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Fin mai, mais aussi en juin et juillet… plusieurs épisodes caniculaires se sont imposés en France, notamment à Paris. Il y a les vagues de chaleur qui paralysent les villes. Et puis il y a celles qui paralysent les organisations.
Chaque été apporte son lot d’alertes météorologiques. Dans les entreprises, certaines réunions mériteraient elles aussi un bulletin de vigilance orange, voire rouge. Non pas à cause de la température extérieure, mais en raison de celle du langage employé.
Car certains mots sont caniculaires.
Ils alourdissent l’atmosphère, épuisent les énergies et donnent aux projets la vitesse d’un pédalo dans une mare d’huile.
Le premier symptôme apparaît souvent avec le célèbre : « Il faut prendre le temps de la réflexion. » Expression parfaitement légitime lorsqu’il s’agit d’éviter une erreur stratégique. Beaucoup moins lorsqu’elle est utilisée pour différer une décision qui attend déjà depuis six mois. Derrière la prudence affichée se cache parfois un art consommé de l’immobilisme.
Vient ensuite le redoutable : « Nous devons embarquer toutes les parties prenantes. »
L’intention est louable. Mais dans certaines organisations, l’embarquement ressemble davantage à une interminable attente en salle d’embarquement qu’au décollage annoncé. À force de consulter tout le monde, plus personne ne sait qui pilote.
Autre classique des fortes chaleurs managériales : « Ce n’est pas le bon timing. »
Le moment idéal possède une particularité remarquable : il n’arrive jamais. Les économistes parlent d’asymptote. Les dirigeants parlent de calendrier. Le résultat est souvent identique : on s’en approche sans jamais l’atteindre.
On pourrait également citer « consolidons les acquis », « sécurisons le dispositif » ou encore « restons vigilants ». Des formulations respectables, mais qui, employées à haute dose, produisent le même effet qu’un après-midi d’août sans climatisation : elles invitent davantage à l’immobilité qu’au mouvement.
À l’inverse, certains mots apportent une brise bienvenue : décider, essayer, simplifier, lancer, corriger, apprendre, douter.
Le linguiste britannique John Austin rappelait que certains mots ne décrivent pas seulement la réalité : ils agissent sur elle. Dire « je décide » ne raconte pas une action ; cela la crée.
Le vocabulaire d’une organisation constitue ainsi un véritable climat. Certaines entreprises vivent sous un anticyclone permanent de procédures, de précautions et de validations successives. D’autres bénéficient de courants d’air favorables où l’on préfère l’expérimentation à l’attentisme.
Le rôle d’un dirigeant n’est donc pas seulement de fixer un cap. Il consiste aussi à surveiller la météo des mots, afin d’éviter cette « canicule managériale » qui invite à l’immobilisme.
Car lorsqu’une entreprise souffre d’inertie, le problème n’est pas toujours dans les processus. Il est parfois dans le thermomètre du langage.
Et certaines réunions gagneraient moins à être raccourcies qu’à être ventilées.































