Temps de lecture estimé : 3 minutes
Militant, avocat, porte-parole des Républicains et vice-président de la région Normandie. Jonas Haddad multiplie les casquettes. Au-delà de l’homme politique et de l’homme de droit, c’est le citoyen qui prend la plume pour – comme Rousseau deux siècles avant nous – proposer un nouveau contrat social. Il publie C’est Nicolas qui paie, aux éditions de l’Observatoire, en librairie le 8 octobre 2026. Pour ÉcoRéseau Business, l’auteur explique les fondements du livre.
Nicolas, c’est personne et tout le monde à la fois. C’est le symbole du Français de la classe moyenne qui travaille, qui cotise mais qui ne reçoit rien – ou peu – en retour. L’expression, née et devenue virale sur les réseaux sociaux, est arrivée jusqu’à l’Assemblée Nationale en avril 2025. « “C’est Nicolas qui paie” dépasse rapidement le simple statut de slogan viral pour devenir un véritable marqueur idéologique. Il oppose deux visions du pays : celle d’une France des contributeurs qui se sent oubliée, et celle d’une France qui considère que la véritable injustice vient d’en haut, des grandes fortunes et des puissances économiques », écrit Jonas Haddad. Pour éviter la fracture générationnelle qui s’amorce – comme le Titanic qui fonce droit sur l’iceberg – le vice-président de la région Normandie propose de rebâtir un modèle plus juste et adapté aux réalités actuelles.
Aux origines de la fracture
« On est tous d’accord : on en a marre. Il y a un ras-le-bol fiscal, mais aussi une nouvelle fracture sociale entre ceux qui sont accablés d’impôts, de taxes et de normes, et ceux qui n’en paient pas. À chaque nouvelle taxe, nouvelle norme ou nouvelle dégradation, le sentiment de colère grandit. Le cri de ralliement apparu il y a plusieurs années sur Internet s’est désormais répandu partout en France comme une traînée de poudre : “C’est Nicolas qui paye.” Aujourd’hui, tout le monde connaît cette expression. » Un ras-le-bol qui ne date pas d’hier. Dans son ouvrage, Jonas Haddad revient sur les « jacqueries », expression tirée du prénom Jacques pour désigner quelqu’un d’ordinaire, naïf. « Les paysans se sont révoltés contre les seigneurs, qui les accablaient d’impôts et les méprisaient en les appelant “les Jacques”. Il y a donc une certaine analogie avec notre époque : en France, le sentiment de justice est particulièrement fort. »
Dans son livre, Jonas Haddad revient sur le mouvement des Gilets jaunes, sur le blocus du 10 septembre 2025 mais aussi sur la désillusion des jeunes diplômés qui entrent dans la vie active. « Les gens se demandent à quoi bon bosser si ça ne permet plus de mieux vivre, mais juste de survivre. Les jeunes actifs ont le sentiment de vivre moins bien que leurs parents. Ils ont fait des études, ils ont obtenu leur diplôme, ils ont fait des formations… Ils ont fait tout ce qu’on leur a dit. Et aujourd’hui, ils n’arrivent plus à se loger et font moins d’enfants. Ils ont rempli leur part du contrat avec l’impression de ne rien avoir en retour. » Et l’effet ricochet, c’est que de plus en plus d’actifs choisissent de quitter la France pour s’installer ailleurs.
Sans parler de la défiance citoyenne envers les politiques qui n’a jamais été aussi élevée. « Les anciens ministres de l’Économie ont tous lâché le morceau : Lombard, Le Maire, Montebourg, tous ont avoué après coup que notre économie était profondément déséquilibrée. Ils ont découvert cette vérité… après avoir quitté Bercy. Tant qu’on est ministre, on parle d’équilibres. Dès qu’on ne l’est plus, on commence parfois à parler de justice », peut-on lire dans C’est Nicolas qui paie.
Le propos du livre n’est pas de chercher le coupable, le responsable de cette fracture générationnelle. Mais bien de trouver des solutions, car « notre système économique hérité de l’après Seconde Guerre mondiale est devenu complètement obsolète ». Autrement formulé : « nous sommes un pays de vieux qui se prend encore pour un pays de jeunes. » Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : après 1945 nous étions dans un système où il y avait cinq actifs pour un retraité. Aujourd’hui, il y a 1,5 actif pour un retraité.
Le nouveau contrat social
Ce nouveau contrat social, Jonas Haddad le détaille à la fin de son ouvrage, sous forme de commandements : « les 10 commandements de Nicolas ». Certains pourraient y voir une ambition politique nationale : à chaque constat, une proposition… à l’image d’un programme électoral.
« Le nouveau contrat social, c’est d’abord un contrat adapté au XXIe siècle. C’est la question de savoir comment faire pour que tout le monde puisse à nouveau avancer dans le même sens. » Parmi les sujets abordés : l’intelligence artificielle et la question de l’emploi des jeunes, la sélection à l’université, le mentorat mais aussi l’immigration.

Sans oublier le sujet de la transmission des entreprises. Alors qu’il y a quelques semaines le Pacte Papin était sur toutes les lèvres, c’est un sujet plus que jamais d’actualité. Dans cinq ans, 500 000 chefs d’entreprise partiront à la retraite. « Ce que je propose, c’est de permettre aux entrepreneurs qui partent à la retraite de transmettre leur entreprise à de jeunes repreneurs sans que la fiscalité ne soit un frein. L’enjeu est important : la grande transmission arrive, et si elle n’est pas anticipée, on risque de perdre beaucoup de valeur. »
L’objectif de C’est Nicolas qui paie ? ouvrir un sujet de discussion à quelques mois de l’élection présidentielle. « Personne ne sait dire quel est le grand débat au cœur de cette présidentielle. J’aimerais que ce soit celui de la fracture générationnelle. Autrement, nous allons faire fuir tous les jeunes qui ont envie de vivre et de fonder une famille en France », alerte Jonas Haddad.































