« J’encourage tous les patrons à être actifs dans la vie de la cité », Jean-Claude Bourrelier, fondateur de Bricorama

Jean-Claude Bourrelier, Bricorama

En mai 2026, Jean-Claude Bourrelier, ex-PDG et fondateur de Bricorama, aujourd’hui à la tête de Bourrelier Group avait fait parler de lui en publiant une tribune choc dans Les Échos. Ses premières lignes ? « J’ai des regrets : j’aurais dû intervenir depuis longtemps dans le débat public pour défendre les intérêts de mes collaborateurs salariés mais il vaut mieux tard que jamais. Après les clients, les salariés sont les acteurs les plus importants dans mes entreprises. Pourtant, je leur donne à peine 50 % de ce qu’ils méritent. » Entretien avec un patron qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Un discours à contre-courant, qui tranche avec les prises de parole habituelles. Et une ambition : être le premier d’une longue série de dirigeants à prendre la parole à l’approche de l’élection présidentielle, pour défendre ceux qui font vivre leur entreprise au quotidien et replacer l’entreprise au cœur du débat public.

Alors que le budget 2027 est en train d’être voté à l’Assemblée, vous avez un « coup de gueule » à faire passer…

J’ai décidé de prendre la parole en vue des prochaines élections présidentielles. Cela fait des années que je me reproche de ne pas défendre suffisamment mes collaborateurs. On dit souvent que, dans une entreprise, les clients passent en premier, suivis des collaborateurs. C’est vrai : sans clients, il n’y a pas d’entreprise. Mais sans collaborateurs, il n’y a personne pour la faire fonctionner. Depuis des années, je regrette de ne pas pouvoir leur donner davantage à la fin du mois.

Vous estimez que les charges sur les salaires sont devenues trop élevées ?

Quand j’ai commencé à travailler, les charges représentaient 20 % du salaire : 5 % de charges dites salariales et 15 % de charges dites patronales. Mais je le dis toujours : pour moi, il n’y a pas de charges patronales, il n’y a que des charges qui pèsent sur le salaire. Aujourd’hui, je retiens plus de 50 % à mes collaborateurs, dont un peu plus de 20 % au titre des charges dites salariales. Et plus de 30 % au titre des charges dites patronales.

Quelles mesures préconisez-vous pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés ?

Je demande donc la suppression de toutes les charges qui pèsent sur le salaire, autrement dit, que le brut devienne le net. Je souhaite également que les charges dites patronales soient réduites d’au moins 10 %. L’objectif, c’est de redonner du pouvoir d’achat et de la liberté aux collaborateurs, pour qu’ils puissent enfin choisir leur mode de vie : acheter un appartement, par exemple, ou encore envisager un système de retraite par capitalisation. Vous voyez, il s’agit de redonner davantage de responsabilités directes aux patrons, y compris dans la gestion des charges patronales. Je souhaite qu’ils aient plus de liberté et de responsabilités pour gérer leur entreprise. Ce sont les salariés qui subissent le chômage, alors pourquoi devraient-ils en financer l’assurance ? Mes collaborateurs sont ce que mon entreprise a de plus précieux, et je regrette de ne pas avoir suffisamment pris leur défense.

À qui s’adresse votre message aujourd’hui ? Aux politiques ?

Naturellement. C’est un message que je veux porter aujourd’hui, alors que la période me semble particulièrement difficile. Et pour moi, il n’y a pas d’autre solution que de redresser le pays. Depuis 50 ans, on n’a fait qu’alourdir les charges, multiplier les taxes et les impôts. Je ne pense pas que taxer toujours davantage permettra d’améliorer la situation du pays. Il va falloir se serrer la ceinture, remettre l’entreprise au cœur de la création de richesses et supprimer les impôts de production qui pèsent sur les entreprises. En contrepartie, il faudra aussi supprimer certaines subventions, certains prélèvements et dispositifs de bonification.

Vous voulez remettre l’entreprise au cœur du débat public. Et réconcilier les patrons avec les salariés, qu’on a souvent tendance à mettre en opposition…

Oui, il faut remettre l’entreprise au cœur du système et replacer la création de richesses au centre pour redresser la France. Et en prenant davantage la défense de nos collaborateurs, nous serions moins souvent considérés comme des exploiteurs.

Les choses évoluent, selon le dernier sondage réalisé par l’Ifop pour J’aime ma boite, la majorité des Français voient l’entreprise comme un acteur de confiance. Alors que la défiance envers les politiques n’a jamais été aussi élevée…

Et les Français ont raison ! Je ne vois qu’une seule solution : celle que je propose, à savoir redonner des responsabilités à tous les niveaux. Pour cela, les responsables politiques doivent être plus discrets et intervenir moins systématiquement dans de nombreux domaines. Il faut redonner du pouvoir d’achat et responsabiliser les gens. On entend sans cesse : « C’est l’État, c’est l’État ! » Mais l’État, c’est qui ? C’est vous, c’est moi. J’encourage aussi tous les patrons à prendre la parole et à s’engager davantage dans la vie de la cité. En tant que responsables économiques, nous sommes restés beaucoup trop discrets.

Journaliste. Si la curiosité est un vilain défaut, elle m'a permis d'en faire mon métier ! Je suis ravie de faire partie de l'équipe d'ÉcoRéseau Business, dont l'objectif est d'informer avec un regard constructif et optimiste. Dans mes articles, je m'efforce de rester aussi objective que possible… sauf quand il est question de Bordeaux, ma ville de cœur !

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