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J’aimerais monter un mouvement politique avec des personnalités à impact

Conquérant, autodidacte, ou tout-terrain. Difficile de qualifier Jean-Philippe Cartier, entrepreneur invétéré et investisseur avec H8 Invest, une holding qu’il fonde en 2008 et qui, aujourd’hui, contribue à la croissance d’une quarantaine de sociétés. Avant cela, la vente de jeux vidéo alors qu’il n’a que 14 ans, la création d’une conciergerie avant de souffler son 18e anniversaire, le succès dans des secteurs comme le Web, l’hôtellerie et la restauration. Ses parents, chirurgien et infirmière, n’ont jamais baigné dans cet univers particulier qu’est l’entrepreneuriat. En revanche, « voir son papa travailler 15 heures par jour, être passionné, et rentrer faire son sport à minuit… Tout cela est bien plus efficace que n’importe quelle formation ! », défend Jean-Philippe Cartier. Dans une société où chaque mot pèse lourd, chaque parole peut se retourner contre vous, il est des hommes qui ne succombent pas aux tendances. Jean-Philippe Cartier, amoureux du patrimoine français, défend corps et âme son pays à l’heure où les prophètes de malheur le dénigrent et s’en vont. Le même qui regrette l’infobésité autour de la tech et de l’IA au détriment de tous ces entrepreneurs oubliés, qui luttent chaque jour pour faire prospérer leur PME et TPE. Il le sait, à 49 ans, une mécanique s’installe forcément. Un sentiment d’avoir fait le tour. Alors l’engagé n’exclut pas son entrée en politique – cela fait plusieurs années que ce proche de Bruno Le Maire s’implique en coulisse. Dans une France coupée en deux et livrée aux mains des extrêmes, le bon sens pourrait venir des entrepreneurs comme lui. Chiche !

Comment est-ce possible qu’un gamin de 16 ans pense déjà à monter une entreprise ?

UN INVINCIBLE ÉTÉ

 

 

Jean-Philippe Cartier fait
partie du casting d’un
film documentaire réalisé
par Stéphanie Pillonca
et qui dresse le portrait
d’un homme qui voit sa
vie basculer du jour au
lendemain lorsqu’on lui
annonce qu’il ne lui reste
probablement plus que trois
ans à vivre. Cet homme,
c’est Olivier Goy, atteint
de la maladie de Charcot,
ami et associé de Jean-
Philippe Cartier. Loin de
subir, Olivier préfère ignorer
ce compte à rebours et
profiter de chaque seconde.

Il existe des femmes et des hommes, je le crois profondément, qui naissent entrepreneurs. Et j’en fais partie. Mon père était chirurgien, ma mère infirmière… a priori je n’étais pas destiné à mettre les pieds dans le monde entrepreneurial. Vous dites 16 ans, mais en réalité j’ai commencé à commercer avant, vers 14 ans. Là où d’autres enfants se passionnent pour les jeux vidéo avant tout pour ce qu’ils apportent en termes de divertissement, moi je les importais d’Asie pour les revendre, et j’adorais cela. Voilà sans doute ce qui caractérise les entrepreneurs de nature : l’amour du commerce, de l’échange, et la volonté d’être indépendant.

Vouloir entreprendre si jeune, c’est aussi faire une croix sur un parcours scolaire. Le choix a-t-il été difficile ?

J’ai toujours été un élève moyen sur les bancs de l’école. Mon envie était d’ailleurs de quitter le système scolaire le plus rapidement possible, ce que j’ai fait. Mon père m’a laissé faire, ma mère était un peu plus inquiète. Mais ce qui les a rassurés, c’est que je n’ai pas arrêté l’école pour me tourner les pouces. Ou construire un projet qui aurait pris des années avant de voir le jour. Fonceur, je n’ai jamais tourné autour du pot. Alors certes j’ai sacrifié mes études, mais pour la bonne cause : monter mon entreprise. Je referais exactement la même chose aujourd’hui. Mieux encore, j’encouragerais un jeune de 16 ans, s’il a cette passion pour le business, de se lancer sans attendre… En 2024 c’est plus simple que par le passé.

Votre première entreprise donc, Prestigium Paris, est une conciergerie. Racontez-nous.

© Matthieu Salvaing

C’était très concret, très pratique. Bref le fondement même de ce que doit être une entreprise : répondre à un besoin ! J’ai monté Prestigium Paris avec un ami d’enfance, je n’étais pas encore majeur. Je m’amusais à noter dans un petit cahier tous les services à domicile auxquels je pensais : la possibilité de faire garder son chien, trouver des médicaments en pleine nuit, etc. Une vraie conciergerie donc. Hélas l’aventure n’a pas fonctionné. D’abord parce que l’on était trop différent avec mon associé… qui n’avait pas vraiment cette fibre entrepreneuriale. L’entreprise ne dure que quelques mois, on apprend en faisant.


Un premier échec qui ne vous
empêche pas de rebondir : place ensuite à l’automobile. Vous fondez Autoreflex.com ?

