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L’idée n’est pas entièrement nouvelle. Avant même l’arrivée de ChatGPT, certains candidats enjolivaient déjà leur parcours, ajoutaient une compétence à leur CV ou se déclaraient « bilingues » après quelques années de cours. Mais l’IA change l’échelle du phénomène. Elle peut désormais produire un CV parfaitement adapté à une offre, rédiger des lettres de motivation convaincantes, générer de fausses certifications ou souffler des réponses pendant un entretien en visioconférence. C’est ce qu’on appelle le « skillfishing ».
La réalité derrière ce terme imaginé par Alexander Alonso, une des figures de l’écosystème RH international, commence à inquiéter sérieusement les organisations, notamment aux États-Unis.
La frontière entre aide et fraude est essentielle : préparer un entretien avec l’IA ne signifie pas mentir sur ses compétences. Le problème apparaît lorsque le candidat prétend maîtriser des savoir-faire qu’il ne possède pas. « L’IA industrialise l’embellissement », résume Mohamed Achahbar, expert en recrutement interrogé par Le Point. Ce qui inquiète les entreprises, c’est la difficulté à détecter la supercherie avant l’embauche. Une étude de Fabric, citée par Le Point, a relevé des signes de triche dans plus d’un tiers de près de 20 000 entretiens à distance.
Le recrutement à l’épreuve du réel
Pour l’entreprise, les conséquences dépassent largement la déception d’un entretien raté. Un recrutement mobilise du temps, de l’argent et plusieurs collaborateurs. Si les compétences annoncées ne sont pas au rendez-vous, ces investissements peuvent être perdus. Dans certains postes, l’illusion peut durer plusieurs mois, voire davantage, notamment lorsque le travail est difficile à évaluer ou que les missions peuvent être déléguées. Face à cette menace, les recruteurs doivent-ils revenir à l’entretien en présentiel ? Pas nécessairement, mais ils peuvent diversifier leurs méthodes. « Vous embauchez quelqu’un qui, sur le papier, semble extraordinaire. Diplôme prestigieux. Références impressionnantes. CV parfaitement rédigé. Peut-être même un portfolio soigné ou des recommandations solides. Puis cette personne arrive. Et en quelques jours, parfois en quelques heures, vous comprenez que quelque chose ne va pas du tout. Elle est en réalité incapable de faire le travail. », déclarait Alexander Alonso, directeur des connaissances à la SHRM, dans un post LinkedIn en mars dernier. Certaines entreprises vont jusqu’à intégrer des exigences fantaisistes dans leurs offres pour vérifier que le candidat les a réellement lues.
Le plus efficace reste toutefois de confronter les déclarations à des situations concrètes. Plutôt que de demander à un candidat s’il maîtrise un logiciel, mieux vaut lui faire expliquer comment il l’a utilisé sur un projet précis. Quelle était la difficulté ? Quelle solution a-t-il choisie ? Quel résultat a-t-il obtenu ? Ce type de question permet de vérifier la cohérence d’un parcours et la capacité à mobiliser une compétence, plutôt que la simple récitation d’une réponse préparée.
Et si le problème venait aussi des recruteurs ?
Le skillfishing met aussi en lumière les failles du processus de recrutement. Pour Mohamed Achahbar via un post Linkedin, le secteur souffre d’un manque de professionnalisation. Les offres d’emploi manquent notamment de clarté : les descriptions sont souvent génériques et précisent peu les performances attendues ou les critères les plus importants. Selon lui, ces ambiguïtés peuvent favoriser les échecs et les escroqueries.
Pour limiter les risques, il faudrait privilégier l’ « entretien comportemental » en posant des questions concrètes : demander au candidat de raconter une expérience précise ou de décrire ses performances passées dans une situation donnée. L’objectif est de vérifier ce qu’il sait réellement faire plutôt que de s’appuyer uniquement sur des questions de connaissances, auxquelles l’IA peut facilement répondre. Le recrutement peut également être repensé pour éviter de « juger plutôt qu’évaluer », selon Mohamed Achahbar. D’après lui, la crainte d’être jugé peut pousser certains candidats à mentir sur leur profil. L’enjeu consiste donc à mieux évaluer les compétences réelles afin de placer les bonnes personnes aux bons postes. Pour l’expert, plus le recrutement se professionnalisera, plus les risques de skillfishing pourront être limités.





























