Entre paresse et sagesse, les mots des dirigeants en 2025

Temps de lecture estimé : 2 minutes

2025 demeurera l’année de l’utilisation massive de l’IA au service de la parole des dirigeants. Selon Open AI, la barre des 3,5 milliards de requêtes par jour sur ChatGPT a été dépassée en décembre 2025 !

Face à cette ressource miraculeuse, coincé entre paresse et sagesse, le verbe du pouvoir a, le plus souvent, choisi la facilité.

La paresse linguistique favorisée par l’IA est devenue, en quelques mois, une compétence stratégique. Elle s’incarne dans ces phrases passe-partout qui circulent d’un plateau télé à un fil X, ou un post Linkedin, sans jamais perdre leur inutilité : « nous prenons la mesure des enjeux », « toutes les options sont sur la table », « il faut avancer collectivement ».

Ces « éléments de langage » standardisés ont un avantage décisif : ils protègent. À l’ère des réseaux sociaux, chaque mot peut être disséqué, extrait, retourné, jugé en temps réel. Alors on arrondit, on neutralise, on parle en mousse expansive.

Le tweet impose son rythme, le slogan artificiel sa violence, et la pensée, quand elle survit, se réfugie dans les notes de bas de page — quand il en reste.

Le langage des dirigeants contemporains est ainsi devenu un exercice d’équilibriste artificiel : dire suffisamment pour exister médiatiquement, sans jamais dire assez pour engager une responsabilité.

Face à cette paresse, la sagesse consisterait à réhabiliter la précision, la nuance, le temps long. Mais la sagesse est structurellement désavantagée dans l’économie de l’attention. Elle hésite, explique, contextualise. Elle accepte la complexité là où l’algorithme exige de l’immédiateté. Elle s’inspire de la nuance, là où la machine se nourrit d’inférences absolues.

Dans ce monde pressé, le ton compte davantage que le fond, et l’assurance superficielle fait office de preuve d’autorité.

L’irruption massive de l’intelligence artificielle dans la fabrique des discours ajoute ainsi une couche supplémentaire de vernis. L’IA promet des prises de parole fluides, bien calibrées, statistiquement consensuelles. Elle ne ment pas : elle lisse. Elle ne pense pas : elle répète ce qui a déjà été dit, en variant les ordonnancements.

Le danger n’est pas qu’elle fasse déraper le langage des dirigeants, mais qu’elle leur fournisse l’alibi parfait pour ne plus jamais affronter la rugosité du réel.

À force de déléguer leur parole — aux plates-formes IA et aux machines associées — les dirigeants oublient une évidence élémentaire : parler, c’est trancher. Et trancher, c’est s’exposer.

Gouverner durablement avec des phrases automatiques, c’est comme piloter un avion à vue avec un manuel de pilotage élémentaire sous les yeux : on donne l’illusion de maîtriser la trajectoire, jusqu’au moment où la réalité, indifférente aux « éléments de langage », reprend brutalement la parole.

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