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Profitons de la fête des 15 ans de la création de la Ligue des optimistes de France pour dresser un point d’ensemble. Avec quelques piqûres de rappel si vous êtes lecteur assidu de cette tribune.
L’invitation a de quoi paraître provocante en ces temps troublés. Jamais peut-être les défis à relever, de la démographie aux technologies, de l’environnement à la sécurité, de la guerre en Europe aux foucades de la politique américaine, l’incertitude ne nous a tant cernés. Elle nous mine, augmente notre degré d’anxiété.
Dites-vous pourtant qu’elle offre aussi un côté vertueux. Imaginez votre vie si vous saviez tout le temps ce qui allait se passer ? Un cauchemar.
LA FRANCE EST UN OXYMORE
Une grande majorité de Français et Françaises se déclare plutôt heureuse dans sa vie personnelle. La même majorité constitue collectivement l’un des peuples les plus pessimistes du monde.
Il faut relativiser cet écart entre bonheur personnel et défiance collective. Comme toujours, ce peuple râleur et jamais content en rajoute. Jules Renard disait très justement :
« Ce n’est pas le tout d’aller bien, il faut aussi que les autres aillent mal. »
Traduction : si moi, le grand Français, la grande Française, je m’en sors dans ce monde de merde, je suis vraiment formidable. En déprimant l’environnement autour de nous, nous rehaussons nos performances individuelles.
Il faut, de plus, casser le cliché selon lequel l’optimisme est fait pour quand ça va bien. Même dans ce cas, les états d’âme ne sont pas interdits. Ça roule quand même.
C’est lorsque ça va mal, pour affronter des difficultés, traverser des crises, qu’il faut encore davantage mobiliser des énergies positives. Ne soyons pas des optimistes béats qui pensons que tout va toujours bien. Soyons des optimistes lucides qui savent que la vie est belle à proportion qu’elle est féroce. Rien ne va toujours bien, rien ne va toujours mal.
C’EST BON POUR LE MORAL…
Nous ne voulons pas, comme le lapin pris dans les phares, rester seulement obsédés par ce qui ne va pas, ce qui est moche, triste, effrayant.
Nous ne rêvons pas le monde plus beau qu’il n’est. Nous n’ignorons rien des difficultés, des galères, des menaces. Mais nous voulons aussi orienter notre regard vers ce qui est beau, positif, ce qui fonctionne, les traceurs, les innovateurs, les entrepreneurs, les élus, ceux et celles qui apportent des solutions plutôt qu’ils et elles ne créent des problèmes.
Évitons les grands travers humains préférés des pessimistes : l’exagération des risques et des souffrances, la victimisation, la recherche de boucs émissaires.
La preuve scientifique avec les recherches sur le cerveau est établie pour montrer que le pessimisme est mauvais pour notre santé. Une seule pensée positive fait monter la kyrielle des hormones positives et des neuromédiateurs du bien-être.
En sens inverse, un emportement, une pensée noire, une émotion négative entraînent la montée excessive d’adrénaline avec, au mieux, la mauvaise humeur, au pire l’infarctus ou l’AVC.
L’ÉPATANT JEAN D’ORMESSON
Pas bon pour notre santé, le pessimisme ne l’est pas plus pour notre moral collectif. Alain Peyrefitte, dans son remarquable livre La société de confiance¹, nous a appris que le développement d’une personne comme d’un peuple ne dépend pas seulement de critères rationnels.
Pour une personne, il passe par la formation ou la culture. Pour un pays, par ses ressources ou le climat. Ce développement est fonction également de la psychologie, du moral.
Il y a quinze ans, quelques personnalités réunies par France Roque ont créé la Ligue des optimistes de France. Il y avait là Erik Orsenna, Éric-Emmanuel Schmitt et Jean d’Ormesson.
Inlassablement, à coups d’ateliers, de dîners, de salons du livre, de grands événements comme le Printemps de l’optimisme, nous poursuivons leur engagement. Comme la ligue le fera le 26 septembre en réunissant tous les responsables départementaux qui se dévouent pour promouvoir les grandes valeurs qui, depuis la nuit des temps, s’efforcent de rendre meilleure la vie des hommes.
Je parle de la sagesse, du courage, de l’humanité, de la justice, de la tempérance et de la transcendance.
Je pense, en particulier, en ce jour anniversaire de la ligue qu’il a cocréée, à Jean d’Ormesson. Il aurait cent ans cette année. Il était l’exemple vivant de cet optimisme lucide dont j’ai parlé. Il professait qu’il fallait être heureux en dépit de tous les malheurs.
Sa peine était sincère devant les drames humains, la famine, la guerre, les génocides comme au Rwanda où il s’était rendu. D’où son expression :
« Merci pour les roses, merci pour les épines. »
Il me disait toujours, avec son sourire étincelant et ses yeux rieurs :
« Je ne suis pas si optimiste, je suis surtout gai. »
Il a eu tous les honneurs mais est toujours resté simple, subtil, attentif à l’autre, vraiment épatant, l’un de ses mots favoris.
Lors de notre dernier déjeuner, il parlait encore et toujours de son cher Chateaubriand dont il connaissait la vie mois par mois. Il aurait dit, dans sa jeunesse :
« Il faut être Chateaubriand ou rien. »
Il disait que la mort ne pouvait rien contre lui. Mais il était hanté par la trace, contre l’oubli des œuvres. On peut imaginer que Chateaubriand lui répond presque en écho à travers le temps :
« L’écrivain original n’est pas celui qui n’imite personne mais celui que personne ne peut imiter. »
Jean d’Ormesson est inimitable. Il est pour nous un modèle que nous ferons durer.
¹ Odile Jacob, 1998



































