Décider dans l’incertitude : construire des scénarios plutôt que subir

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Anne Baron, directrice générale de l’association Les Rebondisseurs Français.
Anne Baron, directrice générale de l’association Les Rebondisseurs Français.

Inflation, tensions géopolitiques, cyberattaques, évolution réglementaire, perte d’un client majeur, départ d’un associé… Aucun entrepreneur ne maîtrise totalement les événements. En revanche, il peut choisir de ne pas attendre d’être échec et mat pour réfléchir à son prochain coup. Une chronique signée Anne Baron, directrice générale de l’association Les Rebondisseurs Français. 

Observer l’échiquier avant que la partie ne s’accélère

Dans une partie d’échecs, chaque déplacement modifie l’équilibre du jeu. Une ouverture inattendue, un « fou » qui vient bouleverser les plans les mieux préparés, une pièce maîtresse menacée ou une attaque bien menée peuvent obliger à revoir toute la stratégie. L’environnement économique est devenu tout aussi incertain et mouvant. Les certitudes d’hier peuvent disparaître en quelques semaines, voire quelques jours. L’économie aime parfois jouer des tours aux entrepreneurs : un marché qui se retourne, un client qui disparaît, une réglementation qui évolue… Une stratégie construite sur un seul scénario devient alors particulièrement risquée sachant qu’un seul coup peut influencer le cours de la partie.

Pourtant, beaucoup d’entrepreneurs continuent de piloter leur entreprise avec une seule ligne en tête – sans variante : celle où tout se déroule comme prévu. Construire un plan de rebond consiste justement à accepter qu’il existe plusieurs futurs possibles. L’objectif n’est pas de prédire l’avenir, mais d’anticiper les situations qui pourraient modifier le plan initial de l’entreprise afin d’être prêt lorsque l’échiquier évolue et qu’il devient indispensable de changer de dynamique.

Préparer plusieurs coups (de maître) d’avance

Un bon joueur d’échecs n’attend pas que son adversaire joue pour commencer à réfléchir. Il étudie différentes variantes, évalue leurs conséquences et prépare déjà ses parades. Pour une entreprise, la logique est similaire. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est rarement judicieux de faire cavalier seul. Banquier, expert-comptable, avocat, associés, médiateur… Certaines pièces maîtresses sont essentielles pour construire la meilleure stratégie. Que faire si un client représentant 30 % du chiffre d’affaires sort du jeu ? Si une hausse brutale des coûts réduit les marges ? Si un fournisseur stratégique quitte la partie ? Ou, au contraire, si une opportunité de croissance ou d’acquisition se présente plus vite que prévu ? Le plan de rebond devient alors un véritable plan de jeu.

Pour chaque scénario envisagé, il identifie les signaux faibles à surveiller, les premières décisions à prendre, les ressources et les activités à préserver, les partenaires à mobiliser ainsi que les leviers qui pourront être joués rapidement. L’objectif n’est pas d’écrire toute la partie à l’avance. Il est de raccourcir le temps entre l’imprévu et la prise de décision quand celui-ci survient. Comme aux échecs, le meilleur coup est donc souvent celui qui a déjà été anticipé et préparé.

Faire de l’incertitude un avantage stratégique

Les meilleurs joueurs d’échecs ne gagnent pas parce qu’ils prédisent l’avenir. Ils gagnent parce qu’ils ont imaginé plusieurs parties possibles et anticipé les ripostes ou échappatoires correspondantes. Ils ne subissent pas le jeu, conscients que la pendule tourne : ils gardent toujours un, voire plusieurs, coup d’avance. L’entreprise fonctionne un peu de la même manière.

Même les grands maîtres ne gagnent pas toutes leurs parties. En revanche, ils perdent rarement parce qu’ils ont été pris au dépourvu. Ils savent adapter leur stratégie au fur et à mesure que les positions évoluent et avancer leurs pions sans jamais perdre de vue leur objectif. Il en est de même pour les entrepreneurs. Un plan de rebond n’est pas un document figé que l’on range dans un étui. C’est un outil vivant qui évolue au rythme de l’entreprise, des risques qu’elle rencontre, des opportunités qu’elle saisit et des décisions qu’elle prend. Le véritable avantage concurrentiel ne réside donc pas dans la capacité à prévoir l’imprévisible, mais dans la capacité à décider plus vite et plus sereinement lorsque les règles du jeu changent.

Le rebond n’est finalement pas un coup joué après la crise. C’est une stratégie qui se prépare plusieurs coups à l’avance.

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