Si je ne suis pas un
actionnaire utile…
à quoi bon ?

Je décide de partir aux États-Unis rejoindre un copain, Internet fait ses débuts dans les années 1990. Je découvre Autobytel, un site en ligne spécialisée dans la vente de voitures. J’étais passionné d’autos à l’époque, j’allais régulièrement aider un commerçant vendre des voitures du côté de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne, ndlr). En passant, vous trouverez toujours ce lien entre passion et entrepreneuriat, je suis convaincu que c’est une condition sine qua non pour réussir. Bref, l’idée me plaît et je décide d’importer le concept en France. Ce sera via Autoreflex.com. On est en 2000, j’ai 100 000 francs en poche qui viennent de mon PEL, et je m’appuie sur le soutien d’un stagiaire de 17 ans, moi-même j’en ai 20. On essaie de monter ce site de petites annonces ensemble. Les développeurs ne courent pas les rues, on n’y connaît pas grand-chose alors pas d’autre choix que de faire appel à une société qui va concevoir notre site Internet, et ce contre une partie du capital. Au départ le trafic est très faible sur notre site. Coup de chance, il en faut un peu lorsque l’on crée sa boîte, je rachète une entreprise à un euro symbolique parce qu’en décroissance, mais qui avait le mérite d’avoir un site plus actif avec 9 000 visiteurs chaque jour. Un internaute nous informe par courriel qu’il vient de vendre une voiture sur notre site… Surprise ! Les ventes s’enchaînent.

Malgré le succès, vous préférez vendre Autoreflex.com. Pourquoi ?

Vous savez, je suis un dealmaker. J’adore créer de la valeur, pas pour l’argent en soi. Faire décoller des projets en équipe, voilà ce qui me passionne… Mais au bout de dix ans j’ai décidé de revendre. C’était progressif entre 2004 et 2008 avec quelques opérations de cession d’actions, de revendre l’intégralité du capital en 2012 aux groupes Axel Springer et Mondadori. Il y a vingt ans, c’était possible de monter une entreprise avec 15 000 euros et de la revendre plusieurs dizaines de millions sans aucune levée de fonds… C’est une grande fierté. Amener les sociétés au plus haut, puis recommencer avec d’autres.

L’aventure se poursuit avec la création de H8 Invest et H8 Collection. Comme une nécessité d’allier le sens et votre amour du patrimoine français.

En 2008 je crée ma holding H8 Invest, actionnaire aujourd’hui d’une quarantaine de sociétés. Je la détiens à 100 %. C’est grâce à la première partie de ma vente d’Autoreflex.com que j’ai pu donner naissance à cette nouvelle aventure. L’idée est assez simple : soutenir des projets qui ont du sens, me déployer dans des secteurs qui me plaisent. Investir là où je sais que je serai pleinement utile. Si je ne suis pas un actionnaire utile… à quoi bon ? Une dizaine de personnes travaillent au global pour H8 Invest. Et vous avez raison, en parallèle d’H8 Invest j’ai fondé H8 Collection en 2015, car je suis passionné par le secteur de l’hôtellerie de luxe. Avec cette envie de réveiller les belles endormies. De donner une seconde vie à des joyaux du patrimoine français. Après quelques années et nombre d’acquisitions hôtelières je décide de vendre une partie de H8 Collection en 2020, 30 % du capital à la famille Labruyère. Puis le solde il y a quelques mois. Aujourd’hui je possède encore quatre hôtels : le Mont-Blanc à Chamonix, que je considère comme le plus beau spot du monde ; Le Flaubert à Trouville que j’ai racheté avec Pierre-Antoine Capton (Mediawan, ndlr) ; Maison Pigalle à Paris ; et enfin mon tout dernier projet, en juin 2024, le Mas Candille à Mougins (Alpes-Maritimes, ndlr) aux côtés de la famille Courtin-Clarins.

UN COUP DE COEUR
La défense du made
in France avec CQFD
« Je me bats pour la
réindustrialisation, j’investis
dans une marque qui
fabrique des vêtements
produits en France, CQFD.
On a retrouvé des ateliers
magnifiques en France
[…] C’est une marque
de luxe, on vend des
chemisiers, entre autres,
que l’on peut retrouver
chez des grandes marques,
comme Saint-Laurent
[…] Et pour cela nous
retournons voir des artisans
français et nos usines.
C’est vraiment ce que j’ai
envie de rendre à mon
pays », dixit Jean-Philippe
Cartier, en avril 2024
sur BFM Business dans
l’émission « Les Pionniers »
de Frédéric Mazzella.

Qu’est-ce qui vous plaît tant en France ?

