’on accepte d’en prendre pleinement la mesure pour transformer la parole en voix une voix audible responsable et capable de peser dans un monde qui n’écoute plus que ceux qui ont compris comment il fonctionne
Et les sujets à adresser pour être « entendu » sont clairs la montée des conflits informationnels la fragilisation de la vérité la désintermédiation brutale des récits et l’installation d’une forme de guerre cognitive permanente
Si les entrepreneurs veulent que leur voix porte il faut qu’ils repensent leur langage en pensant leur intention d’influence non comme un art de la proclamation mais comme une ingénierie du réel







![[LE DÉBRIEF] « QVEMA » saison 6, épisode 8 : les inventeurs pour conclure ! QVEMA](https://www.ecoreseau.fr/wp-content/uploads/2026/01/QVEMA-credits-M6-218x150.png)

























