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Ces appels intéressent le consommateur qui se dit prêt à agir et à affirmer son patriotisme économique en sanctionnant un pays et ses produits.
Depuis son élection, le président américain Donald Trump ne cesse de multiplier les annonces stupéfiantes et les décisions unilatérales, modifiant l’ordre géopolitique international. En imposant des droits de douane sur des produits venant d’ailleurs, il a provoqué de nombreux mouvements de boycott des produits américains dans le monde.
Une récente étude réalisée par l’Ifop indique que 57 % des Français comptent boycotter les marques étasuniennes. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, citoyens, entreprises et hommes politiques appellent à consommer des produits locaux en signe de manifestation contre la guerre commerciale déclenchée par Washington.
Ces appels intéressent le consommateur qui se dit prêt à agir et à affirmer son patriotisme économique en sanctionnant un pays et ses produits. Dans le collimateur, Coca-Cola, McDonald’s, Tesla, Starbucks, KFC, X et d’autres. Les secteurs les plus ciblés sont l’automobile, les sodas et boissons, le streaming musical et la restauration rapide.
Passer des paroles aux actes
Rappelons que le terme « boycotter » vient du nom du britannique Charles Cunningham, régisseur d’un riche propriétaire terrien en Irlande durant le XIXe siècle. En traitant mal ses fermiers, il a subi leur refus de travailler et un blocus en 1880. En Inde, Gandhi a lancé en 1930 un boycott sur les impôts liés au sel, contre l’empire britannique. En 1955, le Mouvement des droits civiques aux États-Unis, initié par Martin Luther King a appelé au boycott des bus de Montgomery. Le boycott a eu un rôle déterminant contre l’Afrique du Sud pour mettre fin à l’apartheid. À partir des années 70, il s’est banalisé avant de s’institutionnaliser à travers des campagnes des ONG prônant une consommation engagée dont les motivations sont la solidarité avec les pays du Sud, les conditions de travail des salariés ou les comportements des entreprises.
Le boycott a été utilisé à plusieurs reprises, avec des effets souvent complexes à mesurer. Seul, cela ne peut pas suffire à atteindre l’effet recherché. Peu d’entre nous achètent des produits pour des raisons politiques, morales ou environnementales et encore peu en boycottent pour les mêmes motifs.
À la limite de la légalité
Aujourd’hui, les produits américains sont omniprésents dans notre quotidien. Peu d’entre eux sont en réalité directement importés depuis les États-Unis. Un boycott pourrait même s’avérer contre-productif pour notre économie, car certaines marques américaines fabriquent dans nos usines leurs produits vendus dans l’hexagone. Selon les données publiées par l’institut national de la statistique et des études économiques (Insee), 4 600 filiales d’entreprises américaines sont présentes en France et elles emploient 504 260 personnes.
Reste à voir si les habitudes de consommation des Français vont bel et bien changer dans les mois à venir. Passer des paroles aux actes reste toutefois extrêmement complexe. Il faut se méfier de ce que le consommateur affirme lors d’un sondage et sa réelle pratique ! Ajoutons que le boycott vise à déranger et nuire à autrui. Dans un État de droit qui interdit de nuire à autrui, la question du boycott se trouve à la limite de la légalité et nécessite certaines formes de retenue.





























