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Les entrepreneurs d’aujourd’hui ne cherchent plus uniquement la réussite économique, mais aussi l’utilité sociale et environnementale de leurs projets. Cette évolution s’accompagne toutefois de nouvelles fragilités : solitude, pression mentale, épuisement ou éco-anxiété deviennent des enjeux majeurs pour une génération confrontée à l’incertitude.
Au-delà de la démocratisation, les motivations des entrepreneurs ont elles aussi profondément évolué. « Il y a dix ans, les entrepreneurs sociaux étaient surtout des militants », explique Sophie Vannier de La Ruche. « Aujourd’hui, beaucoup de personnes veulent créer une entreprise viable tout en intégrant du sens et de l’utilité dans leur projet. »
La quête de sens devient centrale
L’impact social ou environnemental n’est plus marginal. Il est devenu une attente forte chez une nouvelle génération d’entrepreneurs qui cherche à aligner vie professionnelle et convictions personnelles. « Entreprendre, ce n’est plus seulement réussir économiquement », confirme Thibault de Saint Simon, directeur général de la Fondation Entreprendre. « C’est aussi avoir un impact sur la société, son territoire ou l’environnement. » Cette quête de sens est aujourd’hui largement assumée. Selon une étude menée par la Fondation Entreprendre avec OpinionWay, 96 % des Français estiment que l’entrepreneuriat permet de trouver du sens dans son travail. Pour Sophie Vannier, cette évolution a permis à l’entrepreneuriat à impact de gagner en crédibilité. « Avant, l’entrepreneur à impact était un peu vu comme un drôle d’entrepreneur. Aujourd’hui, il existe des financements dédiés, des programmes spécifiques et tout un écosystème structuré autour de ces projets. » L’entrepreneuriat à impact est désormais pleinement intégré au paysage entrepreneurial français. Il faut tout de même rappeler qu’un projet entrepreneurial doit conserver un équilibre entre impact et viabilité économique. Car oui, la valeur économique reste essentielle pour générer un impact durable sur la société. Dans la société civile, les Français voient aussi les entrepreneurs autrement. L’entreprise semble aujourd’hui bénéficier d’une image plus positive. Une étude du Cercle des Entrepreneurs Engagés et OpinionWay dévoilée en mai montre notamment qu’une majorité de la population souhaite voir les entrepreneurs occuper une place plus importante dans le débat public. D’autres chiffres de cette même étude montrent également que les Français portent un intérêt marqué à l’enseignement de la culture entrepreneuriale au collège et au lycée. Ainsi, 86 % d’entre eux se déclarent favorables à l’intégration d’un cours consacré à la vie de l’entreprise et des entrepreneurs, un soutien particulièrement fort chez les 18-24 ans, qui y adhèrent à 82 %. Pour Hervé Novelli, ancien ministre et fondateur du Cercle des Entrepreneurs Engagés, ces résultats traduisent un profond décalage entre les citoyens et les responsables politiques. « Les Français sont beaucoup plus en avance qu’eux sur les réformes profondes qu’il faut faire », nous confie-t-il. Selon lui, la majorité des dirigeants politiques actuels « vivent dans un monde déconnecté, qui n’existe pas ». Impact, sens, utilité, création des richesses… L’entreprise est au centre du jeu.
Une génération en quête de liberté mais confrontée à de nouvelles fragilités
L’entrepreneuriat attire de plus en plus de jeunes actifs, souvent séduits par l’idée d’indépendance et de liberté. « Il y a un véritable appel de liberté chez les jeunes », analyse Thibault de Saint Simon. La possibilité de construire son propre projet ou d’échapper à certaines contraintes du salariat séduit de plus en plus. Mais cette vision idéalisée de l’entrepreneuriat ne correspond pas toujours à la réalité du terrain. « Nous essayons justement de démystifier cette image », explique Sophie Vannier. « Être entrepreneur ne signifie pas forcément être plus libre. Il y a d’autres formes de pression, d’incertitudes et de responsabilités. » On observe notamment une montée importante des problématiques liées à la solitude, à l’épuisement mental et à la fragilité psychologique des dirigeants. « La solitude du dirigeant est un sujet majeur », affirme-t-on à la Fondation Entreprendre. Selon lui, les réseaux d’accompagnement permettent justement aux entrepreneurs d’échanger entre pairs et de ne pas rester isolés face aux difficultés. À La Ruche, les programmes ont largement évolué pour intégrer ces nouveaux enjeux. « Il y a dix ans, on parlait surtout business plan et étude de marché », raconte Sophie Vannier. « Aujourd’hui, on travaille aussi sur l’équilibre de vie, la santé mentale, l’écoanxiété ou encore la capacité à ne pas se brûler. » Pour Thibault de Saint Simon, cette évolution reflète aussi un changement plus global de la société. « Les enjeux de santé mentale sont beaucoup plus présents aujourd’hui qu’il y a dix ans », explique-t-il. « Et les entrepreneurs sont directement touchés par cette pression permanente liée à la réussite et à l’incertitude économique. »
Le collectif et le rebond prennent une nouvelle place
Autre transformation importante : l’entrepreneuriat se vit désormais de manière beaucoup plus collective. « Pendant longtemps, on conjuguait l’entrepreneuriat au singulier », résume Sophie Vannier. « Aujourd’hui, on le conjugue de plus en plus au pluriel. » Associés, collectifs, coopératives ou réseaux d’entraide prennent une place croissante dans les parcours entrepreneuriaux. L’image du dirigeant solitaire capable de réussir seul tend progressivement à disparaître. « Derrière chaque réussite entrepreneuriale, il y a souvent tout un écosystème », insiste Thibault de Saint Simon. Pour lui, les réseaux associatifs jouent un rôle essentiel dans cette dynamique collective en mettant en relation des entrepreneurs, des mentors et des experts capables d’accompagner les projets. Oubliez le self-made man ! Le regard porté sur l’échec entrepreneurial évolue également. Pour Sophie Vannier, « la culture du rebond est aujourd’hui bien implantée en France ». Beaucoup d’entrepreneurs considèrent désormais l’échec comme une expérience d’apprentissage et non plus uniquement comme un stigmate. Thibault de Saint Simon estime néanmoins que la France conserve encore une certaine difficulté à accepter pleinement l’échec. « On ne valorise pas encore assez le fait d’essayer et de se tromper », regrette-t-il. Malgré tout, les crises récentes comme le covid, l’inflation ou les tensions économiques ont renforcé les notions de résilience et d’adaptation. « Aujourd’hui, on parle davantage de robustesse économique que d’hypercroissance », observe Sophie Vannier. Les entrepreneurs cherchent désormais des modèles plus solides, capables de résister aux incertitudes et de durer dans le temps.






























