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Le constat est accablant. En 2025, la pollution atmosphérique extérieure due aux particules fines, aurait causé environ 6,4 millions de décès prématurés. La pollution de l’air intérieur aurait quant à elle a causé 2 millions de décès additionnels, dont près de 300 000 enfants. Ajoutons à cette sombre hécatombe les 5,5 millions de nouveaux cas d’asthme infantile, 4,2 millions d’infarctus, 3,3 millions de cas de diabète, 2,5 millions d’AVC et 2 millions de cas de démence chaque année ! Allons-nous continuer à vivre dans un tel monde irrespirable et dangereux ? Par Ezzedine El Mestiri.
Le récent rapport onusien intitulé « Atouts cachés : avantages économiques et sanitaires des mesures pour le climat et la qualité de l’air » vient à temps pour nous prévenir et proposer 25 mesures concrètes à appliquer. Elles vont du développement des énergies renouvelables aux véhicules électriques, en passant par l’efficacité énergétique et l’accès à des combustibles propres pour la cuisine. Des actions fortes qui pourraient produire des bénéfices considérables pour notre santé, l’économie et le climat. Leur mise en œuvre permettrait de générer des bénéfices annuels équivalant à 2,8 % du PIB mondial en 2035, 4,5 % en 2050 et 11,4 % en 2100.
Un dollar investi peut en rapporter 15
À l’horizon 2050, leur application complète dans des secteurs comme l’énergie, l’industrie, les transports, l’agriculture, le chauffage domestique et la gestion des déchets, pourrait éviter 144 millions de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique en plus des gains climatiques majeurs. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone pourraient être réduites de moitié d’ici à 2050.
L’étude du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et de la Coalition pour le climat et la qualité de l’air (CCAC) démontre que « chaque dollar investi dans la lutte contre le changement climatique et la pollution atmosphérique peut rapporter 15 dollars ».
Nous avons longtemps considéré le changement climatique et la pollution atmosphérique comme deux problèmes distincts, la réalité est qu’ils sont profondément liés. Leurs causes se recoupent largement. La lutte conjointe contre ces deux crises pourrait permettre d’économiser des centaines de milliards de dollars. Agir dès aujourd’hui permettrait à l’humanité d’économiser jusqu’à 10 000 milliards de dollars d’ici à 2040. Cela génère 0,2 % de PIB mondial supplémentaire en bénéfices économiques. Chaque année de retard représente une perte de plus de 0,5 % (1 500 milliards de dollars) du PIB. À l’inverse, des réformes qui accélèrent leur mise en œuvre pourraient générer jusqu’à 10 000 milliards de dollars d’économies cumulées grâce à la réduction de la morbidité d’ici à 2040.
Des freins d’ordre institutionnel
« Nous avons trop longtemps considéré l’action climatique comme un coût à gérer et la pollution atmosphérique comme une conséquence malheureuse du développement. Ce rapport démontre le contraire : un air pur est un facteur essentiel du développement, de la santé, de la sécurité alimentaire et énergétique, et de la stabilité climatique, un atout dans lequel nous devons investir », appuie Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE.
Le rapport reconnaît aussi les obstacles pour la mise en œuvre de ces mesures : morcèlement des processus de décision, aptitudes limitées pour faire apposer les réglementations et coordination imparfaite entre les pouvoirs publics. Des freins d’ordre institutionnel et non économique.
Notre planète est entrée dans une nouvelle phase de défis écologiques et économiques. Le dépassement de 1,5 °C de réchauffement est désormais acté comme une catastrophe néfaste. L’humanité fait face tant bien que mal simultanément à des coûts économiques croissants liés au changement climatique et à la pollution atmosphérique. Cette étude introduit une nouvelle méthode d’évaluation et une approche innovante, celle de ne plus considérer l’air pur et l’action climatique comme des coûts, mais comme un investissement productif qui apporte des avantages économiques, sanitaires et environnementaux. Il est judicieux de transformer notre action face à ces défis en une opportunité économique.



























