
La récente étude de la Cour des comptes consacrée à la transition écologique sonne comme un rappel d’urgence au bon sens et à l’action. Elle plaide pour une exigence de maintenir la trajectoire de la décarbonation et de l’adaptation au changement climatique. Ce n’est pas la première fois que les hauts magistrats financiers s’intéressent à l’environnement. Il y a un an, ils ont déjà alerté sur la dégradation continue de notre planète en préconisant des mesures pour relancer la transition écologique. Par Ezzedine El Mestiri.
Le constat de la Cour des comptes s’appuie sur de nombreux travaux scientifiques et des enquêtes menées par les chambres régionales et territoriales qui évoquent quelques progrès réalisés en soulignant que beaucoup reste à faire. Il est temps d’accélérer pour tenir les objectifs écologiques et remédier surtout à l’insuffisance de financement. 161 milliards d’euros d’investissements seront indispensables d’ici à 2030, soit une progression de 12 % par an, alors que le rythme actuel n’est que de 5 % ! L’essentiel de cet effort devra être à la charge du secteur privé.
Une largesse des aides publiques
Le rapport juge la stratégie pluriannuelle des financements largement insuffisante car elle ne cesse de délaisser des volets comme la restauration de la biodiversité, la sauvegarde de la ressource en eau ou le développement de l’économie circulaire. Il pointe aussi plusieurs indicateurs dans le rouge qui portent notamment sur l’empreinte carbone, le pétrole, l’eau, les déchets, les oiseaux et l’artificialisation.
Autre critique mise en avant, la grande largesse des aides publiques à la décarbonation de l’industrie qui s’élève à plusieurs milliards d’euros, souvent consacrés à des dispositifs nombreux, sans critères rigoureux et une évaluation défectueuse de leur impact. Plusieurs recommandations sont formulées. Éviter de multiplier les outils de pilotage, ou encore octroyer une place crédible à la stratégie pluriannuelle de financement de la transition écologique dans les débats budgétaires au Parlement.
Le coût différé de l’inaction
Cet été, nous avons suffoqué. Canicules à répétition, sécheresse, des hectares brûlés, orages violents… Cette succession de phénomènes extrêmes a été néfaste pour les populations, les milieux naturels et les exploitations agricoles. Selon une mission parlementaire, les dégâts de cet été meurtrier sont évalués à 16 milliards d’euros. C’est aussi 0,1 point de PIB perdu, soit près de 3 milliards d’euros.
Il y a un coût différé de l’inaction. Renoncer à engager les investissements nécessaires à la transition écologique conduirait à aggraver la situation des finances publiques. « Les événements climatiques de 2026, canicules, incendies, sécheresse, et leurs conséquences en termes de santé publique ou de santé mentale, ont rappelé que les conséquences du changement climatique ne relèvent plus d’un risque lointain, mais qu’elles sont déjà coûteuses pour nos finances publiques et notre société », souligne Amélie de Montchalin, présidente de la Cour des comptes.
L’heure est venue d’avoir des politiques mieux financées, mieux pilotées et mieux évaluées, autrement le coût économique de la transition risque de s’aggraver. Retarder les investissements nécessaires ne ferait qu’accroître la facture !
L’environnement est évoqué, dans les études d’opinion, comme l’une de nos premières préoccupations. Avec la répétition et l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes, nous sombrons de plus en plus dans une vraie anxiété collective. Investir dans la transition écologique, c’est éviter des pertes humaines, économiques et sociales mais aussi un devoir et un impératif de justice vis-à-vis des générations futures.

