Je ne suis pas né dans une famille bourgeoise, je n’ai pas fait d’études, et pourtant j’ai réussi. On a trop tendance à dénigrer notre pays, alors que beaucoup de choses sont possibles. J’aurais pu partir à 40 ans à Londres ou en Suisse pour des raisons fiscales… Mais jamais. Parce que j’aime trop mon pays. J’aime sa culture, son patrimoine, ses terres et ses paysages. J’aime son savoir-faire, ses marques de luxe reconnues à l’international, son hôtellerie, sa gastronomie. Mon rôle, c’est de dire haut et fort que l’on peut faire des choses en France et que notre pays regorge d’atouts. Et enfin, n’ayons pas la mémoire courte. L’aide étatique durant la pandémie à destination des entreprises a été une réponse formidable à une situation exceptionnelle. Vraiment, je remercie le ministre Bruno Le Maire et ses équipes qui ont su réagir rapidement alors que l’activité des entreprises était réduite à néant ou presque en pleine crise sanitaire. La politique économique qui a été menée ces dernières années a rarement été aussi pro-entreprise, et c’est tant mieux.

Vous parlez politique, on connaît votre engagement dans ce domaine. Comment expliquez-vous les événements récents (européennes, dissolution et législatives) ?

© Hamilton de Oliveira

Il est vrai que je suis très engagé politiquement sur toutes les questions économiques. Ce n’est un secret pour personne mais cela fait longtemps que je m’implique en coulisse, étant proche de Bruno Le Maire, et lui adressant les remontées du terrain. Pourquoi en sommes-nous arrivés là aujourd’hui ? Parce que nous devons remettre au coeur de notre pays tous les gens qui bossent et qui permettent à notre pays de fonctionner correctement.

© l’oeil de deauville

Et pas simplement mettre en avant les acteurs de la « start-up nation ». Ne laissons pas tous les autres entrepreneurs avoir cette sensation de n’être que sur la touche, la plupart bossent comme des fous pour faire prospérer leur PME ou TPE. C’est l’un des reproches que je ferais au gouvernement actuel (avant la dissolution, ndlr), cette déconnexion importante qui s’est créée avec le peuple français et cet excès de technocratie.

L’ANECDOTE
« Je n’ai pas d’ordi
dans mon bureau ! »
Dans les locaux de
H8 Invest, boulevard
Haussmann à Paris, Jean-
Philippe Cartier nous reçoit.
Un flipper Monopoly au
fond de la pièce, un grand
bureau avec une pile de
dossiers, des stylos,
un téléphone portable.
Jusqu’ici tout va bien. Et
l’ordinateur ? Que nenni !
L’entrepreneur le concède :
« Je n’ai pas d’ordinateur,
je suis très investi dans
mes entreprises ce
qui me permet d’avoir
tout en tête […] J’ai mon
téléphone portable et
mon cerveau, l’ordinateur
je n’en ai pas besoin ».

Personnellement, vous pensez à vous lancer ?

Oui je défendrais le « PBS » pour Parti du Bon Sens ! (rires). Plus sérieusement, bien sûr que j’y pense et cela fait un moment déjà. Fédérer des gens engagés autour de moi, ce ne sera pas compliqué. Je crois sincèrement à l’engagement et un renouveau de la vie politique grâce à l’action des entrepreneurs. J’aimerais monter un mouvement avec des personnalités à impact pour remettre au centre des débats les gens qui bossent et qui font ! L’entrepreneur, peu importe lequel, incarne cette force vive de la nation dont nous avons tant besoin. Faisons confiance aux gens de terrain. Redonnons à la valeur travail toute sa grandeur pour que celles et ceux qui réussissent en France ne soient plus pointés du doigt. Quel intérêt à s’acharner sur les plus riches d’entre nous ? Un homme comme Bernard Arnault (LVMH, ndlr) est une grande chance pour la France. Pour l’anecdote, je discutais récemment avec un représentant du Rassemblement national, parti auquel je n’adhère pas, et je lui disais pour renouer avec la valeur travail : pourquoi ne pas interdire le chômage aux moins de 30 ans en parfaite santé plutôt que de les exonérer de l’impôt sur le revenu ? Le travail, ne l’oublions pas, c’est aussi et avant tout le lien social.

UNE CITATION
Son papa lui répétait sans cesse cette petite phrase devenue maxime pour notre entrepreneur : « La chance, c’est déjà d’avoir du talent ».

Que peut-on vous souhaiter pour demain ?

Je me connais suffisamment pour savoir que je ne fonctionne qu’à l’engagement. C’est mon moteur. S’engager, c’est exister et faire bouger les lignes. Tout ce qui m’est confortable me rend en réalité inconfortable. J’ai bientôt 50 ans, le futur ? Soit vous prenez votre retraite soit vous continuez à vibrer, à agir. Inutile de vous dire que je choisirai la seconde option.

Hôtel Mont-Blanc 5 étoiles à Chamonix
© Fabrice Rembertjpg
© Matthieu Salvai

 

 

 

 

 

Jean-Philippe Cartier, l’homme de montagne tel qu’il se définit lui même, est l’heureux propriétaire de l’hôtel Mont-Blanc à Chamonix, et vient d’ouvrir le Mas Candille à Mougins.

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel et Jean-Baptiste Leprince 

 

 

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