Temps de lecture estimé : 2 minutes
Vous ne la lirez peut-être pas, mais je souhaite vous éviter de passer complètement à côté, comme l’indique son introduction, d’un événement doctrinal d’une portée exceptionnelle. À l’intersection de la théologie fondamentale, de l’anthropologie philosophique, de la doctrine sociale de l’Église, des sciences cognitives, de la philosophie des techniques et des mutations induites par l’IA.
Le pape s’est assuré d’un dialogue préalable avec des sommités du domaine. Il présente l’une des premières tentatives magistérielles de conceptualisation de la condition humaine à l’ère de la civilisation algorithmique.
Il ne condamne pas, met en garde, nous fait réfléchir. C’est pourquoi l’encyclique s’adresse plus encore aux non-croyants qu’à ceux qui ont la foi.
L’enjeu que nous partageons tous est la protection de la vie humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Avec tous ses paradoxes.
Où est la protection de la vie humaine quand de nouvelles formes de précarité et d’inégalités laisseront sur le carreau des millions de salariés ? L’augmentation massive de la productivité promise par les adeptes suffira-t-elle à compenser avec le fameux revenu universel ?
Où est la protection de la vie humaine quand des Silicone Valleys apparaîtront un peu partout comme en Argentine où Javier Milei invite non pas l’homme mais l’IA à se libérer en changeant le droit avec de faibles taux d’imposition pour autoriser une structure juridique automatisée générée par des agents d’IA ou des robots ?
Où est la protection de la vie humaine quand le transhumanisme créera l’homme augmenté et son humanité diminuée ? Ou que l’eugénisme libéral pourra peut-être améliorer le genre humain, restreindre les risques de nombreux handicaps et de maladies incurables, mais aussi faire triompher le rêve satanique des nazis, de la race supérieure, de l’élimination des rebuts.
Où est la protection de la vie humaine quand quelques-uns disposeront d’une puissance jamais égalée pour contrôler les réseaux et diffuser des vérités alternatives ? Et quand Elon Musk, fort de sa constellation de 30 000 satellites et de ses futures armées de robots, tiendra le monde en otage et ira jusqu’à la planète Mars ?
Revoilà la tour de Babel. Aller jusqu’au ciel pour rivaliser avec Dieu et peut-être lui substituer leurs artifices. Le pari de ces hommes trop puissants, bouffis d’orgueil, qui considèrent que rien de ce qu’ils projettent n’est impossible. Afin d’asseoir le pouvoir de quelques-uns plutôt que de servir le plus grand nombre. Surtout quand certains prétendent relier le réel au divin.
La servitude ne renvoie pas à une condition juridique, économique ou matérielle, mais à un ensemble de dispositifs diffus incorporés dans les infrastructures numériques, les systèmes d’IA, les environnements cognitifs saturés d’informations. L’addiction, c’est cette jeune femme seule qui demande à parler à ChatGPT. Ce sont les 16 % de Français qui, pour les élections municipales, ont consulté la machine avant de voter (passe encore), mais qui pourraient nous constituer demain des légions d’électeurs clonés numériquement avec Google et consorts.
Pour le pape, la compétition capitaliste est sans limites. Il rappelle que l’humain ne s’épanouit pas malgré la limite mais souvent à travers la limite. À ses yeux, le jugement moral ne se réduit pas à un simple calcul, il implique la conscience, la responsabilité personnelle et la reconnaissance de l’autre en tant que personne.
Enfin, ne nous y trompons pas. Dans l’encyclique, l’IA apparaît comme une révolution qui met en tension deux régimes fondamentaux de structuration du réel et du langage :
- le logos chrétien, culturellement enraciné dans la relation à la vérité, la tradition et l’incarnation ;
- les algorithmes, issus des sciences computationnelles modernes, des théories de l’information et des architectures d’apprentissage automatique. Il est prédiction, compression, extrapolation.
L’optimiste lucide sait que la vie est belle à proportion qu’elle est féroce. Jusqu’à présent, la vie, la vraie, l’a toujours emporté sur la terre. Nous devons y croire.
Se connecter au Printemps de l’Optimisme : printempsdeloptimisme.com
Rejoindre la Ligue des Optimistes : optimistan.org































