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Le 13 mai prochain sera célébrée la toute première édition de la Journée européenne du doctorat. Excellence scientifique, innovation, progrès sociétal… autant d’enjeux qui soulignent le rôle clé des docteurs. Dans le monde professionnel, comment sont-ils perçus par les entreprises ? Que peuvent-ils leur apporter ?
Dès 2023, les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi que de l’Industrie ont confié à Sylvie Pommier et Xavier Lazarus une mission aboutissant à un rapport consacré aux « recommandations pour la reconnaissance du doctorat dans les entreprises et la société ». En novembre dernier, un nouveau cap a été franchi avec la création d’un réseau national de 40 docteurs ambassadeurs, dédié à la valorisation du doctorat. « Nous avons souhaité trouver des profils issus de toutes les régions de France, capables de s’impliquer bénévolement, afin d’incarner et d’illustrer la diversité des trajectoires professionnelles ouvertes aux titulaires d’un doctorat », explique Sylvie Pommier, coordinatrice de la stratégie nationale sur le doctorat. « Nous avons à cœur de bâtir des ponts entre deux univers qui ne se comprennent pas toujours, mais qui ont tant à s’apporter : le monde académique et celui de l’entreprise », souligne Julien Féré, l’un des 40 ambassadeurs du doctorat et docteur de Sorbonne Université.
Des idées reçues à déconstruire
Le rapport Pommier-Lazarus met en lumière plusieurs enseignements. Parmi eux : « Il existe une réelle méconnaissance des carrières possibles après l’obtention d’un doctorat. Pour nombre de docteurs, ce diplôme sert avant tout à former de futurs chercheurs et enseignants. C’est une voie possible, certes, mais loin d’être la seule », constate Sylvie Pommier. Un manque d’information, sans doute, mais aussi une forme d’autocensure ? Pour Valérie Patrin-Leclère, ambassadrice du doctorat, enseignante-chercheuse et responsable du pôle Entreprendre au Celsa : « Soit les docteurs ne mesurent pas pleinement l’étendue des possibilités après le diplôme, soit, lorsqu’ils en ont conscience, ils restent trop frileux, comme inhibés. Notre rôle d’ambassadeurs est aussi de leur faire prendre conscience qu’ils peuvent se lancer et dépasser ce syndrome de l’imposteur. Les docteurs doivent se saisir de leur avenir professionnel. »
Les entreprises, de leur côté, n’ont pas toutes la même perception des docteurs, avec des différences selon leur taille. « Les grands groupes ont tendance à cibler des candidats titulaires d’un doctorat, et cela est parfois explicitement indiqué dans les offres d’emploi, pour répondre à des problématiques très spécifiques et pointues, sur des missions précises. Mais ils ne les imaginent pas forcément comme managers : leur vision des docteurs reste donc parfois restreinte. Les plus petites entreprises, elles, ont souvent une perception erronée du doctorat et considèrent qu’il n’a pas sa place dans l’entreprise », estime Rafik Benrabbah, ambassadeur du doctorat et expert au cabinet Equad. « Moins on connaît le doctorat, moins on recrutera de docteurs », renchérit Julien Féré, docteur et partner chez onepoint. Selon une étude de l’Apec publiée en 2025, près de 77 % des offres destinées aux docteurs émanent du secteur des services. Parmi elles, les fonctions d’ingénierie et de recherche & développement occupent une place centrale, représentant 38 % des propositions, soit plus du double de la part observée pour l’ensemble des cadres (18 %). Cette forte concentration illustre la correspondance entre la formation doctorale et les besoins d’innovation des entreprises. Le secteur industriel constitue également un débouché significatif, avec 19 % des offres, contre 14 % pour l’ensemble des cadres.
Des compétences clés pour les entreprises
Recruter des docteurs, pourquoi pas… mais que peuvent-ils apporter aux organisations ? « Tous les docteurs ne se ressemblent pas, en fonction de leurs champs disciplinaires et de leurs parcours, mais je crois qu’ils ont tous ce point commun : une rigueur intellectuelle et méthodologique, ainsi qu’une forte capacité d’organisation », estime Valérie Patrin-Leclère. « La gestion du complexe est l’une de leurs plus grandes forces […] Les docteurs ont été habitués à conduire des projets et à les rendre tangibles pour différents publics. Ils sont capables de simplifier les processus en entreprise pour répondre à cette logique d’optimisation », relève de son côté Rafik Benrabbah.
Dans un monde où tout va très vite, où certaines directions d’entreprise ont tendance à se ruer vers des sujets dits « à la mode », les docteurs peuvent jouer un rôle de contrepoids, en favorisant une vision de long terme. « Ils excellent lorsqu’il s’agit d’objectiver les sujets, de présenter les faits de manière rigoureuse, de replacer un engouement dans un contexte de long terme, et de penser les fondamentaux plutôt que les tendances éphémères. Une prise de hauteur forcément utile pour les entreprises qui voient loin », explique Julien Féré. Last but not least… la dimension internationale ! « Les docteurs sont amenés à échanger avec des chercheurs du monde entier. Dans les laboratoires de recherche, l’anglais est la langue dominante : ils sont donc habitués à évoluer dans un environnement international », rappelle Sylvie Pommier.
En parallèle de la Journée européenne du doctorat du 13 mai et de ses 170 événements organisés à travers le continent, les trois docteurs de Sorbonne Université ambassadeurs du doctorat – Rafik Benrabbah, Julien Féré et Valérie Patrin-Leclère – préparent la création d’une association baptisée « Docteurs & Cie ». L’objectif : mettre en relation des docteurs et des conseils d’administration d’entreprises. Encore au stade d’expérimentation, le projet vise à faire bénéficier les organisations, parfois en manque de maturité sur certains enjeux, des compétences « à 360 degrés » des docteurs.
































