Oui, les jeunes veulent toujours travailler

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Geoffrey Wetzel, journaliste-chef de service

Dans les colonnes du journal Le Monde, la sociologue Dominique Méda revient sur la jeunesse et son rapport au travail : « Cessons de répéter que les jeunes ne veulent plus travailler », insiste-t-elle. Une vision à contrecourant de ce que l’on peut entendre dans le discours ambiant.

Les jeunes de France seraient sujets à une « épidémie de flemme », démotivés, voire amnésiques de la valeur travail. Rien de nouveau sous le soleil en réalité, ce n’est pas la première fois que les jeunes générations se retrouvent stigmatisées par les générations antérieures. Au point que dans les années 1970 déjà, Jean Rousselet se posait la question de « L’allergie au travail » (Éditions du Seuil). « En 1972, une enquête menée par des chercheurs du Centre d’études de l’emploi et du travail rapportait déjà que les employeurs se plaignaient de ne plus trouver chez cette main-d’œuvre les qualités d’amour du travail, d’ambition et de sérieux qui, à les en croire, caractérisaient les générations précédentes », explique Dominique Méda dans son analyse. Bref, pas de raison donc de penser que les jeunes seraient plus fainéants aujourd’hui.

Oui, les jeunes veulent toujours travailler. En octobre, une enquête Harris Interactive a sondé les moins de 30 ans sur leur rapport au travail : « Que feriez-vous si vous n’aviez pas besoin d’argent pour vivre ? » 77 % continueraient à travailler !

Les jeunes veulent toujours travailler, mais autrement. Ne plus aspirer au sacro-saint CDI, est-ce ne plus vouloir travailler ? Ne plus raisonner en termes de carrière, est-ce ne plus vouloir travailler ? Exercer plusieurs métiers à la fois, se reconvertir, échouer puis rebondir, changer d’entreprise tous les ans… est-ce ne plus vouloir travailler ?

Aujourd’hui, pour les jeunes générations, le travail n’est plus une fin en soi mais davantage un moyen pour s’épanouir dans d’autres domaines, notamment plus personnels. On ne se réalise plus uniquement par le travail – ce qui ne signifie pas que celui-ci est forcément boudé – réussir dans la vie ne va plus de pair avec réussir sa vie.

Gare à ne pas tomber dans cet écueil où remettre en cause tant d’absurdités qui règnent dans le salariat actuel – management toxique, accumulation de process qui engourdissent les intelligences, réunionite, présentéisme – reviendrait à ne plus vouloir travailler. Penser le travail et la façon dont on l’exerce veut bien dire qu’il garde son importance chez les jeunes.

Pas étonnant donc que pour renouer avec le sens (savoir pourquoi je réalise telle ou telle tâche et dans quelle direction je vais), nombre de jeunes se tournent vers l’entrepreneuriat. 68 % des jeunes entre 18 et 30 ans veulent entreprendre et près de 3 jeunes sur 4 sont concernés par la création d’entreprise, soit parce qu’ils l’ont déjà fait, soit parce qu’ils en ont simplement envie. Un choix de vie professionnelle motivé essentiellement par un besoin d’indépendance et la volonté de s’épanouir tout en gérant son temps de façon autonome.

« Changeons de regard sur la jeunesse », écrivais-je en mars. Je réitère. Et je cite un homme qui a tant fait et qui continue à défendre la jeunesse du pays, Dominique Restino – président de la CCI Paris-Île-de-France et à l’origine du Moovjee – avec qui j’ai eu l’occasion de m’entretenir en début d’année : « La première ressource naturelle d’un pays, c’est sa jeune génération ».

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise, etc.). Friand de football et politiquement égaré.

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