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Concurrence, réputation, cyberattaques, désinformation… Au XXIe siècle, l’information est devenue un levier de puissance autant qu’un facteur de vulnérabilité. Des TPE aux multinationales, toutes les entreprises sont concernées par les enjeux de renseignement d’affaires et d’intelligence économique. Dans un environnement de plus en plus incertain, anticiper les menaces n’est plus une option, mais une nécessité.
« Les temps qui viennent seront ceux du renseignement d’entreprise », dixit le publicitaire français Jacques Séguéla lors de la 9e édition des Trophées ÉcoRéseau, en 2025. En effet, négliger ces enjeux expose les entreprises à de nombreux risques, qu’ils soient économiques, réputationnels ou cyber. Pourtant, en France, contrairement à des pays comme les États-Unis ou la Chine, la culture du renseignement économique peine (pour l’instant) à s’imposer. « D’abord parce que l’État ne l’a pas instaurée au sein de la culture française et des entreprises. Ensuite, parce que les entreprises ne savent pas vers qui se tourner, c’est flou. J’ai lancé mon cabinet car le renseignement économique c’est une arme, un outil indispensable pour faire face à la guerre économique », développe Maï-Linh Camus, ancienne espionne qui a fondé son cabinet Prisme Intelligence, auteure de Dans l’ombre de la décision (Eyrolles, 2026).
Connaitre les risques…
Le renseignement d’affaires ? « c’est aller chercher le bon renseignement au bon moment pour prendre la bonne décision. » Selon le besoin de l’entreprise, il se traduit de plusieurs façons : renseignement d’anticipation, de protection, d’offensive, de réponse ou de défense. « Il peut s’agir de recueillir des informations sur un partenaire commercial, une cible d’acquisition ou encore sur certains collaborateurs occupant des postes particulièrement sensibles. L’objectif est de mieux appréhender la réputation d’une personne, d’une entreprise ou d’un acteur économique, y compris lorsqu’il se situe à l’autre bout du monde », complète Nicolas Boutinot, fondateur du cabinet Ex Ante. Et les spécialistes combattent les idées reçues selon lesquelles le renseignement d’affaires et l’intelligence économique ne concerneraient que les grandes entreprises. « C’est presque encore plus important pour les petites entreprises, parce que ce sont elles les cibles », souligne la fondatrice de Prisme Intelligence. Les petites entreprises ne se sentent pas concernées et c’est pourtant là que réside tout l’enjeu du renseignement d’affaires. Enfin, les entreprises gagneraient à considérer l’intelligence économique comme un véritable outil stratégique dans un contexte de compétition mondiale accrue. « Les autres pays ne se privent pas de se renseigner avant de prendre une décision ou de conquérir un marché. Pour les entreprises françaises, l’enjeu est simple : jouer à armes égales sur le théâtre de la guerre », résume la fondatrice de Prisme Intelligence.
… pour prendre une décision éclairée !
« Avis aux dirigeants : ne prenez pas de décision sur un ressenti, prenez une décision sur des faits », alerte Nicolas Boutinot. Prendre une décision éclairée en évaluant les risques auxquels ils s’exposent. C’est aussi et surtout cela l’objectif du renseignement d’affaires pour les entreprises. « Le deuxième intérêt, c’est l’avantage concurrentiel. Quand on se renseigne bien, on prend les bonnes décisions et on évite de faire des erreurs qui peuvent nous coûter cher humainement et financièrement », développe Maï-Linh Camus. Renseignement rime avec anticipation. À titre d’exemple, un dirigeant accompagné par le cabinet de Maï-Linh Camus envisageait d’investir plusieurs millions d’euros dans le lancement d’un nouveau produit déjà adopté par plusieurs de ses concurrents. Tous les indicateurs semblaient au vert, pourtant, l’analyse approfondie du marché a révélé que, si ce produit offrait une forte visibilité, il générait peu de revenus. Le dirigeant a donc renoncé à son projet en toute connaissance de cause et évité un investissement à faible rentabilité.
Préparer l’avenir
Le renseignement d’affaires ? « c’est un investissement sur l’avenir. S’il y a bien une chose qui coûte cher aux entreprises françaises, ce sont les contentieux, mais aussi les moyens déployés pour réparer les conséquences des menaces qui pèsent sur leur activité. » En moyenne, une cyberattaque coûte 7 millions d’euros à une entreprise. Et un contentieux d’affaires peut mettre plusieurs années avant de se régler. D’autant que cela coûte cher en termes de procédures, d’attente et d’énergie pour le dirigeant. « Il y a aussi les coûts masqués. Un dirigeant qui est en contentieux depuis cinq ans a la boule au ventre tous les matins », relève la fondatrice de Prisme Intelligence. Anticiper aussi les menaces qui pèseront sur les entreprises. « Nous faisons face à de nouvelles menaces qui sont déjà à nos portes. Des menaces hybrides, insaisissables. » Impossible de ne pas penser à l’intelligence artificielle, cette révolution technologique qui est venue bouleverser nos quotidiens. « L’IA est une force incroyable mais c’est aussi une menace de haut niveau car elle permet de duper, tromper la cible. » Parmi les nouveaux défis auxquels sont confrontées les entreprises, Nicolas Boutinot identifie aussi le risque-image. « Réputation et image sont étroitement liées : une bonne réputation renforce l’image de l’entreprise, tandis qu’une mauvaise réputation peut rapidement la dégrader. Bâtir une réputation solide peut prendre des années, alors qu’il suffit de quelques jours pour la fragiliser. Derrière ces attaques, les emplois et les salariés peuvent être touchés. »































