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Né dans une famille d’entrepreneurs installée en Mayenne, marqué par une histoire familiale d’immigration italienne et de transmission par le travail, Firmin Zocchetto s’inscrit très tôt dans une trajectoire tournée vers la création. Avant même le bac, il lance sa première entreprise avec Ghislain de Fontenay, futur cofondateur de PayFit, déjà animé par l’essor des nouveaux usages numériques. Quelques années plus tard, au sein de la prestigieuse ESCP Business School, place à un nouveau projet : s’attaquer à un sujet jugé peu attractif mais essentiel, la paie ! En 2015, il cofonde PayFit, avec l’ambition de

simplifier et d’automatiser un univers encore largement manuel, complexe et réglementaire. Dix ans plus tard, la jeune pousse est devenue scale-up et accompagne plus de 20 000 clients (principalement des TPE et PME) en Europe. Entre évolutions réglementaires majeures, crise covid et révolution IA, la réussite de l’entreprise tient avant tout à sa capacité d’adaptation. À son agilité. Firmin Zocchetto n’a que 33 ans et estime finalement n’en être qu’à sa première « vraie » entreprise créée. « Quand je regarde mon LinkedIn, en comparaison avec les autres patrons du Next40, j’ai l’impression que mon CV est vide ! », sourit-il. Cela fait pourtant déjà onze ans qu’il construit et fait grandir PayFit. Et ce, sans bureau attitré : « Je me mets là où il y a de la place ! », ajoute-t-il. Décidément à contre-courant. Celui qui rêvait d’être footballeur est devenu un entrepreneur aguerri, voilà qui est sans doute tout autant sportif ! Rencontre.

L’enfance contribue sans doute beaucoup à ce que l’on devient. Quel est votre point de départ ?

J’ai grandi à Laval, en Mayenne, dans une famille où l’entrepreneuriat faisait presque partie du patrimoine familial. Mon père était entrepreneur, mon grand-père aussi, et même mon arrière-grand-père. Notre histoire familiale commence à la fin du XIXe siècle, lorsque mes arrière-arrière-grands-parents ont quitté le Piémont italien pour venir travailler en France. Comme beaucoup d’Italiens de l’époque, ils se sont tournés vers le BTP et ont participé à construire leur vie par le travail. Mon arrière-grand-père s’appelait Giovanni, mais il a choisi de devenir « Jean » pour mieux s’intégrer à la société française. Il a d’ailleurs appelé son fils Firmin. Cette culture de l’effort, de l’intégration et de l’initiative m’a énormément marqué. J’ai grandi avec des récits d’entreprises créées, de clients à convaincre, d’équipes à faire vivre. Très tôt, même si j’étais bon élève, j’ai su que je voulais construire mon propre projet. Tracer ma voie.

Vous avez monté votre première entreprise dès le lycée… racontez-nous.

J’ai créé ma première entreprise avant même le bac, avec Ghislain de Fontenay, qui deviendra plus tard l’un des cofondateurs de PayFit. Lui savait coder, moi je m’intéressais déjà beaucoup aux nouveaux modèles économiques qui émergeaient avec Facebook ou Captain Train. On avait 17 ans et on a lancé un réseau social linguistique, traduit dans une vingtaine de langues, avec quelques milliers d’utilisateurs. Mais nous n’avions pas encore trouvé de véritable modèle économique. Ensuite, nos chemins se sont temporairement séparés : moi vers la prépa puis l’ESCP, lui vers le travail. Quelques années plus tard, il est revenu avec une nouvelle idée…

Cette nouvelle idée, c’est déjà PayFit. Pourquoi se lancer dans l’univers de la paie ?

Fin 2014, j’étais en plein milieu de mes études à l’ESCP quand Ghislain est revenu me voir avec une idée totalement folle : inventer un langage de programmation pour réinventer la paie. Il m’a dit : « Toi, tu vas devenir expert de la paie sur Internet et construire le produit. » Je n’y connaissais absolument rien, mais justement, c’est ce qui nous a poussés à y aller sans préjugés. Tout le monde nous déconseillait ce marché : l’Urssaf faisait peur, le droit du travail changeait sans cesse, les conventions collectives semblaient impossibles à gérer. Avec Ghislain, on s’est mis en colocation et on a travaillé jour et nuit sur le sujet. Florian (Fournier, ndlr), troisième cofondateur, nous a rejoints ensuite. J’ai appris la paie en partant de zéro, en lisant, en échangeant avec des experts et surtout en faisant.

C’est en réalité votre première « vraie » création d’entreprise, après seulement quelques mois de stage. Le salariat n’était pas fait pour vous ?

