Une salariée pratique le « jomo »
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Moins de réunions, moins de notifications, moins d’obligations sociales au bureau. Le « jomo », pour joy of missing out, s’impose peu à peu dans les entreprises comme une nouvelle manière de travailler : choisir de ne pas être partout, sans culpabilité, pour mieux se concentrer et préserver son équilibre.

Longtemps valorisée, la disponibilité permanente au travail montre aujourd’hui ses limites. Réunions à répétition, messageries instantanées, événements internes en cascade : la vie de bureau est devenue un enchaînement de sollicitations continues. Entre alors en scène le « jomo », une tendance qui ne prône pas le désengagement, mais une autre façon de s’impliquer au travail, plus choisie et plus consciente. 

Choisir plutôt que subir 

Reprendre la maîtrise de son attention. Cette tendance s’inscrit dans un environnement professionnel saturé, où les outils numériques ont multiplié les sollicitations parfois au détriment du travail de fond. Dans les colonnes des Échos, le « jomo » est présenté comme une réaction à cette inflation d’interactions, en particulier chez des salariés qualifiés qui cherchent à se recentrer sur leurs missions principales. Le journal souligne que refuser certaines réunions ou accepter de ne pas répondre immédiatement à un message n’est plus forcément perçu comme un manque d’implication, mais comme un choix stratégique pour préserver sa concentration et sa qualité de travail. 

Ce mouvement s’oppose directement au « fomo », cette peur de rater une information ou une opportunité. Mais là où le « fomo » repose sur l’anxiété et la pression sociale, le « jomo » relève d’une démarche assumée. Il s’agit pour un collaborateur d’accepter qu’il ne puisse pas tout suivre, et que manquer certaines interactions peut être bénéfique, tant pour son efficacité que pour son équilibre personnel.  

Un levier pour le bien-être et la performance  

C’est aussi une question de santé mentale. À partir d’une étude portugaise menée en 2019, Fuschia Sirois (professeure en psychologie sociale et santé à l’université de Durhamle) résume pour The Conversation : « Les gens avaient l’impression d’être plus attentifs, plus créatifs et plus productifs lorsqu’ils étaient déconnectés. » L’un des répondants à l’étude déclare : « Je suis passé de la peur de manquer à la joie de manquer. Je n’ai pas besoin d’être partout, je n’ai pas besoin d’être avec tout le monde et je n’ai pas besoin de tout savoir. » Une citation révélatrice d’un rapport de plus en plus tendu au trop-plein d’obligations, y compris professionnelles. 

Du côté médical, Cleveland Clinic explique que la déconnexion volontaire peut avoir des effets positifs sur le stress et la fatigue mentale. Dans ses analyses, l’institution souligne que réduire les interruptions et accepter de ne pas être constamment sollicité permet de diminuer l’anxiété liée à la performance et à la disponibilité, un facteur clé dans la prévention de l’épuisement professionnel. Ces constats, bien que formulés à l’échelle individuelle, trouvent un écho direct dans le monde du travail. Pour les entreprises, cette évolution pose aussi la question de la culture managériale. Valoriser le « jomo » revient à déplacer le curseur : passer d’une culture de la présence à une culture du résultat. Moins de réunions, plus de clarté sur les priorités, davantage de confiance accordée aux salariés : autant de leviers qui peuvent améliorer à la fois la performance et la qualité de vie au travail. Évidemment les managers et dirigeants sont également les premiers concernés par un trop-plein d’informations, et seraient preneurs du « jomo » à l’heure où les premiers reçoivent en moyenne 205 mails par semaine, contre plus de 240 pour les seconds (Observatoire de l’infobésité et de la collaboration numérique).

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