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Entre les chiffres et les témoignages, ce n’est plus un mythe : l’École a changé. Elle a dû s’adapter à une hausse, à la fois des étudiants et des exigences, et s’adapter à son temps. Mais a-t-elle vraiment évolué, ou est-elle déjà dépassée ?
En 2024-2025, un peu plus de trois millions d’étudiants sont inscrits dans l’enseignement supérieur. Ce qui représente une hausse de 1,4 % par rapport à l’année précédente. Par exemple, pour les écoles de commerce, gestion et comptabilité, cette augmentation est de 5,5 %.
Cette mutation de l’enseignement supérieur frappe de plein fouet les étudiants, confrontés à une multiplication des offres, y compris au sein d’écoles non reconnues ou qui ne délivrent pas de diplôme officiel, mais qui restent pourtant très coûteuses. Selon une enquête de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) menée en 2020, 56 % des établissements présentaient des anomalies sur au moins un aspect de la réglementation, et 30 % avaient recours à des pratiques commerciales trompeuses. Il s’agit notamment d’affirmations concernant l’employabilité liée au diplôme ou de la mise en avant de partenaires dont l’existence ne peut être vérifiée. La DGCCRF relève également l’utilisation fréquente de termes tels que « licence », « master » ou « doctorat », alors que l’établissement n’est pas habilité à délivrer ces diplômes.
Mais des écoles aussi plus professionnalisantes
En parallèle de ces écoles plus « douteuses », beaucoup développent leur modèle de l’alternance, ce qui constitue une véritable aubaine pour les étudiants. Les coûts de scolarité sont réduits, et le système offre à la fois un salaire et une expérience significative dans le monde du travail. Selon France Apprentissage, on comptait 1 015 400 apprentis en France en janvier 2024, soit une hausse de 4,7 % par rapport à l’année précédente.
« Il y a eu une très forte progression du contrat d’apprentissage depuis 2018, alors que le contrat de professionnalisation a plutôt reculé. Les deux phénomènes sont sans doute liés. La loi du 5 septembre 2018, mise en œuvre à partir de 2020, a dérégulé l’offre de formation en apprentissage. Avant, le nombre de places disponibles était régulé par les régions ; désormais, on est passé à un modèle régulé par le marché », explique Marie-Hélène Toutin, chargée d’études au Céreq. La mise en place de cette loi a permis d’augmenter le volume de places ouvertes en alternance et a contribué à démocratiser ce modèle. « Du côté des entreprises, la loi de 2018 a également facilité, flexibilisé et sécurisé le contrat. Il est devenu beaucoup plus simple de signer un contrat. »
Or, si l’on comptait encore près de 658 000 étudiants en apprentissage dans l’enseignement supérieur à la fin 2024, on constate un ralentissement de la progression des effectifs depuis 2020, d’après Diplomeo. Cette tendance s’explique principalement par la fin des aides exceptionnelles versées aux entreprises lors de l’embauche d’alternants. « Les conditions sont en train de changer. Cela fait environ deux ans qu’il y a des modifications régulières dans les normes d’attribution des primes aux employeurs d’apprentis. Donc, mécaniquement, le coût va augmenter, notamment pour les grandes entreprises qui recrutent des apprentis », précise la spécialiste de l’économie de la formation et de l’apprentissage.
Depuis début mars, le gouvernement s’attaque de nouveau aux aides à l’apprentissage. Dans un contexte de contraintes budgétaires, le montant de l’aide versée aux entreprises dépendra désormais du niveau d’études visé par l’alternant. Autrement dit, plus l’étudiant poursuivra des études longues et ambitieuses, moins l’entreprise recevra d’aides… De nouveaux obstacles qui risquent de compliquer le système de l’alternance pour tous, ou presque.
Et donc ?
Mais ces changements récurrents ne traduisent pas forcément des inquiétudes concrètes pour l’enseignement. Les écoles se transforment et s’adaptent à leur époque pour encourager les étudiants à viser plus loin : doubles diplômes, stages à l’étranger, programme Erasmus…Il a également fallu intégrer les nouvelles technologies apparues dans les établissements : plates-formes numériques, outils innovants, MOOC, webinaires, cours à distance…Un parcours semé d’embûches qui soulève une question cruciale : « Comment s’assurer que l’on ne forme pas à des compétences qui seront obsolètes demain ? », s’interroge Laura Hassan, directrice générale d’Epitech.
PAR LÉA JOANNES