Pendant mes études, la voie « naturelle » pour beaucoup, c’était le conseil ou la banque d’affaires. J’ai fait un stage de cinq mois en fusion-acquisition, mais cela m’a surtout confirmé que je ne me projetais pas dans une grande organisation très hiérarchisée. J’avais envie de liberté, de construire moi-même et de voir directement l’impact de mes décisions. Alors j’ai préféré prendre le risque entrepreneurial. Ce qui est assez particulier, c’est que PayFit reste ma première vraie expérience professionnelle depuis onze ans. Beaucoup d’entrepreneurs du Next 40 en sont à leur troisième ou quatrième société ; moi, j’ai appris en avançant, en recrutant des profils expérimentés, comme un ancien directeur financier d’Ingenico ou un ancien directeur commercial d’OVHcloud, qui m’ont aidé à faire grandir l’entreprise et sa culture.

Pourquoi vous rejoignent-ils selon vous ?

Ils nous rejoignent d’abord pour l’ambition du projet : celle de transformer en profondeur la paie et les RH pour les petites entreprises. Il y a aussi une forme d’insatisfaction positive, une envie de ne pas suivre un chemin tout tracé, mais de construire quelque chose de différent. La culture joue beaucoup, on cherche des personnes qui aiment être challengées, progresser, et qui apprécient autant le chemin que le résultat. Je crois aussi à une approche où la fin ne justifie pas les moyens. L’idée est d’embarquer les équipes, de les faire grandir. Voir ensuite d’anciens collaborateurs devenir entrepreneurs à leur tour, 60 à ce jour, est une vraie fierté.

Concrètement, pour ceux qui ne connaissent pas encore, PayFit c’est quoi ?

PayFit est une solution de gestion de la paie et des ressources humaines destinée aux TPE et PME, en France, en Espagne et au Royaume-Uni. Concrètement, elle permet de centraliser et d’automatiser tout ce qui touche à la paie et à l’administration du personnel : déclarations sociales, gestion des congés, notes de frais, entretiens, distribution des bulletins de salaire. L’ensemble du processus est digitalisé, de la production de la paie jusqu’aux échanges avec les organismes sociaux comme l’Urssaf ou France Travail, ainsi qu’avec les mutuelles. La plateforme est utilisée à la fois par les dirigeants, les RH et les salariés, qui peuvent accéder à leurs documents et demandes en ligne.

L’univers de la paie a beaucoup évolué en dix ans. Comment s’est-il transformé ?

Le marché de la paie est extrêmement mouvant. Chaque changement réglementaire ou technologique a un impact direct sur les outils. Par exemple, l’arrivée du prélèvement à la source en 2019 a profondément modifié les flux de paie. Pour nous, c’était une évolution positive, car elle a renforcé l’automatisation des processus et réduit les tâches manuelles, ce que je défends fortement dès que c’est possible. La crise covid a été un autre moment clé. Du jour au lendemain, les règles ont changé : chômage partiel, reports de charges sociales, dispositifs d’aide… Nos clients, notamment dans la restauration, ont été très touchés et il a fallu adapter les systèmes en temps réel pour leur permettre de gérer ces situations sans dépendre de fichiers Excel ou de process complexes. On voit aussi une rupture technologique continue. Il y a vingt ans, les dirigeants appelaient leurs banquiers pour effectuer les virements. Puis sont arrivés les fichiers SEPA, et aujourd’hui des intégrations directes avec les banques et des solutions comme Qonto. Le flux devient de plus en plus automatisé. Pourtant, une partie des entreprises fonctionne encore de manière très manuelle. L’enjeu reste donc de simplifier, fiabiliser et automatiser au maximum pour redonner du temps aux entrepreneurs et sécuriser leurs opérations.

Pourquoi certains dirigeants n’ont-ils pas encore franchi ce virage technologique ?

Parce que la transition technologique n’est pas encore évidente pour tout le monde. Certains dirigeants continuent de fonctionner comme ils l’ont toujours fait : « j’ai fait comme ça pendant 30 ans, pourquoi changer ? » Il y a aussi une perception de risque, la peur des erreurs ou un manque de confiance dans les solutions. L’adoption prend donc du temps : il y a des early adopters, des clients très en avance, et d’autres qui mettront encore des années à franchir le pas. Cela dépend aussi des secteurs et des générations. La pédagogie, le bouche-à-oreille et la notoriété jouent un rôle clé dans cette évolution.

L’intelligence artificielle (IA), dont tout le monde parle, doit profondément bouleverser vos métiers ?

L’IA est devenue centrale parce que nous nous adressons à des non-experts de la paie, qui ont besoin d’être guidés en permanence. Depuis fin 2024, nous avons lancé PayFit Copilot, un assistant qui accompagne les entrepreneurs dans la gestion de leur paie. Aujourd’hui, il représente déjà environ 90 000 conversations par mois entre les clients, leurs salariés et l’agent. On peut lui poser des questions très concrètes, comme retrouver une prime versée, et il répond immédiatement. Il peut aussi alerter en cas de non-conformité avec une convention collective ou le droit du travail, ce qui réduit les erreurs et fait gagner du temps. L’étape suivante dans les prochains mois sera des agents plus proactifs, capables d’anticiper les anomalies. Mais dans un métier aussi sensible, où tout doit être exact au centime près, l’enjeu reste de combiner automatisation et accompagnement humain au bon moment.

