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Décarboner le transport maritime reste un casse-tête écologique. Ce secteur représente 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et près d’un milliard de tonnes de CO2 par an. Selon l’Organisation maritime internationale (OMI) qui a fixé un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, si rien ne change, ce trafic pourrait représenter jusqu’à 17 % des émissions mondiales d’ici là. Par Ezzedine El Mestiri.
Le transport maritime achemine plus de 12 milliards de tonnes de marchandises indispensables à la marche de l’économie mondiale, environ 90 % des biens échangés sur la planète. Plus de 100 000 navires dont environ 500 sous pavillon français, sillonnent les mers et les océans. Les chantiers navals ne libèrent que 2 000 nouvelles unités par an ! Ce qui risque de retarder lourdement le renouvellement de la flotte existante.
En attendant des carburants alternatifs
Les experts de l’OMI estiment que la transition maritime mondiale requerra 28 milliards de dollars par an pour le renouvellement de la flotte et 90 milliards de dollars par an pour les carburants et les infrastructures. Acquérir des navires à carburants alternatifs et adapter les infrastructures portuaires au ravitaillement et à l’électricité est très onéreux. Aujourd’hui, le transport maritime fonctionne largement au fioul lourd et il devra basculer vers des carburants alternatifs comme l’hydrogène, le méthanol ou l’ammoniac. C’est un pari difficile vu que ces carburants de substitution coûtent quatre fois plus cher que le fioul utilisé par les navires.
En attendant, des solutions restent réalisables et à appliquer immédiatement. Réduire la vitesse des navires. Cela permet de diminuer la consommation de carburant. Autre solution : naviguer avec la digitalisation qui anticipe les conditions météorologiques et ajuster les besoins énergétiques. En Bretagne, l’exemple du projet SEANATIC est prometteur. Il vise à démontrer la faisabilité d’une solution de maintenance préventive dont l’objectif est de réduire les coûts d’exploitation des navires en les équipant de capteurs de température, de CO2, de vibrations, et de caméras qui recueillent des données. Ces informations sont envoyées par satellite sur une interface puis analysées de manière à repérer tout dysfonctionnement de navigation induisant une surconsommation d’énergie.
La neutralité carbone d’ici à 2050
L’OMI a adopté en 2023 une stratégie visant une réduction des émissions de 20 % dès 2030, et la neutralité carbone d’ici à 2050. En France, un plan modeste d’investissement d’1,5 milliard d’euros a été lancé, pour soutenir la décarbonation des navires marchands et de pêche d’ici à 2030. L’Union européenne s’est engagée dans cette transformation en fixant des objectifs ambitieux et des réglementations exigeantes. Depuis 2024, le secteur maritime est intégré au marché carbone européen et le règlement européen impose une baisse progressive de l’intensité carbone de l’énergie utilisée par les navires.
« Le transport maritime est soumis à un double enjeu. D’un côté, il doit se mettre au diapason des attentes sociétales en matière de réduction d’empreinte environnementale. De l’autre, il reste indispensable à l’économie mondialisée : 80 % à 90 % des marchandises échangées dans le monde transitent par la mer », explique Philippe Cauneau, ingénieur au service Transport et Mobilité de l’Agence de la transition écologique, dans une note de décryptage publiée par l’Ademe.
Pendant que le transport routier s’électrifie progressivement et poursuit sa transition, le transport maritime reste le grand oublié des recommandations écologiques. Il est temps de s’y intéresser et d’agir !




























