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Et si la meilleure façon de parler de ses réussites en entretien était de ne pas avoir l’air de trop en parler ? C’est tout le principe de l’« humorbragging », une technique qui mêle autopromotion et humour pour séduire les recruteurs sans passer pour le candidat qui se regarde déjà dans le miroir en imaginant son portrait accroché dans l’open space.
Se vendre en entretien est un exercice périlleux. Trop modeste, le candidat risque de passer à côté de ses qualités. Trop sûr de lui, il peut rapidement donner l’impression d’avoir déjà tout appris avant même d’avoir obtenu le poste. C’est précisément ce paradoxe que Nir Halevy, professeur de comportement organisationnel à la Stanford Graduate School of Business, avec ses coauteurs, Jieun Pai de l’Imperial College London et Eileen Chou de l’Université de Virginie, ont étudié. Leur solution : l’« humorbragging », soit l’art de mettre en avant ses accomplissements avec une pointe d’humour.
Se vanter, mais avec le sourire
L’idée n’est donc pas de transformer l’entretien en scène de stand-up. L’« humorbragging » consiste plutôt à conserver le fond sérieux de son autopromotion mais y ajouter une petite touche de second degré. « C’est tout un art. On ne peut pas miser sur l’autodérision si l’on cherche à paraître compétent, et il ne faut pas offenser les autres lorsque l’on souhaite attirer l’attention sur soi », explique Nir Halevy dans un article de Stanford Business.
Et les chercheurs ont quelques arguments pour défendre leur idée. Leur première expérience a consisté à envoyer deux CV comparables à 345 entreprises recrutant des commerciaux : l’un utilisait une autopromotion classique, l’autre ajoutait une touche d’humour. Le CV « humorbraggant » a suscité davantage d’intérêt. Dans l’expérience rapportée par Stanford, le candidat utilisant l’humour a même obtenu trois fois plus de visites sur son site personnel et a été contacté près de 1,5 fois plus souvent par des recruteurs que son concurrent plus classique.
L’explication tient notamment à deux perceptions : la convivialité et la compétence. Autrement dit, le candidat peut apparaître à la fois performant et agréable. « L’humorbragging augmente la convivialité et la compétence perçues, les deux notions fondamentales de la perception sociale », concluent les chercheurs. Et ces deux dimensions influencent ensuite les intentions d’embauche.
Attention au retour de bâton
Reste une règle d’or : l’« humorbragging » ne consiste pas à arriver devant le recruteur avec quinze blagues préparées et un spectacle en trois actes. Dans l’étude, l’humour efficace est celui qui vient renforcer l’autopromotion, pas celui qui la remplace. L’objectif est de faire sourire tout en laissant très clairement comprendre que l’on sait de quoi on parle. Il faut donc éviter l’autodérision excessive, le sarcasme ou les plaisanteries visant le recruteur. Bien entendu, humour trop lourd, voire discriminatoire… à bannir !
Concrètement, plutôt que de déclarer très solennellement : « J’ai augmenté le chiffre d’affaires de 30 % », un commercial pourrait tenter : « J’ai pris l’habitude de parler en millions d’euros… bon, d’accord, j’exagère un peu. Mais j’ai quand même augmenté le chiffre d’affaires de 30 %. » Une réussite reste une réussite, mais elle passe soudainement beaucoup mieux.
L’« humorbragging » ne garantit évidemment pas l’embauche. Il peut même se retourner contre son auteur si la plaisanterie tombe à plat. Mais dans un entretien où plusieurs candidats affichent des compétences similaires, un peu d’humour pourrait bien faire la différence entre « candidat compétent » et « candidat compétent dont on se souvient ».






























