L’hypothèse Lecornu

Une fois n’est pas coutume, je viens vous parler de mon dernier livre numérique (on le trouve sur toutes les plates-formes), La course à l’Élysée, publié chez Saint-Simon.

Je raconte la campagne électorale, définis les conditions de la victoire et les chances des (pour l’heure nombreux) candidats.

Et j’entrecoupe cette histoire de moments significatifs de 40 ans d’expérience dans la communication politique, le conseil de leaders, ministres, chefs d’État, candidats afin d’éclairer les enjeux actuels.

DES FRANÇAIS PAS EMBALLÉS

Dans les sondages d’opinion, deux tiers des interviewés déclarent que les candidats ne suscitent pas d’espoir auprès d’eux. Certains de ces sondages ne classent plus les candidats à partir de leur popularité, mais en fonction de ceux qui inquiètent le moins ! Marine Le Pen est la mieux classée car elle « inquiète seulement », si l’on peut dire, 60 % des Français !

Tous les candidats s’alignent derrière elle en matière de crainte. Les plus « effrayants » à 81 % : Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour…

C’est l’expression d’une large fatigue démocratique.

Pas de quoi être optimiste (et c’est le président de la Ligue de l’Optimisme qui l’écrit), même si la défiance française se montre habituelle à l’égard des politiques.

C’est pourquoi je me suis intéressé l’année dernière à un sondage passé inaperçu dans lequel une majorité de Français jugeaient le Premier ministre humble, Sébastien Lecornu, clair et sincère. Un portrait qui ravirait tous les candidats actuels !

Et c’est ce qui m’a décidé à écrire ce livre.

UN PERSONNAGE DE ROMAN

Sébastien Lecornu est un homme de paradoxes. Peut-être au sens évoqué par Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe : « Vouloir, c’est susciter des paradoxes. »

Cet homme semble mener une vie monacale, se dénomme lui-même moine soldat, vit des retraites à l’Abbaye de Saint-Wandrille où il a été tenté de se faire moine à 16 ans. Mais il aime la bonne chère, sait confectionner de bons petits plats et s’en va boire parfois un whisky à 3 heures du matin à l’Élysée avec le Président !

Il est courtois mais capable de coups de colère légendaires au sein de l’Assemblée nationale à l’encontre, notamment, de Mathilde Panot (LFI) ou des écolos.

Il est avare de ses déclarations, distant à l’égard des médias, mais développe une stratégie d’image très élaborée, du JT de France 2 avec un record, 7 millions de téléspectateurs (ce qui prouve que le personnage suscite de la curiosité) à ses points presse sur le perron de Matignon, jusqu’à la photo sur le marché de Vernon avec ses poireaux qui dépassent du cabas.

UN VRAI STYLE

Le plus intéressant est qu’il a créé un style, ce qui est rare et précieux, un territoire qui n’appartient qu’à lui. Gros bosseur, il parle sans notes, connaît ses dossiers sur le bout des doigts, sans agenda ni ambition. Il apparaît même apolitique ou même antipolitique au sens où les Français ne la supportent plus, cette politique. L’image de celui qui tient la boutique, gère les crises pendant que les candidats papillonnent.

Aujourd’hui, dans cette présidentielle, personne, à droite ni au centre, ne « plie le match ».

Alors, de deux choses l’une. Ou le candidat le mieux placé du bloc central, aujourd’hui « Monsieur-prend-son-temps » Édouard Philippe, accélère, donne de sa personne, prouve qu’il en a vraiment envie et bénéficie au moins d’un ralliement majeur, et il ira alors vers son destin. Ou c’est la guerre car aucun candidat de ces familles n’apparaît réellement qualifié pour le second tour, avec le risque d’un face à face Le Pen-Mélenchon qui effraie tant les Français et qui conduirait à une révolte des électeurs, exprimée dans les sondages. Il faudrait qu’une « autorité » y mette de l’ordre, quitte à se lancer elle-même. Sébastien Lecornu pourrait alors jouer un rôle majeur.

Si cette hypothèse ne se réalise pas, retenez son nom, observez son style. Il a 40 ans et il faudra suivre son parcours.

Finissons – quand même – sur une touche d’optimisme : le pire n’est jamais sûr, la France vient du fond des âges et elle vit, comme l’écrivait le général de Gaulle, dans ses mémoires. Et elle vivra en partie grâce à vous, chers lecteurs, les traceurs, les innovateurs, les entrepreneurs.

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