Donnons un autre visage au discours écolo

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Geoffrey Wetzel, journaliste-chef de service

Quand allons-nous cesser de moraliser quand on parle écologie ? De culpabiliser ? Bref, d’infantiliser… Donnons un autre visage au discours écolo.

La surface des océans vient de connaître son mois de mai le plus chaud jamais enregistré, a estimé le service européen Copernicus. Trois semaines d’affilée sans pluie à Paris – du jamais vu depuis 74 ans sur la période mai-juin. En mars et avril, le Rajasthan n’aurait sans doute pas suffoqué si l’espèce humaine n’existait pas : la canicule qui a frappé l’Inde et le Pakistan a été rendue 30 fois plus probable par le changement climatique causé par l’homme, ont estimé des scientifiques spécialisés dans une étude publiée lundi 23 mai. On pourrait y ajouter les rapports successifs du Giec dont les conclusions se rejoignent voire s’aggravent.

Plus personne aujourd’hui – hormis quelques hurluberlus – n’ignore le réchauffement climatique. Le constat est là. Et pourtant, qu’en est-il de nos comportements ? Ont-ils suffisamment évolué pour parvenir aux objectifs tolérables de l’empreinte humaine sur la planète ? Non.

Non parce que le discours écolo ne prend pas. Asperger des œuvres d’art de soupe à la tomate ne fonctionne pas. Bloquer la circulation non plus. Ces actions ont même tendance à produire l’effet inverse : dresser une image trop radicale des militants écolos. Et les discours qui viennent d’en haut, notamment des politiques, peinent à imprégner l’ensemble de la société. Quand on sait que le premier discours écolo enregistré remonte à… 1902 !  « Messieurs, j’ai l’intention de communiquer, dans le courant de l’année, une étude sur l’action géologique de l’homme. L’animal subit complètement l’influence du milieu, l’homme change son milieu. Quels sont les effets de ces changements ? », lançait l’ex-ministre Yves Guyot.

Les effets aujourd’hui, nous les connaissons. Mais les solutions nous font peur. La faute à ce mouvement de culpabilisation et de pression écologique. Comment est-ce possible qu’un Jean-Marc Jancovici – ingénieur brillant et l’un de nos meilleurs spécialistes du climat – croit dans une logorrhée anti-libertés pour convaincre les plus réticents aux changements ?  « On pourrait très bien instaurer un système dans lequel quand on est jeune on a deux vols en avion pour aller découvrir le monde (sur quatre au total, ndlr), et quand on est vieux on peut partir en vacances en Corrèze, dans les Vosges ou en Corse », expliquait-il y a quelques jours sur France Inter.

Sera-ce donc cela le monde écolo de demain ? Les injonctions à l’échelle individuelle irritent plus qu’elles ne rassemblent. Un gouvernement « baisse la clim’ » n’imprime pas. L’action individuelle ne peut pas tout, le colibri ne pourra pas, à lui seul, éteindre l’incendie. Les fameux petits gestes du quotidien, qu’il faut encourager bien entendu, donnent bonne conscience sans répondre à l’urgence. « Nous étions exaspérés par la suresponsabilisation des individus », écrivaient les auteurs d’une étude Carbone4 en 2019 – dont les chiffres montraient l’importance mais surtout l’insuffisance des comportements individuels.

Donnons un autre visage au discours écolo. Les solutions viennent toujours des entreprises. Car ce sont elles qui offrent des alternatives. Comme des paniers-repas à prix cassés qui soulagent le portefeuille et luttent contre le gaspillage alimentaire. Du covoiturage qui limite la congestion et donc la pollution, et même la solitude. Une banque qui finance autre chose qu’uniquement des projets fossiles. Ces écolos actifs et non punitifs – qui nous donnent le choix – s’appellent Lucie Basch, Frédéric Mazzella, ou encore Maud Caillaux. Entre autres. Le discours écolo doit venir des entrepreneurs, ceux qui agissent. De ces inventeurs de solutions d’un monde plus durable. Imaginons et créons autrement pour ne pas vivre moins.

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise, etc.). Friand de football et politiquement égaré.

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