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Je n’ai pas lu depuis longtemps un livre aussi riche. Je parle du dernier ouvrage de Julia de Funès, Pensées distinguées, aux éditions de l’Observatoire.
J’avais moins apprécié, c’est un euphémisme, l’un de ses ouvrages précédents qui dénonçait le développement personnel comme une imposture, un peu comme mon ami Luc Ferry qui déclarait que la psychologie positive était une menace contre l’Occident. Il faut raison garder, éviter la caricature. Ce n’est pas parce qu’il y a un marché, des abus et des escrocs qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain. Sinon, on ferait pareil avec la philosophie !
Julia de Funès recommande d’ailleurs maintenant de réhabiliter l’art de la nuance et la modération.
À ses yeux, ce que nous livre de plus précieux la philosophie, ce sont des distinctions décisives pour penser juste et parler avec précision. L’appauvrissement de la langue est une réalité. Lorsque les mots manquent, la violence prend le relais. Quand on n’a plus les mots, on sort les poings.
QUELQUES RÉFLEXIONS PARTAGÉES
J’aime beaucoup la distinction établie par l’auteure entre langue et parole. La langue, comme système commun de règles, permet de penser. La parole, d’usage individuel, se montre plus impulsive, plus spontanée.
J’aime également les quelques réflexions bien troussées de Julia de Funès. Quand elle regrette le glissement de droits vers l’égalitarisme : « Si on ne se distingue plus, on ne se reconnaît plus. » Lorsqu’elle distingue l’élitisme avec ses privilèges de l’exigence de tirer chacun vers le haut. Ou quand elle évoque des débats de plus en plus binaires, le bien ou le mal, le noir ou le blanc. Elle affirme : « La morale commence lorsque l’on quitte son propre point de vue pour tenter de penser celui de l’autre et éprouver ce qu’il peut ressentir. »
QUELQUES DÉSACCORDS AVOUÉS
J’ai commencé par un désaccord et termine par deux autres désaccords de taille après avoir pris soin, comme je viens de le démontrer, de tenter de « penser le point de vue » de Julia de Funès.
Le premier est qu’elle trouve que la bienveillance fait partie de notions galvaudées avec le conformisme de la pensée et du langage. Critiquer la bienveillance, selon elle, « ce n’est nullement réactionnaire comme projet mais libérateur ». Bigre, voilà qu’elle est repartie dans les vieilles lunes, la critique du développement personnel et maintenant la bienveillance. Désolé, il se trouve que depuis la nuit des temps, dans toutes les cultures, les religions, les philosophies, la compassion, la bienveillance, la charité dans son acception la plus large sont des valeurs fondamentales. Elles font partie des miennes.
Autre désaccord avec sa thèse sur le grand débat actuel de la fin de vie. La dialectique est brillante : « Choisir de ne plus prolonger une vie qui a cessé d’être une existence n’est pas choisir la mort. Penser ainsi, ce n’est pas ouvrir la porte à une culture de la mort. » Je crois l’inverse. Légaliser l’euthanasie, c’est justement ouvrir la porte à la promotion d’une culture de la mort.
Voilà en tout cas un livre et des sujets qui vont vous passionner.





































