Les paris sportifs sont en hausse. Mais sont-ils suffisamment réglementés ?
Crédits : Shutterstock

Temps de lecture estimé : 3 minutes

En France, les jeux d’argent et de hasard font fureur. Près d’un Français sur deux serait joueur. Parmi ces jeux, on retrouve les fameux paris sportifs. Sur le premier semestre de 2025, on constate déjà une hausse de 10 % de ces paris. Sont-ils suffisamment règlementés ? 

Betclic, Betway, Parions Sport, Unibet, Winamax… Vous en connaissez forcément sans même y jouer. Les sites de paris sportifs en ligne sont de plus en plus nombreux, et ils attirent de plus en plus, aussi bien des habitués des jeux d’argent, des fans de sport, que des simples curieux. 

Le piège derrière les gains 

D’après l’Autorité nationale des jeux (ANJ), parmi les joueurs de jeux d’argent et de hasard, 59 % sont des hommes, 41 % des femmes, et 12,5 % d’entre eux ont entre 18 et 24 ans – un chiffre qui a augmenté depuis 2023 (9,5 %). L’avantage de ces jeux ? Un gain d’argent, oui, mais à quels risques ? L’addiction en est la première conséquence potentielle. D’après l’Indice canadien du jeu excessif (ICJE) de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, en 2023, environ 5 % des joueurs de jeux d’argent sont des joueurs problématiques. Et cette addiction peut mener à des pertes importantes d’argent, voire un endettement, mais également à de l’anxiété, de l’isolation, une dégradation de ses relations, ou, dans des cas extrêmes, à une dépression. En 2022, Santé publique France lançait sa première campagne de prévention pour vulgariser les risques liés aux paris sportifs, à quelques semaines de la Coupe du monde de football : « Bien que la plupart des risques liés aux jeux d’argent en général (notamment les problèmes financiers et la dépendance) peuvent être connus par une majorité de joueurs, ils sont souvent mis à distance par ces derniers. Chez les parieurs sportifs, ce phénomène s’avère davantage marqué, puisqu’ils ont tendance à considérer les paris moins comme un jeu de hasard que d’habileté (illusion de l’expertise). » 

Si tous ont conscience de ces risques, cela ne les empêche pas de parier. Entre 2019 et 2024, les paris sportifs sont les jeux d’argent qui connaissent la plus forte hausse, d’après le bilan du marché des jeux d’argent et de hasard 2024 par l’ANJ. Les mises ont progressé de 21 % – de 8,5 à 10,3 milliards d’euros – entre 2023 et 2024. Et les plates-formes de paris, elles, en profitent largement. Début octobre 2025, le diffuseur DAZN lançait sa plate-forme de paris en ligne, DAZN Bet. Il devient plus simple et plus rapide de parier, puisqu’il est alors possible de le faire sans même quitter la diffusion d’un match. Plus récemment encore, Sportradar – géant des données sportives – a acquis IMG Arena – une filiale d’IMG qui gère des droits de diffusion et des données de plusieurs événements – marquant un tournant pour les paris sportifs en ligne. Pour les parieurs, l’expérience devient plus immersive, avec des informations et des statistiques mis à jour en temps réel. 

Des réglementations vraiment utiles ? 

Les paris sportifs sont toujours très réglementés et surveillés, et encore davantage en fonction de certaines compétitions, comme pendant une Coupe du monde de foot ou un Grand Chelem de tennis. Et dans le but de renforcer ces réglementations, fin 2024, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), a proposé de créer des prélèvements sur les dépenses promotionnelles des opérateurs. L’objectif est de dissuader la publicité autant que possible. Le CPO souhaite également pouvoir effectuer des prélèvements sur les gains des joueurs, une démarche déjà établie en Espagne, aux Pays-Bas, en Suède ou en Suisse. Pour le moment, ces propositions ne restent encore que des recommandations. 

Mais rien n’y fait, les jeux d’argent et paris sportifs sont de plus en plus présents ! Et les réglementations ne semblent pas suffisantes, elles ne dissuadent pas même les joueurs eux-mêmes. En France, les sportifs impliqués dans une discipline ont l’interdiction de parier, sous peine de plusieurs sanctions. Or, 41 joueurs et éducateurs de clubs professionnels ont effectué des paris sportifs lors de la saison 2023-2024, et tous ont été sanctionnés, avec des amendes de 500 à 2 000 euros, et parfois jusqu’à sept matchs de suspension. La Ligue de Football Professionnel (LFP) a profité de cette affaire pour rappeler dans un communiqué que « les joueurs de football professionnel ont interdiction générale de parier sur toutes les compétitions de football, qu’elles soient nationales ou étrangères. » Mais la preuve en est, les réglementations n’empêchent pas tout… 

Les sites de paris sportifs continuent aussi de vouloir attirer des parieurs. Un rapport d’Addictions France a dénoncé, en septembre 2025, le « marketing agressif » proposé par ces sites en ligne, qui visent particulièrement les plus jeunes. L’association a analysé de nombreux contenus en ligne pendant deux ans, et constaté que les opérateurs profitaient de certaines compétitions pour multiplier les publicités promotionnelles et inciter à rejouer avec, par exemple, des notifications régulières sur les applications. De plus en plus de joueurs, et des offres de paris toujours plus nombreuses donc, certes, mais ce phénomène n’est pas uniquement français. 

Aux États-Unis ou en Turquie, aussi, les réglementations sont largement contournées pour profiter des gains de ces paris. Entre février 2023 et mars 2024, plus de trente personnes dans la NBA ont été arrêtées et certaines mises en cause, comme Terry Rozier, soupçonné d’avoir partagé des informations confidentielles. Il aurait prévenu quelqu’un qu’il s’apprêtait à quitter le match pour parier en conséquence… Avant de quitter le match sur blessure comme annoncé. Même chose en Turquie, début novembre 2025, où un tribunal a annoncé le placement en détention provisoire de six arbitres. Plus de 1 000 joueurs sont également soupçonnés de paris sportifs truqués. Des réglementations présentes, mais contournables, aussi bien en France que dans le monde, qui posent question. Et avec des compétitions toujours plus nombreuses dans tous les sports, la question n’est peut-être plus de savoir si les réglementations sont suffisantes, mais si elles peuvent faire office de dissuasion – voire de frein – en l’état…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.