Cercle ÉcoRéseau
Cercle ÉcoRéseau, lundi 21 septembre (Jean-Baptiste Leprince, Dominique Restino, Pauline Boucon Duval, Léo Vannier, Geoffrey Wetzel) Crédits : Léo Dubois

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Il y a un peu plus d’une semaine, le ministre des Petites et moyennes entreprises, Serge Papin annonçait sa volonté d’encourager la transmission d’entreprise aux salariés à travers le Pacte Papin. Un sujet qui résonne particulièrement avec les échanges du Cercle ÉcoRéseau, réuni ce lundi 21 septembre autour du thème : « La transmission et la reprise d’entreprise ». C’est au pavillon Ledoyen, du chef Yannick Alléno que dirigeants, décideurs et acteurs du monde économique, étaient présents pour assister à la table ronde autour de ce sujet ô combien actuel. Avec, comme toujours, des invités d’exception : Dominique Restino, président de la CCI Paris Île-de-France, Pauline Boucon Duval, directrice générale du Groupe Duval et Léo Vannier, vice-président du groupe La Mère Poulard. 

La transmission est aussi une valeur cardinale dans le sport. Pour en parler, les deux joueurs de l’équipe de France de cécifoot – récemment champions d’Europe – Gaël Rivière et Hakim Arezki étaient présents. « Dans notre discipline, on a toujours eu la conviction que ce que l’on faisait pouvait avoir une portée plus grande que celle de la gloire du sport, qu’on pouvait faire évoluer les regards à condition d’être bons sur le terrain. La meilleure manière de transmettre, de faire passer un message c’est d’être performant », a déclaré le premier, qui est aussi président de la Fédération française handisport. Vite complété par son coéquipier, venu aussi dédicacer son livre Renaître dans la nuit (éditions XO) : « le parasport nous apprend le dépassement de soi, la résilience, mais aussi l’esprit d’équipe et la confiance en ses coéquipiers ». Tous deux ont salué leur capitaine, Frédéric Villeroux, « le Zidane du cécifoot ».   

Faire ses preuves

Des chiffres d’abord. Ceux d’une réalité qu’on ne peut plus ignorer : dans les dix ans à venir ce sont plus de 500 000 entreprises qui devraient être cédées. « En France, on a gagné depuis plus de vingt ans la bataille de l’entrepreneuriat et de la création d’entreprise : on part d’une feuille blanche et on se lance. Avec une reprise, c’est différent, tout existe déjà. Certes, il y a un coût, mais c’est une autre manière d’entreprendre, parfois moins risquée », lance d’emblée Dominique Restino. 

Et lorsque « tout existe déjà », la question de la légitimité se pose. Encore plus, sans doute, lorsqu’il s’agit de reprendre l’entreprise de l’un de ses parents, à l’image de Léo Vannier et de Pauline Boucon Duval. « Mon père m’a appelé en 2017, alors que je venais d’être diplômé de l’Edhec. Le groupe connaissait une succession de crises depuis quelques années. Je n’ai pas ressenti de pression sur les résultats, mais j’ai parfois reçu un accueil un peu froid. À 26 ans, face à des équipes qui avaient parfois le double de mon âge, j’étais surtout “le fils du patron”. La légitimité vient avec les résultats. J’ai donc observé, posé les bonnes questions et apporté un regard extérieur. Puis, quand les idées fonctionnent et qu’en cinq ans le chiffre d’affaires double, les équipes voient que ça marche », se souvient le vice-président de La Mère Poulard.

Pour Pauline Boucon Duval, la notion « d’entreprise familiale » n’existe que grâce à son arrivée dans le groupe. « Je ne suis que la deuxième génération », précise-t-elle. C’est aussi lors d’un appel téléphonique avec son père, qu’elle prend la décision de rejoindre le groupe Duval – suivie quelques années plus tard par son frère. Elle aussi exècre les préjugés qu’il peut exister derrière la notion de « fils et fille de », « en France, l’image des enfants qui reprennent l’entreprise de leurs parents, des “héritiers”, un terme que je déteste, est encore difficile. Une entreprise, c’est de l’action. C’est pour cela que je préfère parler de transmission plutôt que d’héritage. » 

La transmission, dans les deux sens

Pour Pauline Boucon Duval, la transmission familiale s’est aussi accompagnée d’une transformation du Groupe Duval. « À l’époque, on était perçus comme un conglomérat de PME. Il fallait structurer. Aujourd’hui, nous réalisons un milliard d’euros de chiffre d’affaires. J’ai toujours voulu être à l’écoute de mes collaborateurs et les embarquer avec moi. »

Cette évolution s’est construite autour d’un travail sur les valeurs et l’identité du groupe. « Nous avons retenu l’agilité, la créativité et l’exigence. C’est important de pouvoir nommer ses valeurs. » En 2024, le Groupe Duval devient une entreprise à mission.

La transmission se joue également entre les générations. « Mon père m’a formée pendant dix ans et je continue d’apprendre de lui. Et il nous dit, à mon frère et à moi, qu’il apprend aussi de nous. C’est un véritable échange intergénérationnel. » La transmission n’est pas verticale. Un sentiment partagé par Léo Vannier, qui défend une évolution progressive de l’entreprise : « je ne crois pas à l’innovation de rupture immédiate. Il faut partir de l’ADN existant et proposer des améliorations. Cela n’empêche pas de moderniser les process, mais toujours en embarquant les équipes avec soi. »

Cette continuité est aussi une force dans les moments difficiles. « La plus grande force d’une entreprise familiale, c’est la résilience. On peut compter sur des collaborateurs qui ont déjà traversé des périodes difficiles et qui sont de vrais piliers. »

La transmission nécessite un accompagnement adapté. « La CCI Paris Île-de-France sensibilise et informe sur les enjeux et les écueils de la transmission. Nous proposons des formations, mais aussi des accompagnements pour les cédants et les repreneurs », a détaillé Dominique Restino. La Chambre joue également un rôle de « tiers de confiance », avec des événements comme Transfair et des dispositifs accessibles. « La transmission est un enjeu national », a rappelé le président de la CCI Paris Île-de-France.

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