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On l’appelle aussi la « applying-fatigue ». Deux expressions qui désignent un même phénomène, plus courant qu’on ne pourrait le penser : ressentir un épuisement professionnel avant d’avoir décroché un emploi, dès la phase de recherche.
« Beaucoup de demandeurs d’emploi sont confrontés à un cycle frustrant et chronophage de soumission de candidatures, et tout cela en vain », notait déjà la BBC en 2023. Et ce constat ne semble pas s’améliorer.
Selon une récente étude de Glassdoor, plus de 53 % des travailleurs ont suspendu leur recherche d’emploi pour préserver leur santé mentale. Le phénomène se reflète aussi dans les témoignages publiés sur la plate-forme : les mentions au burn out ont bondi de 65 % au premier trimestre 2026 par rapport à l’année précédente. Dans ce contexte, plus de 70 % des travailleurs se disent pessimistes quant à leur recherche d’emploi, avec le sentiment de perdre le contrôle du processus. Là réside tout l’enjeu du job search fatigue.
Un décalage entre la perception et la réalité
Dans un monde du travail de plus en plus concurrentiel et incertain, « il est devenu plus difficile pour les candidats de se démarquer et d’attirer l’attention des recruteurs », explique Chris Martin, chercheur principal chez Glassdoor.
Selon le conseiller en ressources humaines à la Society for Human Resource Management (SHRM), John Dooney, le temps moyen nécessaire pour trouver un emploi était de cinq mois en 2023. En réalité, cette durée s’avère souvent bien plus longue, entre la rareté des emplois dans certains secteurs et la longueur des processus de recrutement. Ce qui peut engendrer un épuisement professionnel chez les candidats.
À l’origine de cette fatigue émotionnelle ? Un déséquilibre entre la perception entre l’énergie donnée par le candidat : travailler son CV, sa lettre de motivation, détailler chaque offre… et ce qu’il reçoit en retour : des réponses négatives impersonnelles, voire aucune réponse pour la majeure partie des candidatures. « J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’une perception, car il y a une grande part de subjectivité. Nous ne sommes pas égaux face à ce phénomène. C’est la résultante du cadre de référence de la personne : ce à quoi elle a été confrontée dans son parcours, ses expériences passées… », indique Amandine Delmarre, fondatrice d’Axe Ambitions, psychologue du travail et coach professionnelle, dans les colonnes de Welcome To The Jungle.
Attention à ne pas minimiser les conséquences de la fatigue liée à la recherche d’emploi ! Elles sont nombreuses, à la fois sur la santé physique et mentale. « Quand on parle de fatigue émotionnelle, on parle de lourdeur, de troubles du sommeil, de perte de motivation… Il y a une altération des émotions. Parfois, les réactions et ressentis vont être décuplés, voire disproportionnés », liste Amandine Delmarre.
Jusqu’à abimer la confiance en soi du chercheur d’emploi. « Cette lassitude de rencontrer l’autre encore et encore, de candidater sans succès, va entacher son pouvoir personnel et peut avoir un effet sur la confiance en soi et en sa capacité à avancer », poursuit la psychologue du travail.
Un sentiment de dévalorisation qui n’affecte pas seulement la recherche d’emploi mais peut aussi avoir des incidences à titre personnel. « Les gens ne savent pas toujours faire la différence entre la vie professionnelle et personnelle. Un échec professionnel peut facilement glisser dans la vie personnelle et influencer la perception de soi », analyse le docteur en psychologie de travail et cofondateur de Motiva, Zwi Segal, toujours pour Welcome To The Jungle.
Comment éviter la job search fatigue ?
« L’une des raisons de la fatigue est souvent un manque de flexibilité. Les chercheurs d’emploi s’accrochent parfois trop à un secteur ou à un type de poste précis. Il est crucial de rester ouvert à d’autres opportunités, même si cela signifie changer de secteur ou envisager des rôles différents », conseille le docteur Segal.
Dans ce contexte, revoir ses critères et accepter d’ajuster ses attentes peut déjà alléger la pression et redonner de l’élan à la recherche. Prendre du recul, structurer ses démarches et éviter la dispersion permet aussi de mieux cibler ses efforts et de limiter l’épuisement. « Il est important de diversifier sa recherche d’emploi en allant au-delà des candidatures spontanées, même si ces dernières restent la principale source de propositions », conclut Chris Martin.





























