Mutuelles santé
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TRIBUNE. Il y a des signaux qui ne trompent pas. Ces derniers jours, l’information a circulé comme une traînée de poudre parmi les réseaux de courtiers : les partenaires d’Axa ont reçu les augmentations tarifaires prévues pour 2027. Les cotisations des  mutuelles santé collectives augmenteront d’environ 9 % en moyenne l’année prochaine. Et ce sans compter une revalorisation pressentie de +1,8 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, ni la taxe de 2,05 % qui devait être « exceptionnelle » en 2026, et qui repart pour être tout aussi « exceptionnelle » en 2027. Axa faisant référence sur le marché, les autres assureurs devraient suivre. Par Jérémie Herscovic, cofondateur de Welfaire. 

Un constat sans détour

Après les prix de l’immobilier, après la flambée des denrées alimentaires, après la hausse du prix de l’essence, les Français s’apprêtent à découvrir un nouveau coup de canif dans le pouvoir d’achat : leur mutuelle santé.

Depuis cinq ans, les cotisations des complémentaires santé augmentent en moyenne de 3 à 5 % par an. En cumulé, c’est près de 22 à 25 % de plus sur la période, deux à trois fois le rythme de l’inflation générale. En 2023, la hausse atteignait déjà 4,7 %. En 2027, nous serons donc au global autour de 13 %. Et ce n’est que le début…

À qui la faute ?

Regardons le déficit de la Sécurité sociale. En 2025, la Cour des comptes l’a chiffré à 21,6 milliards d’euros. Face à cet abîme, le réflexe politique est toujours le même : ne pas toucher ouvertement aux remboursements de la Sécurité sociale, mais les rogner discrètement. Et ce que la Sécu ne rembourse plus, la mutuelle le prend en charge. Mécaniquement.

Le Sénat a chiffré ce glissement : ce sont 2 à 2,5 milliards d’euros de charges cumulées qui ont été transférées vers les complémentaires. Le gouvernement a imposé en 2026 une taxe exceptionnelle de 2,05 % sur les cotisations encaissées par les organismes complémentaires.

Le scandale, lui, existe à trois étages :

● Faire supporter aux Français la double peine budgétaire : une augmentation des cotisations des mutuelles combinée à une aggravation du déficit de la Sécurité sociale ;

● Faire porter le poids des déficits publics aux acteurs privés, à l’abri du regard des Français. La taxe exceptionnelle de 2,05 % est, au fond, une hausse d’impôt déguisée, avec les mutuelles pour faux-nez ;

● Privatiser les dépenses de santé n’est pas forcément un scandale, c’est un choix.

Ce qu’il faudrait envisager

Assumer le transfert et en tirer les conséquences sur les cotisations sociales. Si la Sécurité sociale se désengage et que les mutuelles prennent davantage en charge, la contrepartie logique est une baisse proportionnelle des cotisations obligatoires.

Traiter la mutuelle santé comme un produit de première nécessité. La TSA sur les contrats responsables (13,27 %) pourrait être abaissée à un taux aligné sur celui des produits essentiels.

Redonner de la liberté aux mutuelles dans la composition de leurs garanties. Investir massivement dans la prévention.

Les mutuelles ne sont pas un bouc émissaire commode. Elles subissent une équation impossible : plus de charges, moins de liberté, des taxes supplémentaires, et l’injonction implicite de ne pas trop augmenter leurs prix. Cette équation a une solution, mais elle exige du courage politique : clarifier qui paie quoi, cesser de faire des mutuelles le déversoir discret des déficits publics, et traiter l’accès à la santé pour ce qu’il est, un droit fondamental.

Le temps presse. La bombe est déjà en train de tomber.

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