Des engrenages découverts en Pologne à la Traction Avant, de la Tour Eiffel aux grandes expéditions automobiles, André Citroën a révolutionné l’industrie française et créé le marketing moderne. Près d’un siècle après sa disparition, son petit-fils Henri-Jacques Citroën mène un nouveau combat : faire de lui le premier industriel à entrer au Panthéon.
Tout commence par deux chevrons. En 1900, André Citroën, jeune ingénieur polytechnicien, voyage en Pologne lorsqu’il découvre dans une fonderie un modèle d’engrenages métalliques à la denture taillés en forme de chevrons. Il en rachète la licence pour la développer et fabriquer ces engrenages novateurs en France. Quand il commencera à fabriquer des automobiles en juin 1919, il fera du double chevron le logo de sa marque. Ce sera la première fois dans l’histoire économique mondiale qu’une entreprise choisit un symbole comme logo.
La Première Guerre mondiale va révéler l’industriel. Combattant dans les tranchées, constatant le manque d’obus qui affectait l’armée française, André Citroën propose au gouvernement de créer une immense usine capable de produire des obus en grande série. Il s’inspire des nouvelles méthodes qu’il a observées lors d’un voyage aux États-Unis en 1912. Pour ce faire, il achète les terrains dans le quartier parisien de Javel. Lorsque la paix revient, il transforme l’usine pour y construire massivement des voitures et les vendre à prix accessibles. Son ambition : faire de l’automobile non plus un privilège, mais un produit accessible au plus grand nombre.
En 1919 sort la Type A, première voiture de la marque. En 10 ans, il devient le premier constructeur européen et le deuxième mondial.
Mais André Citroën comprend aussi avant beaucoup d’autres qu’une entreprise ne vend pas seulement un produit : elle doit raconter une histoire. Il fait écrire son nom dans le ciel de Paris par un avion, organise les Croisières Noire et Jaune pour démontrer la fiabilité de ses véhicules et, surtout, pour ouvrir des voies de communication dans les nombreux pays traversés en Afrique et en Asie. Il transforme, à partir de 1925 et pendant 10 ans, la Tour Eiffel en gigantesque publicité lumineuse « CITROËN ».
L’innovation devient sa signature, y compris dans le domaine social et sociétal. Jusqu’à son pari le plus audacieux : la Traction Avant. Lancée en 1934, plus basse et plus aérodynamique, elle bouleverse les codes techniques de l’automobile. Mais son développement exige des investissements considérables. En pleine crise économique mondiale, l’entreprise, déjà fragilisée financièrement, ne résiste pas. Michelin en prend le contrôle à la fin de l’année. André Citroën meurt de maladie quelques mois plus tard, le 3 juillet 1935.
L’homme disparaît, mais un état d’esprit lui survit : la volonté d’avoir toujours au moins 5 ans d’avance techniquement et esthétiquement sur ses concurrents. La 2CV, la DS, la Méhari, la SM, puis des générations de modèles prolongeront cet esprit d’audace. Plus d’un siècle après la création de la marque, les deux chevrons sont toujours là.
Reste pourtant une dernière page à écrire.
Depuis 2023, son petit-fils Henri-Jacques Citroën mène une campagne pour faire entrer son grand-père au Panthéon. Entouré d’un comité de soutien de plus d’une centaine de personnalités, il défend auprès du président de la République une idée symbolique : André Citroën pourrait devenir le premier grand industriel admis sous le dôme et, à travers lui, seraient honorés tous les industriels et chefs d’entreprise qui ont contribué à créer la richesse de la France.
Car derrière l’entrepreneur visionnaire, ses descendants veulent faire reconnaître une certaine idée de la France : celle de l’innovation, de l’humanisme, de l’audace, du progrès, et de la foi dans l’avenir. La démarche a pris une nouvelle dimension en 2026, avec notamment le soutien du Medef et l’émission par La Poste d’un timbre à l’effigie d’André Citroën.
En 1900, André Citroën avait rapporté de Pologne deux chevrons qui allaient devenir mondialement célèbres. Plus d’un siècle plus tard, son petit-fils voudrait désormais le voir entrer dans un monument au célèbre fronton gravé de cette devise, « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ».




































