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TRIBUNE. Pour beaucoup de Français, l’été est synonyme de ralentissement. Les bureaux se vident, les congés s’enchaînent et l’activité semble entrer dans une parenthèse estivale. Cette image est pourtant loin de refléter la réalité de l’ensemble du tissu économique. Par Pierre Vandenhove, PDG de DV GROUP.
Chaque année, lorsque de nombreuses entreprises ferment temporairement leurs portes, une autre économie entre en action. Les hôtels, restaurants et acteurs du tourisme ne sont pas les seuls à connaître un pic d’activité. Dans l’industrie aussi, l’été est une période stratégique. Les arrêts des sites de production permettent de réaliser en quelques semaines des opérations de maintenance, de modernisation et de contrôle qui ne peuvent être effectuées lorsque les installations sont en exploitation.
Une industrie qui recrute… mais reste méconnue
L’industrie française emploie aujourd’hui plus de 3,1 millions de personnes, soit 13,3 % des salariés. Si les recrutements redoublent en été, dans le même temps, plus de 60 000 postes y restent vacants chaque année. Conscient de cet enjeu, le Gouvernement a présenté au printemps une feuille de route nationale pour l’attractivité et l’emploi dans l’industrie, avec un objectif ambitieux : atteindre 600 000 recrutements durables d’ici à la fin de l’année 2026.
Le manque d’attractivité de l’industrie est souvent évoqué. Pourtant, le principal obstacle n’est pas toujours le manque d’intérêt des Français pour ces métiers. Il tient surtout au fait qu’ils n’ont, bien souvent, jamais eu l’occasion de les découvrir. Il est difficile d’envisager une carrière de technicien de maintenance, d’automaticien, d’électromécanicien ou d’ingénieur en contrôle industriel lorsque ces professions demeurent méconnues. Il est tout aussi difficile de s’intéresser à des métiers largement absents des représentations, des médias et, parfois même, des parcours d’orientation.
L’industrie connaît aujourd’hui une transformation profonde. Les usines intègrent désormais la robotique, l’automatisation, l’intelligence artificielle, les jumeaux numériques ou encore la maintenance prédictive. Les compétences recherchées évoluent elles aussi, mêlant mécanique, électronique, informatique, analyse des données et cybersécurité industrielle.
L’été, une opportunité sous-estimée
C’est précisément là que l’été prend tout son sens. En quelques semaines seulement, des milliers de professionnels interviennent pour préparer les performances industrielles des mois à venir. Cette période s’accompagne également d’importants besoins en recrutement.
Pour de nombreux jeunes, elle représente une occasion unique de découvrir un univers professionnel auquel ils n’auraient probablement jamais été confrontés autrement. Ce qui devait être un simple emploi d’été ou un stage devient alors une immersion dans un secteur en pleine transformation.
Ces premières expériences permettent de comprendre un métier, d’appréhender ses réalités et, parfois, de faire naître une vocation.
Faire découvrir avant de vouloir recruter
À l’heure où la France investit pour réindustrialiser son économie, la question des compétences ne pourra pas être résolue uniquement par la formation ou les politiques de recrutement. Elle suppose également de mieux faire connaître les métiers de l’industrie. Une profession ne suscite pas de vocation lorsqu’elle demeure méconnue.
Les entreprises qui restent mobilisées pendant l’été ne préparent pas seulement la reprise industrielle de septembre. Elles contribuent également à révéler les talents dont l’industrie aura besoin demain. Faire découvrir ces métiers dès les premières expériences professionnelles n’est plus un simple enjeu de recrutement : c’est une condition de la réindustrialisation. Les vocations naissent avant tout de la découverte du terrain et de celles et ceux qui le font vivre.


