Quelle est aujourd’hui une tendance marquante dans l’univers de la paie ?

Une tendance forte aujourd’hui concerne les acomptes sur salaire. C’est un droit prévu par la loi, mais qui reste souvent complexe à gérer pour les employeurs. Concrètement, un salarié peut demander à percevoir une partie de son salaire en milieu de mois, souvent jusqu’à 50 %. On observe une demande croissante, notamment chez les jeunes générations, habituées à plus d’instantanéité dans tous les domaines. Là où les générations précédentes étaient moins dans ce rapport immédiat à l’argent, aujourd’hui les salariés veulent savoir, anticiper et accéder à leur rémunération en temps réel. C’est aussi lié aux enjeux de pouvoir d’achat : certains acomptes servent à absorber des dépenses du quotidien, avec des pics visibles à certaines périodes comme décembre.

La France doit transposer d’ici à juin 2026 la directive européenne sur la transparence salariale. Est-ce, selon vous, une bonne mesure ?

Cette directive sur la transparence salariale va surtout concerner les entreprises de taille intermédiaire et au-delà, dont une partie de nos clients. L’objectif n’est pas de rendre les salaires individuels publics, mais de permettre aux entreprises de justifier leurs grilles et d’extraire des données fiables issues de leur système de paie pour répondre à des demandes internes. Concrètement, il s’agit de pouvoir expliquer les niveaux de rémunération par poste ou par classe. Nous serons en première ligne pour accompagner cette évolution. C’est, selon moi, une bonne mesure, dans le sens de l’histoire car elle apporte de la clarté et réduit certaines zones d’opacité qui existent encore aujourd’hui dans de nombreuses organisations.

Comment décririez-vous votre style de management ?

Exigence et responsabilisation ! Chacun organise son travail comme il le souhaite. C’est la création de valeur qui compte. Certains viennent au bureau tous les jours, d’autres moins, et cela fonctionne naturellement dans la culture de l’entreprise. Les équipes naviguent facilement entre les différents espaces et collaborent de manière fluide. De mon côté, je n’ai d’ailleurs jamais eu de bureau attitré : je m’installe là où il y a de la place ! C’est assez révélateur d’une culture où la hiérarchie passe moins par les symboles que par la confiance et l’impact. Les résultats sont ce qui comptent le plus pour moi.

Quels sont vos objectifs avec PayFit ? Et vos ambitions personnelles ?

À 33 ans, j’ai le sentiment que nous ne sommes encore qu’au début de l’histoire. En France, une entreprise sur cinquante utilise aujourd’hui notre solution : il reste donc un potentiel immense. Notre objectif est de construire la meilleure solution de gestion de la paie et des RH pour les petites entreprises, en France, en Espagne et au Royaume-Uni. Nous voulons aller encore plus loin dans l’automatisation, réduire au maximum les risques d’erreurs et simplifier les échanges avec les organismes sociaux comme l’Urssaf. Le marché est gigantesque, ce qui rend l’ambition forte mais réaliste. Si une entreprise sur quatre en France nous utilisait, ce serait déjà une étape majeure.

Quels conseils donneriez-vous aux porteurs de projet pour bien démarrer leur aventure entrepreneuriale ?

Ce que j’aime chez les entrepreneurs, c’est cette énergie très forte, presque contagieuse, et l’envie de construire quelque chose de nouveau. C’est aussi ce qui donne envie de les aider. Dans la période actuelle, il y a énormément de projets en France et il faut les soutenir. Le premier conseil, c’est d’être très clair sur ce que l’on veut accomplir, même si cela évolue ensuite. Il ne faut pas créer une entreprise parce que c’est tendance ou « sexy », ni copier un modèle existant. Chaque entrepreneur a sa propre trajectoire qui dépend de son marché, de son équipe, de son ambition, il est essentiel de trouver la sienne. On peut s’inspirer des autres, mais jamais faire un copier-coller. Et surtout, il faut accepter que l’entrepreneuriat, c’est la liberté mais aussi une forme d’inconfort permanent. On n’est jamais vraiment prêt, et on avance avec le doute.

Quelles décisions ne reprendriez-vous pas aujourd’hui ?

Avec le recul, j’aurais dû plus tôt réduire le nombre de priorités et de pays, et apprendre à dire davantage non. J’ai aussi parfois trop délégué des sujets clés en recrutant des profils très seniors en pensant qu’ils appliqueraient des recettes qui avaient déjà fonctionné ailleurs, ce qui ne marche pas toujours tel quel.

Que faites-vous quand vous ne travaillez pas ?

Plus jeune et jusqu’à 15 ans, mon rêve était d’être footballeur professionnel ! Aujourd’hui, je cours pas mal, surtout pour me vider la tête. Ça m’aide à prendre du recul et à souffler. Et il y a d’ailleurs pas mal de sportifs dans l’entreprise, ça crée aussi une dynamique commune.

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