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C’est le grand pari de World Athletics, la fédération mondiale d’athlétisme. Du 11 au 13 septembre prochain, la toute première édition de l’Ultimate Championship posera ses valises dans la capitale mondiale de l’athlétisme de ces dernières années : Budapest (Hongrie). Le principe ? Réunir uniquement les champions pour élire les meilleurs des meilleurs dans chaque discipline au programme, avec à la clé un cash prize historique.
Pour World Athletics, la question était claire : comment garder l’intérêt des fans pour leur sport, hors années de championnat du monde ou de Jeux olympiques ? Leur réponse ? En invitant la crème de la crème de l’athlétisme mondial pour l’évènement le plus lucratif de l’histoire de ce sport. Annoncée en mai 2024, la compétition se tiendra au National Athletics Centre de Budapest, le stade de 656 millions d’euros construit sur la rive est du Danube pour les Championnats du monde 2023. Elle sera ensuite biennale, organisée les années paires pour répondre à cet enjeu de baisse d’audience lorsqu’il n’y a pas de compétition majeure (excepté la Ligue de Diamant).
Un pari ambitieux
Sebastian Coe, président de World Athletics et principal artisan du projet, ne s’en cache pas. Selon lui, cette compétition va « changer la donne » pour ce sport. « Ce sera le summum de l’excellence dans une année où il n’y aura pas de Championnats du monde ou de Jeux olympiques (…) et ce sera un tremplin pour l’innovation » dans l’athlétisme, assure-t-il lors d’une conférence de presse à Budapest en 2024 à l’annonce du projet. C’est assumé comme l’événement phare de sa présidence. Mais alors, quelle forme cela va prendre ?
Trois jours, 3 soirées, 3 heures de compétition par soirée pour départager les 400 meilleurs athlètes du monde à l’heure actuelle (8 à 16 par discipline). Mais comment s’assurer d’inviter l’élite de l’élite ? Spoiler alert, il n’y aura pas de qualification avec des minimas à respecter comme c’est le cas pour les Jeux olympiques ou les championnats du monde. L’invitation se fera uniquement au palmarès, et pour ça il a quatre « portes d’entrée » : être champion olympique à Paris ; être champion du monde à Tokyo ; avoir remporté la finale de la Ligue de diamant à Bruxelles ; figurer suffisamment haut au ranking mondial, sur une période de qualification allant de septembre 2025 au 1er septembre 2026. Pour les autres, ce qu’ils ont gagné avant 2024 n’aura pas d’importance, ils devront regarder la compétition en tant que spectateur. Il n’y aura également pas de quota par pays. Peu importe s’il y a sept Américains au départ de la finale du 100m… Seuls les meilleurs seront présents !
La liste des athlètes ne sera close qu’à partir du 5 septembre car les finales de la Ligue de Diamant à Bruxelles se jouent ce week-end, de quoi en motiver certains. Mais pour les stars qui ont déjà leur billet en poche, la finale de la Diamond League perd son statut. C’est notamment le cas de la triple championne du monde en titre du sprint à Tokyo, Melissa Jefferson-Wooden, qui a annoncé sa non-présence à Bruxelles pour se préserver pour Budapest. « Cela aurait été sympa d’avoir une chance de remporter mon premier titre, mais la Ligue de diamant sera toujours là » avoua-t-elle en visio à L’Équipe. Et comment lui en vouloir…
La compétition la plus lucrative de l’histoire
Parce que l’Ultimate Championship promet des récompenses absolument jamais vues dans toute l’histoire de l’athlétisme ! Pour sa première édition, ce sont 10 millions de dollars qui ont été récoltés par World Athletics et ses partenaires institutionnels. Mais la répartition de ces 10 millions est encore plus folle. Tous les participants repartiront avec une prime, peu importe leur résultat, ce qui pourrait laisser croire que certains vont venir faire de la figuration. Mais au-delà de la satisfaction de l’ego d’un champion en cas de victoire, qui plus est dans cette compétition, ce sont surtout les primes pour les vainqueurs qui vont assurer le spectacle, avec 150 000 dollars pour celui qui franchira la ligne en premier. Un montant jamais égalé. À titre de comparaison, une victoire à Budapest rapporte plus du double d’un titre mondial et cinq fois une victoire en finale de Ligue de diamant. Sur une compétition qui dure trois soirs.
Et sur un temps aussi court, il a fallu trier les disciplines. Le 10 000 m, le 3000 m steeple, le lancer du poids, le lancer du disque, le marteau féminin et le triple saut masculin passent à la trappe, pour ne garder que 28 épreuves. L’ordre de passage est pensé comme une dramaturgie télévisuelle en quelque sorte. Un seul concours se dispute à la fois, pour ne pas éparpiller l’attention du spectateur. Il y aura des finales directement pour tous les sauts, tous les lancers, ainsi que le 1500 m et le 5000 m, et des demi-finales puis finale pour les épreuves de 800 m et moins. « Même s’il y a moins d’épreuves, il y en aura quand même 26 individuelles qui se dérouleront en l’espace de trois nuits seulement. Le rythme sera effréné », a commenté Armand Duplantis, le double champion olympique de perche qui a l’air emballé par l’évènement, au même titre que Gabby Thomas, triple championne olympique à Paris, notamment du 200 m : « Concourir contre les meilleurs au monde est toujours un privilège. Ce nouvel événement en 2026 sera incroyable. »
Une compétition jamais égalée… ou presque
Dans le même temps que l’annonce de l’Ultimate Championship en 2024 par World Athletics, l’ancien multiple champion olympique dans les années 90 Michael Johnson avait annoncé également son projet de compétition similaire, le Grand Slam Track. Sur le papier, c’était séduisant. Sydney McLaughlin-Levrone, Gabby Thomas, Josh Kerr, Daryll Neita ou Matthew Hudson-Smith ont signé. Mais les plus grands noms du sprint, Noah Lyles, Julien Alfred et Sha’Carri Richardson, ont tourné la tête au projet, qui a finalement été un échec monumental. Les raisons : un public pas au rendez-vous, des gouffres financiers qui entraînent la non-rémunération, pourtant promise, des athlètes et un dépôt de bilan en décembre 2025 avec 40 millions de dollars de dettes.
Heureusement, l’Ultimate Championship arrive avec de meilleures garanties. Comme dit précédemment, la nouvelle compétition de World Athletics s’appuie sur le financement des fédérations et partenaires institutionnels, contrairement au Grand Slam Track qui se basait sur des investissements privés, plus incertains. Et puis surtout, l’Ultimate Championship est intégré au calendrier officiel. Il n’arrive pas en parallèle des compétitions et n’impose pas de choix de participation aux athlètes entre deux compétitions comme pouvait le faire le Grand Slam Track. Rendez-vous le 11 septembre.



































