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TRIBUNE. Certains à gauche et à l’extrême gauche, engagés dans la course à l’Élysée, assurent depuis quelques jours qu’il suffirait d’aller chercher les titres de dette dans les coffres de la Banque de France pour « les foutre au feu », libérant ainsi la France de son fardeau. Magnifique idée ! Qui, dès le lendemain, nous mettrait dans la panade. Par Fabrice Zerah, fondateur et président du groupe UBI Solutions.
Car, la France n’a pas seulement un stock de dette gigantesque, dépassant allègrement les 3 500 milliards, elle a un besoin permanent de financement. Nous ne vivons pas simplement avec une dette colossale, nous vivons également à crédit, ce qui est plus grave encore.
Un devoir de clarté
Un dirigeant à découvert qui brûlerait les traites entassées sur son bureau découvrirait dès le lendemain que son banquier ne décroche plus, que ses fournisseurs exigent d’être payés comptant et qu’il ne versera pas les salaires le 30 du mois. Or la France, bien plus que de nombreux dirigeants d’entreprises, a besoin de son banquier, un besoin maladif, sinon le pays s’arrête. Dans le jargon économique, on appelle cela : une liquidation.
Promettre l’effacement de notre dette d’un coup de chalumeau, comme si la Banque de France était un tiroir où l’État pourrait se servir, mènerait par ailleurs, quand bien même nous trouvions un financeur (nous mettant dans des mains peu recommandables) à une explosion des taux. Le Royaume-Uni l’a bien compris à l’automne 2022, quand un budget jugé irréaliste a fait flamber les taux en quelques jours, contraignant la Banque d’Angleterre à intervenir en urgence pour sauver les fonds de pension. Personne n’avait « foutu le feu », il avait suffi de paraître insouciant, inconscient si l’on est plus sévère.
Évidemment, chacun est libre d’exprimer ses convictions mais le débat public exige de la clarté et les électeurs méritent qu’on leur parle comme à des adultes. Leur faire miroiter une richesse sans effort parce que la formule fait applaudir dans une salle manque de décence autant que de sérieux.
Un faux débat ?
Reste une seconde chose, qui n’a rien d’économique et qui pèse peut-être plus lourd encore : la sémantique. On aurait pu dire « renégocier », « restructurer », « étaler », autant d’opérations réelles et parfaitement discutables. On a préféré « mettre le feu » à la dette. Ce choix de vocabulaire trahit une conception de la vie publique qui n’attend plus rien de la négociation, mais tout de l’embrasement, où l’on ne cherche plus à convaincre celui d’en face mais à attendre qu’il brûle.
Faire tourner une entreprise industrielle, comme toutes celles que les candidates et candidats déclarés prétendent défendre, enseigne qu’une machine qui grince ne se répare pas en y jetant une allumette, mais en démontant la pièce, en cherchant le frottement et en mettant de l’huile dans les rouages. C’est un travail fastidieux, qui déclenche rarement des applaudissements, mais qui se révèle souvent bien plus efficace que de cramer l’entrepôt.
Au fond, ce faux débat sur l’effacement de la dette détourne l’attention de la seule question qui vaille : comment produire de la richesse dans ce pays, puis comment la partager. Préserver l’État-providence auquel les Français sont légitimement attachés suppose de maîtriser nos dépenses publiques, mais nécessite tout autant de remettre l’entreprise et la création de valeur au cœur de notre stratégie économique, car on ne partage bien que la richesse que l’on a d’abord su produire.






























