nucléaire
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La COP28 est l’occasion pour les nations favorables à l’énergie nucléaire d’affirmer leurs ambitions. La France est évidemment partie prenante.

Le nucléaire est incontournable pour réussir la transition écologique et assurer l’indépendance énergétique.

31 mars 2011. Une quinzaine de jours après l’explosion du réacteur numéro 3 de la centrale Fukushima Daiichi, l’avion de Nicolas Sarkozy atterrit sur le tarmac de l’aéroport international de Tokyo. Le président français a fait des pieds et des mains pour être le premier représentant international à se rendre au Japon aux suites de la catastrophe. L’enjeu est très important : il s’agit de soutenir l’industrie nucléaire française, alors qu’un doute sur l’atome va forcément s’instiller dans les esprits.

Dès le lendemain, Angela Merkel annonce d’ailleurs à la télévision allemande sa décision de sortir du nucléaire. La chancelière, souvent réputée modérée, agit sous le coup de l’émotion et cède à la pression de son opinion publique. La cheffe de la CDU entend aussi damer le pion aux écologistes, alors que les élections fédérales approchent. Elle indique que sa « vision de l’énergie atomique a changé » sans oublier de proclamer un « moratoire » de trois mois, le temps d’inspecter les installations ». La native de RDA termine carrément : « plus tôt l’Allemagne sera sortie du nucléaire, mieux ce sera ».

En finir avec la stigmatisation d’une énergie capitale

Et nous voilà en 2023. Depuis lors, l’explosion du prix des hydrocarbures a eu raison de ce discours alarmiste. Avec la guerre en Ukraine et la fin du gaz russe bon marché (même si celui-ci transite encore par divers canaux internationaux dont l’Azerbaïdjan n’est pas le dernier), l’Europe de l’Ouest tente d’accéder à une indépendance énergétique pour l’heure très précaire. Seule la France, après quelques soubresauts pénibles l’hiver dernier, semble s’en tirer sans trop de difficultés. Et cela grâce à l’héritage légué par le Général de Gaulle, Georges Pompidou et Pierre Messmer : le nucléaire civil et militaire.

La France n’est pourtant pas passée loin de la catastrophe : sous le mandat de François Hollande, notre pays a perdu du terrain et des compétences, le tout en raison d’un accord politicien signé entre le PS de Martine Aubry et les écologistes de Cécile Duflot… Sur le dossier atomique, Emmanuel Macron, après avoir comme à son habitude prêché le noir puis le blanc, semble avoir compris l’intérêt stratégique de cette énergie vertueuse pour la planète.

Un sommet international du nucléaire organisé l’an prochain en Belgique

Après avoir poussé la création d’une « alliance européenne du nucléaire », la France profite de la COP28 pour acter la revanche de l’énergie atomique. Ainsi, Emmanuel Macron a-t-il salué depuis Dubaï un « véritable aggiornamento de discussion sur le sujet nucléaire […] Aucune stratégie crédible, ni nationalement ni mondialement, ne permet de sortir du charbon et des fossiles en reposant uniquement sur les énergies renouvelables. Et termine tout de même sur une note très politiquement correcte : « Le bon mix, c’est du renouvelable et du nucléaire ».

Ainsi, une vingtaine de nations se sont-elles rassemblées à Dubaï pour affirmer que la transition écologique passera par le « triplement de la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial d’ici à 2050 ». Dire qu’on nous disait que le nucléaire appartenait au passé ! Parmi ces pays, on compte les États-Unis, le Canada, la Corée du Sud, le Maroc, le Ghana, les Émirats, la Mongolie, le Royaume-Uni, la Belgique, la Suède, la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie, la Bulgarie… Russie et Chine, elles aussi favorables au développement de cette énergie, ne sont pas signataires pour des raisons politiques.

Plus significative encore est la présence du Japon, lequel relance sa politique nucléaire après une décennie d’atermoiements.

L’analyse de Loïk le Floch-Prigent

La Belgique qui assurera au premier semestre 2024 la présidence du Conseil de l’Union européenne accueillera d’ailleurs le premier sommet nucléaire mondial. La France aura une très belle carte à jouer dans le développement de cette énergie d’avenir, puisque nous comptons parmi le cercle très fermé des puissances qui maîtrisent cette énergie de A à Z.

Rappelons pour conclure cette analyse de Loïk le Floch-Prigent, publiée dans le dossier Réindustrialisation du numéro 101 d’ÉcoRéseau Business : « Nous avons tourné le dos à ce qui était notre îlot de compétitivité : l’énergie. On a considéré qu’il ne fallait plus que l’énergie soit abondante, bon marché et souveraine, mais toute civilisation a besoin de ce triptyque pour se développer. C’était notre cas avec le nucléaire et l’hydraulique, alors que cet engouement pour les énergies renouvelables, en particulier l’éolien et le solaire, est un engouement industriellement terrible puisqu’il s’agit d’énergies intermittentes, qui ne permettent pas d’accompagner les pics de consommation. De plus, derrière l’éolien et le solaire il y a forcément des centrales à gaz : c’est ce qui se passe en Allemagne ».

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