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La France a une vocation touristique renommée et certaine. Les visiteurs étrangers affluent pour découvrir nos paysages, nos monuments et la douceur de notre mode de vie. Avec 102 millions de visiteurs en 2025, l’hexagone demeure le pays le plus visité du monde. Mais le dernier rapport du Réseau Action Climat (RAC) vient poser une question taboue : pourquoi l’accueil de touristes lointains est-il si valorisé, alors qu’il bénéficie à très peu de territoires et contribue à réchauffer le climat ? Par Ezzedine El Mestiri.
Ce rapport pointe du doigt l’ample présence des visiteurs étrangers fortunés qui fait monter les prix et alourdit l’empreinte carbone du secteur.
Touristes lointains, au détriment du climat
Pendant que nous sommes incités à vivre des vacances de proximité et être attentifs à des recommandations écologiques, des touristes étrangers sont encouragés à utiliser des long-courriers jusqu’à Paris. Cela aggrave, bien évidemment, le réchauffement climatique, et renchérit le coût des séjours touristiques. En faisant sa promotion auprès de touristes lointains, la France alimente la crise climatique et contribue au renchérissement de l’offre touristique hexagonale. C’est toute l’impasse d’une stratégie touristique qui attire toujours plus de touristes lointains, au détriment du climat et du cadre de vie des habitants !
La consommation touristique intérieure est estimée à 222 milliards d’euros en 2025. En 2023, elle s’élevait à 211 milliards d’euros, dont les deux tiers générés par les résidents français soit 135 milliards d’euros. Notre économie touristique repose avant tout sur les résidents nationaux.
Un des effets pervers de ce tourisme est la hausse des loyers. Il favorise les locations courte durée et contribue à la pression sur le marché locatif traditionnel. Entre 2019 et 2025, les loyers ont augmenté de 44 euros par an et par ménage en raison des arrivées internationales en avion. D’ici à 2031, ce sont 95 euros annuels supplémentaires qui s’ajouteront pour les ménages.
L’aérien, un mauvais élève de la décarbonation
« Le tourisme extra-européen, souvent présenté comme moteur de l’économie touristique, ne contribue qu’à hauteur de 1,9 milliard d’euros au solde net, dix fois moins que le tourisme européen… Le mythe du touriste lointain comme moteur économique incontournable résiste mal à l’épreuve des chiffres. Le tourisme de proximité est, de loin, le premier pilier de l’économie touristique française, et celui qui contribue le moins au réchauffement climatique. », note le rapport.
Rappelons aussi que le secteur aérien est un mauvais élève de la décarbonation. Il ne cesse d’augmenter ses émissions de gaz à effet de serre. Cette hausse est portée par la forte augmentation des vols touristiques, qui représentent environ deux tiers des vols, loin devant les voyages pour motifs familiaux et professionnels. En favorisant l’accueil des touristes lointains, cette stratégie participe directement à l’augmentation de ces émissions. « Sur le plan climatique, le trafic aérien augmente fortement en raison de la demande touristique internationale, au point de peser pour plus de 40 % des émissions du tourisme intérieur français. Les projets d’extension des aéroports aggravent d’autant plus cette trajectoire, en contradiction avec les objectifs climatiques de la France. », signale l’étude de la RAC.
Démocratiser les vacances
Pour continuer à attirer des touristes de façon plus durable, le rapport formule des propositions concrètes pour changer de stratégie touristique. Développer le tourisme interne et les vacances pour tous, en rehaussant l’ambition du billet de congés annuel (un aller-retour en train par an par personne à 49 euros) et en créant un Fonds national de soutien au départ en vacances. Limiter surtout l’essor du trafic aérien, en stoppant le projet d’extension de Roissy CDG ainsi que les subventions et exonérations fiscales dont jouit le secteur. Et changer les indicateurs touristiques, en les soumettant à un calcul de l’intensité carbone par visiteur, de la stimulation de l’économie locale et à la préservation du cadre de vie. C’est à ce prix que nous pourrions concilier le maintien de l’activité touristique et de ses emplois, améliorer notre cadre de vie, atténuer le réchauffement climatique et démocratiser les vacances.





























