adaptation climatique
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TRIBUNE. À chaque épisode de canicule, le débat public se cristallise sur la climatisation, comme si le sort de la planète se jouait dans nos salons. Ceux qui s’équipent passeraient pour des « égoïstes anti-écolos », ceux qui, malgré eux, souffrent en silence pour des « héros de la sobriété ». Nous avons érigé cet appareil en bouc émissaire d’un dérèglement dont il n’est qu’un acteur marginal. En France, la climatisation ne représente, selon l’Ademe, que 1 % de nos émissions de gaz à effet de serre, quand les transports en représentent 32 %, l’agriculture 19 % et l’industrie manufacturière 18 %. Par Christophe Girardier, président de Glimpact. 

Ce faux procès en dit long sur notre difficulté à regarder la réalité en face : pendant que nous débattons de la clim, les chiffres ne débattent pas. La concentration de CO2 dans l’atmosphère, qui détermine la capacité de la Terre à retenir la chaleur, a atteint 425,7 ppm en 2025, un record, en hausse de 52 % par rapport à l’ère préindustrielle, loin au-dessus des 350 ppm que la science fixe comme limite de sécurité. Le forçage radiatif, c’est-à-dire l’excès d’énergie solaire que notre atmosphère retient désormais au lieu de la renvoyer vers l’espace, a lui aussi presque triplé.

Parvenir à un nouvel état d’esprit

Quant au budget carbone restant, au 1er janvier 2026, pour limiter le réchauffement à 1,5°C avec une chance sur deux, il n’était plus que de 170 milliards de tonnes de CO2, soit à peine trois années d’émissions au rythme actuel. Et le climat n’est qu’un symptôme parmi d’autres : sept des neuf limites planétaires de la stabilité environnementale sont déjà franchies selon les chiffres du Global Carbon Project et du Potsdam Institute, automne 2025.

Voilà ce qui aurait dû dominer le débat cet été, pas le taux de foyers climatisés. Les records de température, les sécheresses et la succession d’incendies toujours plus gigantesques et dévastateurs montrent que nous sommes déjà entrés dans une nouvelle ère, qui appelle un nouvel état d’esprit.

Dans ce contexte se focaliser sur la seule adaptation, sans s’attaquer aux causes qui nous y ont conduits, revient à acter notre échec et notre irresponsabilité collective. Il faut naturellement déployer les grands moyens : végétaliser nos villes, isoler nos bâtiments, protéger les plus fragiles. Autant de domaines où notre retard est considérable, pour ne pas dire indécent. Le Giec lui-même distingue les limites « souples » de l’adaptation, que la technologie peut repousser, des limites « dures », physiques et indépassables, et affirme : plus le réchauffement progresse, plus les systèmes humains et naturels s’y heurtent. Mais l’adaptation ne doit jamais devenir un substitut à la réduction des émissions. La France en tire les conséquences en silence : son plan d’adaptation officiel table déjà sur +4°C, loin des 2°C de l’Accord de Paris. L’adaptation soigne les symptômes ; elle ne traite jamais la cause.

Un combat qu’il faut poursuivre 

Cette fixation sur l’adaptation est devenue l’arbre qui cache la forêt, pire, l’arbre qui la tue, tant elle détourne l’attention des chantiers véritables et urgents : la décarbonation des transports, la transformation de notre modèle agricole et industriel, la sortie des énergies fossiles. Il est temps de décréter l’état d’urgence climatique, et d’en faire l’un des grands débats de la présidentielle à venir, pas une ligne perdue en bas de programme. Face à d’autres menaces existentielles, notre pays a su décréter l’état d’urgence, il est plus que jamais nécessaire de le faire.

Un sursaut reste à notre portée. Chaque dixième de degré évité épargne des vies, préserve des récoltes, maintient des territoires habitables. Ce combat est celui de notre planète et, à travers elle, de notre humanité toutes deux menacées, même si la seconde l’est bien plus que la première. Au fond, ce ne sera pas la climatisation qui aura eu raison de nous, mais bien notre obstination, et celle de nos dirigeants, à ne pas voir la forêt qui se cache derrière l’arbre.

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