Entretien avec Jean-Marc Sylvestre

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Journaliste, et figure majeure du décryptage économique en France, fort de plus de cinquante ans de carrière et de plus de vingt ans à la tête du service économique de TF1/LCI.

Quel est, selon toi, le signe le plus marquant de notre époque ?

Le signe le plus marquant de notre époque, c’est le manque de visibilité. Nous avançons sans savoir ce qui nous attend. Lire l’avenir, prévoir, anticiper, tout cela est devenu extrêmement difficile. Ce basculement s’est amorcé dans les années 2000, avec l’explosion des réseaux sociaux. Leur apparition a profondément transformé le monde de la télévision, de la communication, mais surtout notre manière de consommer l’information : une information désormais fragmentée, éphémère, instantanée. Et quand l’information devient volatile, elle perd naturellement en fiabilité et en crédibilité. Nous vivons donc dans un brouillard permanent, nourri par la dispersion des sources et la rapidité des flux.

Et toi, personnellement : qu’est-ce qui te permet de tenir debout quand tout vacille ?

Ce qui me permet de tenir debout, c’est de m’appuyer sur mes fondamentaux, et de faire des plans. Mes fondamentaux, ce sont : la santé, le travail, les enfants, les amis. Ce sont mes piliers. Je m’appuie sur eux, parfois physiquement, mais aussi surtout en pensée. Ils me donnent une forme de visibilité que l’environnement extérieur ne me donne plus. Je les vois vivre, agir, se battre, rebondir… Et dans la mesure où je peux les aider, et où eux m’aident aussi, je retrouve un point d’appui essentiel. C’est fondamental.

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?

Le meilleur conseil qu’on m’ait donné, c’est : « Sois toi-même. » Ne joue pas un rôle, ne raconte pas d’histoires — ou alors, raconte-les, mais qu’elles soient vraies ! Les gens aiment les vraies histoires. Je dois avouer que je ne sais pas encore tout à fait être moi-même. C’est sans doute pour cette raison que je continue d’avancer, d’apprendre, de chercher. Je n’ai pas encore tout compris !

Comment, selon toi, pourrons-nous tenir debout tous ensemble dans les mois, et les années à venir ?

Je crois que nous le pourrons parce que… nous n’avons pas le choix ! Deux options s’offrent à nous : soit nous essayons de gérer, de prévoir, d’analyser, d’organiser ; soit nous nous laissons glisser dans la crise. Mais je vais te dire une chose : la crise rend les gens intelligents. C’est lorsqu’on approche du bord du gouffre qu’on devient plus lucide, plus efficace, plus créatif. J’ai couvert un nombre incalculable de « Conseils européens de la dernière chance ». Chaque fois que nous arrivions à Bruxelles, on annonçait que tout allait se jouer dans la nuit. Et chaque fois, on finissait par trouver une solution ! C’est souvent ainsi que l’on tient : dans la conscience et l’effort partagé… et dans cette capacité très humaine à trouver une issue au dernier moment. C’est vrai, en fin de compte, je reste optimiste et je garde confiance : les hommes trouvent toujours une solution au dernier moment ! Mais pour cela, il faut rester lucide, regarder la réalité en face, accepter d’avoir les mains dans le cambouis… et continuer d’avancer. C’est cela, tenir debout !

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