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Comment fais-tu pour tenir debout ?
Pour moi, “tenir debout”, ce n’est pas un grand concept, c’est très concret : c’est de ne pas basculer dans un état d’épuisement, pas forcément un burn-out au sens clinique, mais ce moment où tu es fatigué, irritable, où tu t’ennuies, où tu n’as plus de plaisir à l’idée de faire ce que tu dois faire. Aujourd’hui, je m’interdis de faire des choses qui m’emmerdent. Je suis en fin de carrière, je n’ai plus rien à prouver, plus rien à gagner. Donc je ne fais que des choses qui me plaisent vraiment. Ma pièce de théâtre est un bon exemple : j’en avais envie depuis des années, je me suis donné les moyens d’y arriver, et maintenant je prends un plaisir immense à jouer presque tous les soirs ! Tenir debout, pour moi, c’est préserver ce plaisir. C’est mon moteur et ma plus grande source d’énergie.
J’ai ce mot en permanence devant les yeux : plaisir ! C’est un luxe incroyable, et j’en ai conscience.
Qu’est-ce qui t’aide quand ça vacille ?
Je suis très “mektoub”. Pas fataliste au sens de “Je ne fais rien”, plutôt au sens où je crois que si quelque chose ne marche pas, il y a peut-être mieux derrière. Je dis souvent à mes enfants : « Tu as le droit de ne pas réussir. Tu n’as pas le droit de ne pas essayer. Va au bout de ce que tu veux faire ! » C’est ce qui m’a toujours guidé. C’est mon mantra.
J’essaie. Si ça marche, tant mieux. Si cela ne marche pas, je me dis : “Ok, j’aurais essayé.” Et je pars du principe qu’il y a autre chose derrière.
Quel est le signe de notre époque, d’après toi ?
Ce qui me frappe le plus aujourd’hui, c’est l’isolement social, le repli, l’anonymat sur les réseaux, et l’intolérance. L’anonymat est une catastrophe : il permet d’insulter, de menacer, de déverser de la haine sans assumer. Et je trouve qu’on vit aussi une montée de l’intolérance. On ne débat plus, on s’agresse. Ce ne sont plus des échanges d’idées : ce sont des tentatives de conviction et d’écrasement de l’autre. C’est dangereux pour une démocratie.
Quant à l’isolement social : dans les transports, 9 personnes sur 10 regardent leur portable. On ne se regarde plus, on ne se nourrit plus de notre environnement. C’est comme se balader le nez bouché dans une parfumerie !
Comment tenir debout ensemble, collectivement ?
Je ne sais pas comment tenir debout quand tous les jours en ouvrant un journal, en allumant la radio, la télévision, on entend en permanence des discours extrémistes qui montent les gens les uns contre les autres. Il faudrait que les politiques arrêtent de ne penser qu’à eux et leur carrière ! Qu’ils fassent passer l’intérêt du pays avant. L’idée même de voir certains partis arriver au pouvoir me rend dingue. C’est très compliqué… Je n’ai pas de solution miracle.
Le seul moyen que je vois, c’est d’essayer de prendre du recul intellectuellement, et parfois physiquement pour s’éloigner du bruit et de la saturation permanente. Il nous faut lever la tête. Avoir une hygiène de vie où on laisse le portable. Se rappeler que la vie, ce ne sont pas les écrans. Marcher, se souvenir qu’on vit sur une terre, qu’il y a une nature, se connecter à l’environnement. C’est cela, la vie réelle, pas la vie artificielle sur écran.
Il faudrait que tout le monde se réveille …









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