2030 : une échéance et un pari onusien

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Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

L’humanité s’est fixé l’horizon 2030 comme date à laquelle l’extrême pauvreté devait refluer, la faim être éradiquée et chaque humain aurait accédé à l’eau, l’électricité, l’éducation et aux soins. Et notre planète aurait engagé sa transition écologique ! Par Ezzedine El Mestiri. 

Quand les Nations unies ont adopté en 2015 l’Agenda 2030, l’ambition n’était pas démesurée car l’espoir était permis. On ne savait pas que le monde allait sombrer dans des conflits armés, un recul de l’aide au développement et un dangereux dérèglement climatique. Les crises successives de la dernière décennie ont éloigné les objectifs du développement durable. Le rapport d’étape de 2025 a dressé un constat inquiétant des retards accumulés. Sur les 17 objectifs fixés, près de la moitié sont stagnants. Seuls 36 % de ces objectifs sont en bonne voie de progression tandis que 15 % sont désormais en recul.

La promesse ne sera pas tenue

Mais le tableau est loin d’être sombre. Le taux d’accès à l’électricité est de 92 % à l’échelle mondiale. Le recul du mariage des enfants se poursuit. Davantage de filles sont scolarisées, et plus de la moitié de la population mondiale bénéficie d’une protection sociale. Depuis 2015, 110 millions d’enfants supplémentaires ont été scolarisés, et 54 pays ont éliminé au moins une maladie dangereuse. Mais, il reste tant à faire ! Ces résultats positifs ne doivent pas masquer la réalité d’une pauvreté persistante, des inégalités grandissantes et de la crise climatique. Plus de 800 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté, près de 38 millions sont réfugiées et 1,12 milliard d’habitants sont privés de services de base comme l’eau ou l’hygiène.

Nous savons qu’à trois ans de l’échéance, la promesse de 2030 ne sera pas tenue. Mais l’ONU est bien décidée à poursuivre ce projet. Sauver ce qui peut encore l’être. Mais aborder ce grand projet avec un autre état d’esprit. « Le défi qui nous attend n’est pas un manque d’idées. C’est un manque de vitesse. Les années qui nous séparent de 2030 ne doivent pas constituer un nouveau cycle de rapports. Elles doivent devenir un cycle de mise en œuvre », insiste Lok Bahadur Thapa, président du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC).

Les solutions amplement identifiées

Fini le temps des diagnostics ! le temps presse et adieu les forums consacrés au développement durable où l’on dressait l’inventaire des progrès et des retards. Aujourd’hui, les solutions sont amplement identifiées. Et il faudrait pallier à ce qui fait défaut, la volonté politique et les moyens financiers. Le déficit annuel nécessaire pour atteindre les objectifs de développement durable dépasse désormais 4 000 milliards de dollars. Et tristement l’aide publique au développement est à son niveau le plus bas.

Faut-il pour autant céder au découragement ? Si dans l’enceinte onusienne, personne ne semble plus croire que les 17 objectifs du développement durable seront pleinement atteints d’ici à 2030, on garde l’espoir que certains d’entre eux sont encore à portée de main. Il ne s’agit plus de tenir une promesse faite il y a plus de dix ans, mais de réaliser au plus vite ce qui est possible à faire. Éviter que l’Agenda 2030 ne rejoigne la longue liste des ambitions internationales enterrées dans le grand cimetière onusien !

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