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Longtemps cantonnée à la veille concurrentielle et à la protection des informations sensibles, l’intelligence économique s’est progressivement imposée comme un outil de gestion des risques géopolitiques. Entre la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les perturbations des grandes routes commerciales mondiales, les entreprises françaises sont désormais contraintes d’intégrer les enjeux internationaux dans leur stratégie.

Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont profondément modifié l’environnement économique mondial. Hausse des prix de l’énergie, perturbations logistiques, risques cyber ou encore enjeux réputationnels : les entreprises doivent désormais surveiller bien davantage que leurs seuls concurrents. L’intelligence économique, voilà un outil indispensable pour comprendre un monde toujours plus instable et imprévisible.

De la veille concurrentielle à la gestion des risques géopolitiques

Pour Nassim Aissou, analyste en géopolitique, l’intelligence économique repose sur trois piliers : la veille stratégique, la protection du patrimoine informationnel et l’influence. Son objectif est de permettre aux organisations de collecter, analyser et protéger les informations utiles à leur développement sans oublier l’anticipation des évolutions de leur environnement.

Selon lui, les conflits récents ont transformé cette discipline. « L’intelligence économique est passée d’un outil de veille concurrentielle classique à un outil de gestion des risques géopolitiques de premier plan », explique-t-il. Selon le panorama 2025 du Syndicat français de l’intelligence économique (Synfie), l’intelligence économique dans le secteur privé regroupe environ 2 500 professionnels répartis au sein de 250 entreprises, générant un chiffre d’affaires cumulé de 750 millions d’euros.

Désormais, les entreprises doivent surveiller en permanence les évolutions internationales susceptibles d’affecter leurs activités. Cette transformation s’explique notamment par l’instabilité croissante du contexte mondial. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une part importante du commerce mondial de pétrole, illustrent parfaitement cette nouvelle réalité. Pour les groupes fortement dépendants des matières premières ou de l’énergie, la géopolitique n’est plus une question lointaine mais un facteur de risque direct.

Le spécialiste observe également une évolution des mentalités. Des sujets autrefois perçus comme éloignés du quotidien économique sont désormais suivis de près par les entreprises comme par l’opinion publique. Les crises internationales peuvent rapidement avoir des conséquences financières, commerciales ou réputationnelles. Cette prise de conscience a favorisé l’apparition de nouvelles fonctions au sein des entreprises, avec des spécialistes chargés d’analyser les risques géopolitiques et de conseiller les directions générales.

Des vulnérabilités révélées par les crises internationales

Pour Nassim Aissou, les conflits récents n’ont pas créé de nouvelles fragilités. Ils ont surtout mis en lumière des faiblesses déjà existantes. « Les questions géopolitiques ont toujours été centrales », rappelle-t-il. Selon lui, le véritable problème réside dans le manque d’anticipation qui caractérise encore de nombreuses organisations.

Cette absence de prévoyance apparaît particulièrement dans le domaine énergétique. La dépendance européenne au gaz et au pétrole importés expose directement les entreprises aux tensions internationales. Une fermeture du détroit d’Ormuz ou une perturbation durable des exportations énergétiques aurait des conséquences immédiates sur les coûts de production et sur l’ensemble de l’économie.

Les chaînes logistiques constituent une autre source de vulnérabilité majeure. Les attaques en mer Rouge ont contraint de nombreux transporteurs à modifier leurs itinéraires afin d’éviter certaines zones à risque. Ces détours allongent les délais de livraison et augmentent les coûts du transport maritime. À terme, ces surcoûts se répercutent sur les entreprises puis sur les consommateurs.

Le spécialiste évoque également la montée des risques cyber et informationnels. Les campagnes de désinformation, les tentatives d’influence ou encore l’espionnage économique se multiplient dans un contexte international tendu. « À une époque où la question du cyber est ultra-centrale, les entreprises sont obligées de prendre ces risques en compte », souligne-t-il.

Enfin, les entreprises doivent faire face à des enjeux réputationnels. Les consommateurs accordent désormais une attention particulière aux activités internationales des marques. Un partenariat controversé ou une présence dans une zone de conflit peut rapidement susciter des réactions négatives et affecter l’image d’une entreprise.

L’anticipation, principale leçon pour les années à venir

Face à ces défis, Nassim Aissou estime que plusieurs secteurs sont particulièrement exposés. L’énergie arrive en tête, en raison de la forte dépendance européenne aux importations. L’industrie de la défense est également concernée, les conflits influençant directement les contrats, les partenariats et la perception de l’opinion publique. Les secteurs liés aux matières premières, aux minerais et à l’agriculture figurent eux aussi parmi les plus sensibles aux bouleversements géopolitiques.

Pour autant, l’expert ne considère pas que ces tensions conduisent nécessairement les entreprises vers l’espionnage économique. Il distingue clairement les deux notions. L’intelligence économique repose sur des méthodes légales et structurées de collecte et d’analyse de l’information, tandis que l’espionnage implique des pratiques beaucoup plus risquées sur les plans juridique et éthique.

Selon lui, les entreprises disposent déjà d’outils suffisants pour renforcer leur résilience. Encore faut-il les utiliser de manière proactive. La principale leçon à tirer des crises ukrainienne et moyen-orientale tient en un mot : « l’anticipation ! » Une entreprise capable d’identifier en amont les risques géopolitiques pourra adapter ses approvisionnements, diversifier ses partenaires ou sécuriser ses activités avant qu’une crise ne produise ses effets.

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