Sereno et les risques météo des entreprises
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Qui ? Sereno

Quoi ? un MGA (Managing General Agent) spécialisé dans l’assurance paramétrique climatique qui aide les entreprises à transformer les aléas météo en indemnisations automatiques 

Née de l’expertise de deux météorologues, Ruben Hallali et François Mercier, Sereno a choisi de remonter la chaîne de valeur pour proposer des couvertures adaptées aux risques météo des entreprises. Un virage stratégique qui l’a conduite à revoir son modèle, ses produits et sa manière de se développer. Il aura fallu plusieurs années de travail sur la donnée météorologique, puis une remise en question du modèle économique, pour faire émerger Sereno. Aujourd’hui, l’entreprise veut transformer son expertise scientifique en solutions d’assurance concrètes, avec une ambition : répondre à des besoins encore peu couverts, notamment chez les PME et ETI. 

D’une expertise scientifique à un nouveau métier 

L’histoire commence en 2018, lorsque deux météorologues doctorants créent HDRain. À l’origine, l’entreprise fournit de la donnée météo certifiée à des assureurs, pour des problématiques aussi variées que des plantations en Afrique, l’agriculture en France ou des défilés de mode au Japon. « On avait de plus en plus un pied dans l’assurance », raconte Enzo Lanoue, directeur commercial de Sereno, arrivé dans la structure en janvier 2025. 

Cette activité de certification prend une place croissante dans le chiffre d’affaires. Mais elle reste cantonnée à un marché relativement restreint. Pour les investisseurs comme pour l’équipe, une question se pose alors : comment faire grandir l’entreprise au-delà de cette activité ? « Ça va être difficile de construire un business de plusieurs millions sur une activité de certification de données météo », estime le directeur commercial. 

Le déclic intervient au printemps 2025. Après plusieurs mois de réflexion, HDRain décide de faire pivoter son positionnement pour devenir un MGA, ou courtier grossiste. Le principe : concevoir des produits d’assurance pour le compte d’assureurs, qui apportent leur capacité de couverture. Sereno ne se contente donc plus de fournir la donnée mais construit les contrats, travaille leur tarification et organise leur commercialisation. Ce changement de métier demande toutefois de revoir une partie de l’organisation. L’équipe, déjà expérimentée en météorologie et en data science, doit renforcer ses compétences assurantielles. Un actuaire rejoint ainsi l’entreprise pour structurer cette nouvelle approche. En parallèle, Sereno multiplie les rencontres avec assureurs, réassureurs et courtiers, à Paris comme à Londres, afin de bâtir les accords nécessaires à son développement. Sereno peut déjà s’appuyer sur des assureurs et réassureurs partenaires, parmi lesquels Tokio Marine et SCOR, qui lui apportent la capacité nécessaire pour couvrir les risques. 

 

Des produits ciblés pour changer d’échelle 

Crédits : Sereno

Après neuf à dix mois de structuration, Sereno devient opérationnelle au printemps 2026. Son modèle repose désormais sur des partenariats avec des assureurs et des courtiers traditionnels, qui disposent déjà de portefeuilles clients. Une stratégie qui permet à la jeune entreprise d’accéder rapidement au marché et de conserver une partie de la commercialisation en direct. « On avance sur les deux en parallèle », explique Enzo Lanoue. Les premiers produits ont été distribués ces derniers mois, notamment dans la construction et le maritime. Pour les loueurs d’engins de chantier, Sereno couvre par exemple les pertes liées aux jours de pluie qui immobilisent les machines. Dans le maritime, l’entreprise s’intéresse aux affréteurs confrontés à des pénalités lorsque des conditions météo défavorables ralentissent le déchargement d’un bateau. 

Le choix stratégique est clair : plutôt que de viser uniquement de gros contrats, Sereno veut développer des produits pour des entreprises qui ne trouvent pas toujours de réponse adaptée dans l’offre existante. L’objectif est de multiplier les polices d’assurances sur des secteurs ciblés, afin de construire progressivement un volume significatif. « On ne veut pas juste en vendre quelques-unes, on veut en vendre beaucoup », résume Enzo Lanoue. 

Cette logique de spécialisation se retrouve dans les prochaines pistes de développement. L’entreprise travaille notamment sur des solutions pour les activités de plein air, la restauration et l’industrie forestière. Les demandes liées aux feux de forêt illustrent toutefois les limites de l’exercice : lorsque la dimension humaine intervient dans le déclenchement d’un sinistre, la modélisation du risque devient plus complexe. « Il faut au moins plusieurs dizaines d’années d’historique de données pour avoir un prix qui est cohérent », précise le directeur commercial. 

Pour les trois prochaines années, Sereno vise plusieurs dizaines de millions d’euros de primes. L’internationalisation fait également partie des ambitions, avec la possibilité de couvrir des risques dans d’autres zones géographiques grâce à ses partenaires. Mais l’entreprise entend d’abord consolider ses points forts, en développant les produits déjà commercialisés et en renforçant sa force de vente. À plus long terme, Enzo Lanoue imagine une entreprise qui aura grandi sans nécessairement multiplier les effectifs. L’automatisation doit permettre de conserver une structure agile, tandis que les équipes commerciales et les relations avec les courtiers resteront essentielles. « C’est un people business », résume-t-il. Une manière de rappeler que, derrière la donnée et les modèles scientifiques, Sereno reste avant tout une entreprise qui doit convaincre, distribuer et construire des relations durables pour changer d’échelle.

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