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Travailler pieds nus. Ou en chaussettes. Ou en chaussons. Si la tendance n’est pas (encore) arrivée en France, elle séduit de plus en plus d’entreprises américaines, nordiques et britanniques – majoritairement des start-up. Derrière cette sensation « comme à la maison », l’idée est de favoriser le bien-être des collaborateurs et, par extension, d’améliorer leur motivation et productivité.
Laisser ses chaussures à l’accueil de l’entreprise ? C’est désormais monnaie courante auprès de plusieurs start-up à l’étranger. « La politique d’interdiction de porter des chaussures au travail se répand dans les bureaux majoritairement composés de jeunes travailleurs, où les employeurs espèrent que chaussettes douillettes et chaussons favoriseront un environnement de travail détendu », analysait le New York Post en janvier 2026.
Les bienfaits escomptés
Pour les entreprises précurseures de la tendance, enlever ses chaussures dès l’arrivée au bureau ne serait pas qu’une question de confort mais un moyen d’instaurer une ambiance propice à la sérénité.
Natalie James, qui a lancé cette politique dans sa firme de soins de la peau helloSKIN, dit avoir noté « une augmentation de la sensation de calme, qui s’accompagne d’une meilleure concentration », dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian. « Les bureaux sont par nature des environnements stressants. (…) Si un simple geste comme enlever ses chaussures permet de se sentir plus à l’aise, et donc plus créatif, alors pourquoi s’en priver ? », ajoute-t-elle.
Si les bénéfices restent encore difficiles à mesurer, plusieurs experts estiment que cette nouvelle habitude pourrait avoir des effets positifs sur le bien-être des salariés. D’abord parce qu’elle participe à maintenir des locaux plus propres. Les chaussures ramènent en effet des poussières et bactéries de l’extérieur. Alors que marcher pieds nus ou en chaussettes permet une meilleure aération des pieds, ce qui limiterait le développement de mycoses et autres maladies.
Les défenseurs du « no shoes » mettent également en avant ses bénéfices pour le corps. Beaucoup de chaussures de ville sont peu adaptées à une position debout prolongée. Les retirer quelques heures permettrait de soulager les pieds, d’améliorer les appuis et de réduire certaines tensions musculaires.
Le footware-free workplace participerait aussi à améliorer les relations entre collègues. La start-up suédoise Instabridge a d’ailleurs fait le buzz sur les réseaux sociaux en publiant des photos des modèles colorés portés par ses collaborateurs.
L’économie du pyjama ?
Cet aspect « détente au travail » ne convainc pas (et ne convient pas) à tout le monde. Pour certains observateurs, travailler sans chaussures illustre surtout une évolution plus profonde des modes de travail, où les frontières entre la vie professionnelle et la vie personnelle deviennent de plus en plus floues.
Pour Nicholas Bloom, économiste à Stanford, cette tendance sans chaussures découle en partie d’une « économie du mouvement pyjama », issue des télétravailleurs qui amènent au bureau des habitudes acquises pendant la pandémie. Après avoir passé des mois à travailler en chaussons ou pieds nus depuis leur salon, certains salariés prolongeraient cette quête de confort une fois de retour dans les locaux de leur entreprise.
Dans un article du Guardian, le professeur Mustafa Özbilgin, spécialiste de l’inclusion au travail à l’Université Brunel de Londres, soulève un autre enjeu. « Les hommes peuvent se permettre l’informalité, mais pour les femmes, la tenue vestimentaire contribue à la manière dont elles sont jugées sur le plan professionnel. »
Le chercheur souligne également un possible fossé générationnel. Là où les plus jeunes voient un simple marqueur de convivialité, les salariés plus âgés peuvent y percevoir un manque de sérieux ou de professionnalisme. En France, où les débats sur la tenue vestimentaire au travail ressurgissent à chaque épisode de canicule, difficile d’imaginer les collaborateurs pieds nus dans un avenir proche.


























