Maï-Linh Camus (gauche) et Guila Clara Kessous (droite) au Cercle ÉcoRéseau, le 11 mai 2026 (crédits : Léo Dubois)

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Nous traversons des tensions politiques et géopolitiques majeures. Guerre en Ukraine, au Moyen-Orient, élections présidentielles françaises qui approchent… Dans ce climat incertain, comment garder un jugement éclairé ? C’est la question à laquelle Maï-Linh Camus, ancienne espionne aujourd’hui entrepreneure, et Guila Clara Kessous, coach de dirigeants et Artiste de la paix pour l’Unesco, ont répondu lors du dernier rendez-vous du Cercle ÉcoRéseau.

Angèle Leblanc et Jean-Pierre Rettig (crédits : Léo Dubois)

Pavillon Ledoyen du chef Yannick Alléno, lundi 11 mai 2026. Le temps capricieux de la matinée ne viendra pas gâcher l’enthousiasme autour de l’événement. Et pour cause : chefs d’entreprise, cadres décisionnaires et managers étaient réunis autour d’un thème ô combien actuel : « Décider dans l’incertitude : les nouveaux codes du leadership. » Après avoir présenté deux membres du Cercle ÉcoRéseau, Angèle Leblanc, chargée de missions synergies et opportunités au sein de C’Chartres Innovations Numériques (C’CIN) et Jean-Pierre Rettig, directeur associé Visconti Partners, le fondateur Jean-Baptiste Leprince a laissé la parole aux deux invitées d’honneur : Maï-Linh Camus et Guila Clara Kessous.

L’anticipation comme levier stratégique

Maï-Linh Camus, ancien officier de renseignement au sein des armées, a eu l’habitude d’évoluer dans des milieux hostiles où la prise de décision doit être rapide et éclairée. Une expertise qu’elle transmet aujourd’hui aux dirigeants qu’elle accompagne au sein de son cabinet de renseignement d’affaires, Prisme Intelligence. Lors de l’événement du Cercle, elle est revenue sur un moment marquant de sa préparation à la DGSE, lorsqu’elle préparait son brevet de parachutisme. « Avant de monter dans l’avion, on vous apprend les cas non-conformes qui peuvent se produire. Une fois que vous êtes prêt, on vous met dans l’avion et vous sautez. »

Mais lors de son quatrième saut, rien ne se passe comme prévu : à 2 000 mètres d’altitude, le parachute de Maï-Linh Camus ne s’ouvre pas. « Je prends la décision de détacher mon parachute et de partir en chute libre. À moins de 1 000 mètres, le parachute de secours s’ouvre. Il faut savoir se libérer du parachute défectueux pour déclencher le second. Si, au sol, je n’avais pas anticipé l’ensemble des risques, je n’aurais jamais pu prendre la bonne décision. Dans un monde marqué par une géopolitique instable, les dirigeants doivent eux aussi anticiper le pire pour prendre les meilleures décisions. »

Ryadh Sallem (droite) au Cercle ÉcoRéseau, avec Vincent Klingbeil et Didier Roche (crédits Léo Dubois)

Et cela ne s’adresse pas qu’aux dirigeants ! L’anticipation est la clé pour garder son sang-froid face à l’incertitude, prendre du recul et agir avec lucidité et non dans la précipitation. Plus on anticipe, plus on apprend à gérer nos émotions et à évaluer les risques. « Les émotions sont essentielles, elles font de nous des humains et non des robots. Mais il faut savoir les dompter ». La fondatrice de Prisme Intelligence résume la nécessité du renseignement d’affaires de la manière suivante : « Il faut aller chercher le bon renseignement au bon moment pour faire face aux menaces économiques. L’humain est à la fois la force et la faille de l’entreprise. » Avant d’ajouter : « L’information doit se retrouver au centre du débat et de la prise de décision. »

Existe-t-il des différences dans la prise de décision selon les sexes ? Pour l’ex-agent secret, la réponse est positive. « L’erreur la plus fréquente chez les hommes est d’être trop sûrs d’eux. À l’inverse, les femmes sont dans l’over-anticipation. »

Guila Clara Kessous, en tant qu’ambassadrice de la paix de l’Unesco a pu observer de près la manière dont les hommes et les femmes prennent leurs décisions dans les sphères diplomatiques. Selon elle, leurs approches diffèrent, mais se révèlent surtout complémentaires. Elle déplore cependant la faible place accordée aux femmes dans les instances dirigeantes : « Les femmes ne font pas partie de la table de décision, elles dressent la table. » Pourtant, « la femme est un homme comme un autre ».

L’incertitude, un lot quotidien

Les temps sont-ils plus incertains aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier ? Pas sûr… ou peut-être, mais après tout, l’incertitude n’a-t-elle pas toujours été la norme ? « Tout le monde est capable de faire face à l’incertitude car nous la vivons au quotidien. Si on savait de quoi demain était fait, la vie n’aurait plus aucune saveur », dixit la fondatrice de Prisme Intelligence.

Maï-Linh Camus et Guila Clara Kessous (crédits : Léo Dubois)

L’ambassadrice de l’Unesco a, quant à elle, rappelé la nécessité de réveiller, ou d’éveiller, son intelligence situationnelle. « Cela désigne tout ce que l’on sait quand on ne sait pas », a-t-elle résumé. Avant de préciser : « Aujourd’hui, dans l’urgence permanente dans laquelle évoluent les entrepreneurs, il n’existe plus vraiment de règles ou de codes établis. On avance souvent à l’aveugle, sans certitudes. Cela demande de développer une forme d’intelligence situationnelle : une capacité à réagir, à improviser et à s’adapter en permanence ». L’intelligence situationnelle touche à notre capacité d’improvisation. Et pour Guila Clara Kessous, comédienne et artiste, le théâtre est une formidable école de l’improvisation, « pas seulement pour gagner en posture ou en présence, mais pour apprendre à jouer son propre rôle autant que celui de la personne en face. C’est un excellent moyen de mieux comprendre l’autre et d’arriver sur un terrain de discussion avec davantage d’arguments et de recul », défend-elle.

Guila Clara Kessous a également développé la notion « d’entrepreneuriat diplomatique ». Une approche selon laquelle, au sein de l’entreprise, chacun est appelé à travailler en étroite collaboration. « L’entrepreneuriat, c’est “prendre entre” », a-t-elle rappelé. Dans cette logique, les membres de l’organisation doivent faire preuve de diplomatie pour atteindre leurs objectifs communs. Car l’entreprise repose avant tout sur un collectif. Et son équilibre dépend largement de la capacité de chacun à favoriser l’apaisement. Oui, l’entreprise a aujourd’hui un rôle de pacification de la société.

Journaliste. Si la curiosité est un vilain défaut, elle m'a permis d'en faire mon métier ! Je suis ravie de faire partie de l'équipe d'ÉcoRéseau Business, dont l'objectif est d'informer avec un regard constructif et optimiste. Dans mes articles, je m'efforce de rester aussi objective que possible… sauf quand il est question de Bordeaux, ma ville de cœur !

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