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« Pas moins de 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore. » C’est en tout cas ce qu’affirmait un rapport de Dell et de « l’Institut pour le Futur », un think tank californien, en 2017. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Mais la question demeure : si l’École peine déjà à former aux métiers d’aujourd’hui, comment pourrait-elle anticiper ceux de demain ? Prépare-t-elle réellement les élèves à entrer dans le monde de l’entreprise ?
L’école est indispensable. À la fois une obligation et une nécessité. Mais elle n’est pas parfaite et peine parfois à former au monde du travail, qui évolue sans cesse. Pour s’y adapter, les établissements tentent avant tout de se réinventer et préparent chacun à leurs spécialités phares. Les universités ont leurs masters rois : informatique, management, MEEF. Les grandes écoles recrutent surtout en ingénierie : 44 % des étudiants sont embauchés avant leur diplôme et 33 % dans les trois mois qui suivent, d’après la 36e enquête de l’Observatoire des ingénieurs et scientifiques de France (IESF). Les Instituts d’administration des entreprises (IAE), acteurs plus récents, se font aussi une place dans ce paysage d’études très codifié. D’après IAE France, 89 % des étudiants sont embauchés dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme, pour un salaire moyen de 39 400 euros.
Mais la clé, c’est la professionnalisation, qui passe par les stages et l’alternance. « Il y a un degré de professionnalisation qui va s’opérer progressivement avec des stages, du bénévolat et de l’alternance », explique Marie-Christine Chalus, directrice générale de l’IAE de Lyon, présidente du réseau IAE France et professeure d’université en stratégie et en entrepreneuriat.
S’adapter au changement
Le défi majeur est désormais de répondre aux nouvelles attentes du monde de l’entreprise. Les compétences recherchées ont évolué : on parle, par exemple, de plus en plus de soft skills. « Nos étudiants, à Lyon par exemple, doivent effectuer 20 heures de bénévolat entre leur deuxième et leur troisième année. Honnêtement, cela leur apporte aussi des soft skills », poursuit Marie-Christine Chalus.
En matière de langues aussi, les exigences ont fortement augmenté. Pour y répondre, les écoles encouragent de plus en plus les séjours d’études à l’étranger. En 2022, plus de 144 000 étudiants se sont rendus à l’étranger dans le cadre d’une mobilité diplômante. La France se classe au 7e rang des pays d’origine des étudiants mobiles.
Les destinations les plus prisées varient selon la situation géopolitique, mais les étudiants se tournent notamment vers la Belgique, le Canada, l’Espagne, la Roumanie ou la Suisse. « À Epitech, nous proposons 130 destinations. Certaines permettent d’obtenir un double diplôme avec l’université d’accueil », souligne Laura Hassan, directrice générale d’Epitech et doctorante, dont la thèse porte sur « Numérique et universités : politiques publiques et stratégies post-Covid ».
Former à ce qui n’existe pas ?
« Le problème, c’est qu’il faut aussi avoir une vision à long terme. On sait très bien que quelqu’un qui est formé en visant strictement un métier est le plus “efficace” à court terme : les personnes sont immédiatement employables. Mais il faut aussi assurer aux individus la capacité d’apprendre tout au long de leur vie, c’est-à-dire de changer de métier, de secteur ou de compétences. » Pour Marie-Hélène Toutin, chargée d’études au Céreq, continuer à se former tout au long de sa vie est une nécessité. D’abord pour maintenir ses compétences à niveau, mais aussi pour s’adapter aux transformations profondes du monde du travail. « Certes, il faut une professionnalisation, mais l’éducation et la formation doivent aussi permettre aux individus d’apprendre tout au long de leur vie », explique la spécialiste du Céreq. Mais comment enseigner cet état d’esprit ? En donnant envie aux élèves de continuer à se former et de rester curieux. Une démarche d’apprentissage à cultiver.
Pour d’autres, toutefois, si les connaissances théoriques sont importantes, elles ne font pas tout. « Il y a quand même une chose que personne ne maîtrise : vous pouvez être premier de la classe sans être forcément très bien adapté à l’entreprise. Cela peut arriver. On peut être très travailleur et studieux, mais avoir des difficultés à s’adapter au monde professionnel. Il n’y a pas toujours de corrélation. Le premier de la classe n’est pas nécessairement le meilleur en entreprise. Tout est aussi une question d’adaptation et d’autonomie. C’est pourquoi il est essentiel de lier apports théoriques et mise en pratique afin d’offrir à nos étudiants toutes les chances de réussir leur vie professionnelle », rappelle Marie-Christine Chalus.
L’École a encore du chemin à faire
L’école prépare-t-elle vraiment au monde de l’entreprise ? La question divise. Les facteurs sont nombreux et dépendent du parcours, des ambitions, mais aussi du caractère de chacun. Autant d’éléments qu’une école peut influencer, sans pour autant les imposer. « L’enseignement supérieur est quand même conscient de sa non-corrélation avec ce qu’attendent les entreprises. Quand vous avez un amphithéâtre de 100 étudiants, il faut choisir son combat : soit on forme la masse, soit on forme l’élite », admet Laura Hassan.
De son côté, Marie-Hélène Toutin nuance également son propos : « Par certains aspects, oui, l’école professionnalise et donne les outils pour s’insérer sur le marché du travail. Elle prépare aussi sur le plus long terme. Les lieux de formation sont différents et permettent d’apprendre des choses différentes. » Peut-être pas suffisant donc, mais encourageant.
Par LÉA JOANNES

































