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Oubliez la tendance post-covid du job hopping, qui consistait à changer de poste très souvent pour éviter la routine. Place désormais au job hugging – ou le fait de s’accrocher à son emploi actuel non par fidélité ou engagement mais parce que l’inconnu fait plus peur que l’ennui. Un phénomène encore récent, qui bouleverse la culture professionnelle, sur fond d’incertitudes économiques et sociales.
Ce terme, apparu dans un cabinet de consultants aux États-Unis, début 2025, combine le terme anglais « jobbe » qui désigne un petit boulot et le norrois – langue germanique ancienne – avec le verbe « hugga », qui signifie se cramponner. Littéralement, le job hugging est le fait de faire un câlin à son job. La cause ? La peur de l’avenir, dans un marché du travail tendu et un contexte économique incertain.
Un besoin de stabilité dans un climat d’incertitude
The Wall Street Journal s’est penché sur le phénomène. Comment reconnait-on des salariés qui pratiquent – consciemment ou non – le job hugging ? Le quotidien américain a identifié plusieurs signaux d’alerte : « Ils n’ont pas l’air heureux, ils ne se donnent pas à 100 % – et ils ne démissionnent pas. Des travailleurs grincheux s’accrochent à l’emploi qu’ils ont au lieu d’aller voir ailleurs car, eh bien, quel autre choix ont-ils dans la situation économique actuelle ? ».
Ces salariés, désespérément attachés à leur emploi, éprouvent un profond sentiment de perte de sens. Pour Virginia Minni, chercheuse en économie à la Booth School of Business de l’université de Chicago, les « job huggers » incarnent cette inertie née des tensions commerciales, des embauches revues à la baisse, de l’automatisation accélérée par l’IA et de dirigeants plus enclins à couper dans les effectifs qu’à recruter. Moins investis, se contentant du strict minimum, ces salariés sont en posture d’attente permanente : ils attendent un climat plus favorable pour démissionner. Mais le bon moment n’arrive jamais. Selon elle, ils représentent les « poids morts du capitalisme ».
Ce qui crée chez ces salariés le sentiment d’être dans une impasse, complètement impuissants. « Je travaille avec quelqu’un qui déteste être avocat mais qui est incroyable dans ce métier. Elle pleure dans sa voiture chaque matin avant d’aller travailler, puis elle entre et fait son job parce qu’elle ne sait pas quoi faire d’autre », rapporte une coach en ressources humaines américaine.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les salariés français ne sont pas épargnés. Après une séparation, Pauline, 37 ans, ressent un besoin de stabilité pour se reconstruire. Mais le marché de l’emploi n’est pas favorable à un changement de poste ou à une reconversion. Pour la Parisienne qui travaille depuis huit ans dans une start-up spécialisée dans le coaching de managers et de dirigeants, c’est la désillusion.
« Si je partais maintenant, je perdrais mon niveau de salaire, et ça je ne peux pas me le permettre. Et puis, il n’y a pas vraiment de postes équivalents dans les entreprises classiques. Il faudrait que je me repositionne, c’est assez effrayant. Alors oui, je m’ennuie, je m’endors un peu, mais je préfère ça que de risquer ma sécurité financière et perdre mon train de vie. »
Un marché du travail en pleine mutation
« Au-delà des tensions géopolitiques et du ralentissement de la croissance mondiale, ce coup d’arrêt s’explique aussi par l’évolution accélérée des métiers, surtout chez les cols blancs, bousculés par l’arrivée massive de l’IA (intelligence artificielle, ndlr). En ce moment, beaucoup d’entreprises reconsidèrent leurs postes et distinguent désormais ceux qui sont indispensables de ceux qui relèvent davantage du confort, ce qui modifie les investissements. Certains salaires, qui avaient fortement grimpé après la covid, se tassent », analyse Éric Gras, spécialiste du marché de l’emploi chez Indeed.
Malgré un contexte économique incertain et un monde professionnel en pleine mutation, rester accroché à son travail par peur du lendemain ne semble pas être la meilleure option. En effet, le job hugging peut affecter la santé mentale de ceux qui le pratiquent. Si le risque fait peur, il peut aussi être synonyme de renouveau et de belles opportunités !






























