Le désir d’une écologie populaire

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003
Ezzedine El Mestiri, fondateur du magazine Nouveau consommateur en 2003

Face à l’ampleur des bouleversements écologiques en cours, nous sommes souvent pris par une peur pouvant conduire à un désengagement. Alors comment renouer le lien entre écologie, émotions et quotidien ? Par Ezzedine El Mestiri. 

Nous sommes inquiets pour l’avenir et pendant ce temps-là, nos préoccupations écologiques semblent s’éloigner de la réalité. Le récent rapport de l’ONG WWF France : « Récits pour une écologie populaire » tombe à point nommé pour comprendre le pourquoi de cette inquiétude, largement partagée par 78 % d’entre nous. L’écologie demeure ignorée par une opinion marquée par l’angoisse et paralysée dans une forme d’inertie.

Il est temps de raconter l’écologie à hauteur de vie, à partir du réel et non pas par des approches techniques et culpabilisantes.

« Lorsqu’on demandait aux personnes interrogées ce que leur évoquait le mot nature, les réponses faisaient majoritairement référence à des éléments concrets et positivement connotés : arbre, forêt, beauté, calme, liberté, vert, animaux, air, vie. En revanche, des termes comme biodiversité, pourtant centraux dans le discours scientifique et institutionnel, étaient quasiment absents des réponses spontanées. Cela indique clairement que les termes les plus techniques, récents ou abstraits sont peu susceptibles de produire une résonance émotionnelle forte », révèle l’étude.

L’écologie, un enjeu de souveraineté

Le rapport a bénéficié d’une consultation citoyenne qui a intéressé plus de 10 000 Français dont les ressentis ont été confrontés aux savoirs scientifiques de chercheurs, artistes, philosophes, journalistes et acteurs de terrain. Il a fait émerger quatre récits fondateurs, capables de rendre l’écologie plus accessible et incarnée. D’abord, pour chacun d’entre nous l’écologie est une expérience intime, inscrite dans son corps et son quotidien. Protéger l’environnement, c’est protéger la santé, la vie et la sécurité. 96 % des répondants établissent un lien direct entre écologie et santé. Faut-il rappeler que la pollution de l’air cause 40 000 décès prématurés par an, et les vagues de chaleur de 2024 ont entraîné 3 700 morts supplémentaires ! Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 19 % des cancers seraient liés à des facteurs environnementaux.

Le deuxième récit prend une importance, celle de la reconfiguration géopolitique mondiale par l’accès aux ressources naturelles. Notre siècle se joue désormais autour de l’eau, de l’uranium et des terres arables, des ressources qui font de l’écologie un enjeu de souveraineté et une question centrale de puissance et de sécurité. Le troisième récit concerne l’écologie du sensible comme patrimoine, identité et transmission qui parle à ceux qui vivent la nature comme source d’émotion et de beauté. Elle relie la nature et réconcilie l’environnement avec l’enracinement. Préserver la nature, c’est aussi protéger notre patrimoine et notre identité. Un site patrimonial sur six est déjà menacé par le dérèglement climatique.

Ne rien faire coûtera plus cher

Le dernier récit examine le coût de l’inaction. Les études économiques sont unanimes : ne rien faire coûtera bien plus cher que d’agir. La Banque mondiale estime que les pertes liées à l’inaction pourraient atteindre jusqu’à 30 % du PIB mondial d’ici à la fin du siècle. En France, les économistes ont chiffré le coût de l’inaction à 15 % du PIB dès 2050, tandis qu’une transition planifiée coûterait seulement 0,5 à 1 point de PIB en 2030.

Les résultats de cette consultation citoyenne indiquent que nous voulons une écologie juste, désirable et rassembleuse. Il est temps de passer d’une écologie conceptuelle à une écologie concrète du quotidien, ancrée dans l’expérience personnelle et les réalités locales. « L’écologie ne souffre pas d’un déficit d’information, mais d’un déficit de sens partagé. Et la crise du langage écologique révèle une crise plus profonde encore : celle de l’imaginaire et du collectif », remarque Alexandra Palt, présidente du WWF France.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.