Le bois, un matériau écologique pour le XXIᵉ siècle

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Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

Les États ne cessent d’élaborer des plans d’adaptation des forêts au climat et des politiques conçues pour orienter leurs besoins en énergie et en construction d’habitat. Plus que jamais, la filière bois est au cœur des grands enjeux de la transition écologique et de la souveraineté énergétique. En 2025, un rapport d’une mission d’information au Sénat s’interroge sur l’absurdité qu’un dixième du déficit commercial de la France (8,5 milliards d’euros) soit imputable aux produits bois, alors qu’un tiers de la superficie hexagonale est recouverte de forêts (17,5 millions d’hectares) ? Par Ezzedine El Mestiri. 

Tous les acteurs du secteur forestier concèdent que la filière bois a bien besoin d’une réelle structuration. Elle doit surtout surmonter des difficultés de recrutement de main-d’œuvre. Elle souffre aussi d’un problème d’attractivité liée à son image sociétale, davantage associée à la déforestation ! Par ailleurs, elle reste associée à une image de pénibilité. Depuis quelques années, elle essaie de surmonter le déficit grandissant de compétences dans les métiers en développant des cursus de formation attractifs.

La première énergie renouvelable

Le bois reste aujourd’hui en France la première énergie renouvelable. 7 millions de foyers ont recours au chauffage bois individuel ainsi qu’un équivalent de 1 million de foyers en collectif, à quoi il faut joindre un déploiement des usages par les entreprises ou les collectivités. Rappelons que le bois peut être utilisé comme combustible sous trois configurations : le bois bûche qui représente environ deux tiers des volumes de bois énergie, les plaquettes forestières, qui constituent entre un cinquième des volumes et les granulés ou pellets, qui représentent environ un cinquième des volumes de bois énergie.

Le bois sert aussi à la construction, un secteur de plus en plus promu pour des raisons écologiques. C’est un passage structurant pour la filière. Aujourd’hui, le bois est encouragé par les politiques publiques pour des raisons environnementales, mais aussi comme débouché valorisant la ressource et les territoires. Si dans le secteur du bâtiment, le béton est la norme, la filière bois semble dynamique : son chiffre d’affaires augmente et la plupart des entreprises prévoient d’accroître leurs capacités de production.

Un soutien public amplifié

Faut-il rappeler que le bois est le matériau bas carbone par excellence. Sa transformation nécessite peu d’énergie et, lorsqu’il est utilisé en circuit court, son empreinte carbone est faible. Il est adapté sur le plan énergétique, et son utilisation dans le bâtiment permet des chantiers plus rapides, grâce à l’utilisation d’éléments préfabriqués.

La filière bois est loin d’être délaissée par l’État. Entre 2020 et 2024, elle a bénéficié d’un soutien public d’une grande ampleur : 1,7 milliard d’euros d’aides publiques liées aux usages du bois. Si un peu plus d’1,1 milliard d’euros a été mobilisé pour la production d’énergie en dehors de la filière bois, près de 600 millions d’euros concernent les entreprises de la filière, dont environ 340 millions d’euros à destination de la construction.

Le récent rapport « Forest Tracks 2025/2026 » de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe indique qu’avec la construction bas carbone, la bioéconomie, les puits de carbone certifiés, le bois se prépare à devenir l’un des matériaux essentiels du XXIᵉ siècle. En effet, l’industrie forestière européenne, longtemps perçue comme un secteur de tradition, est en train d’opérer une conversion stratégique. Elle passe d’un modèle centré sur l’extraction vers un modèle où la valeur se joue dans la transformation et la transition écologique.

Faire vivre des millions de personnes

Selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production annuelle mondiale de bois s’élève 4 milliards de mètres cubes. Près de 6 milliards de personnes utilisent des produits forestiers non ligneux et 70 % des pauvres de la planète dépendent d’espèces sauvages pour leur alimentation, leur énergie, leurs revenus et d’autres usages. Les projections indiquent que la demande mondiale de bois rond pourrait augmenter de 49 % entre 2020 et 2050.

Les forêts font vivre des millions de personnes dans le monde entier et elles sont de plus en plus soumises à des pressions liées au climat. Il est temps d’optimiser la valorisation de la ressource bois au bénéfice d’une économie décarbonée. Libérer l’industrie du bois, face à des contraintes normatives et adapter l’aval de la filière à son amont forestier.

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