La Chine s’est éveillée

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La célèbre formule « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera » est traditionnellement attribuée à Napoléon, bien qu’aucune source ne prouve qu’il l’ait réellement prononcée. L’image n’en reste pas moins puissante : elle exprime l’intuition qu’un empire longtemps replié sur lui-même, s’il parvenait un jour à se moderniser, deviendrait un acteur déterminant de l’histoire mondiale.

Un siècle et demi plus tard, Alain Peyrefitte fit de cette idée le fil conducteur de son ouvrage devenu un immense succès : Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera (1973). Il y raconte son voyage dans une Chine encore plongée dans la Révolution culturelle : un pays pauvre, verrouillé par l’idéologie, mais porté par une discipline collective, une cohésion rare et une identité millénaire.

Sous cette austérité, Peyrefitte discerne un potentiel colossal : une population immense, un État centralisé, une civilisation capable d’absorber la modernité sans se renier. Sa thèse est limpide : le jour où la Chine maîtriserait la technologie, l’industrie et une ouverture contrôlée au monde, elle deviendrait une puissance à même de remodeler l’ordre international. Les décennies suivantes ont confirmé son intuition avec une précision saisissante.

Mais qu’avons-nous fait, nous Européens, depuis cinquante ans, pour anticiper ce qui était prévisible ? Et que faisons-nous aujourd’hui pour éviter la vassalisation d’un continent somnolent face à une Chine conquérante ?

Si Peyrefitte observait la réaction européenne actuelle, son regard serait sans doute sévère. La Chine a émergé avec une stratégie méthodique : capitalisme d’État, puissance industrielle, vision de long terme et affirmation géopolitique. Face à elle, l’Europe apparaît fragmentée, lente et souvent naïve.

Persuadée que le commerce suffirait à « occidentaliser » Pékin, elle a laissé croître ses dépendances industrielles, énergétiques et technologiques. L’Union peine encore à élaborer une ligne stratégique claire, capable de défendre son modèle et de préserver son autonomie face à une puissance qui, elle, sait exactement où elle va.

Peyrefitte dirait sans doute que l’enjeu n’est plus de s’étonner du réveil chinois, désormais incontestable, mais de provoquer enfin celui de l’Europe : reconquérir notre souveraineté productive, réduire nos dépendances critiques et parler d’une seule voix si nous voulons peser dans le siècle qui s’ouvre.

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