[Portrait de mots] Général (2s) Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Chaque mois, et grâce aux mots, la linguiste, styliste du langage et artiste Jeanne Bordeau entre dans l’intimité de personnalités de premier plan – chefs d’entreprise, artistes, sportifs, institutionnels. Le Général (2s) Vincent Desportes, expert en géopolitique et ancien directeur de l’École de guerre, s’est prêté au jeu. 

Des mots, encore des mots, toujours des mots… que pensez-vous des mots ?

Je suis attaché à la langue française. Ses mots sont précis et permettent d’exprimer de la nuance. Les mots y contribuent et la confection des phrases également.

Dans votre univers professionnel, dites-moi cinq mots importants que vous aimez entendre ?

La confiance, le courage, l’esprit de décision, la stratégie et l’aptitude à la prise de risque.

Dans votre univers personnel, quels sont vos mots favoris ?

La considération, le respect, la compréhension, la bienveillance, l’amour.

Dans l’actualité, quels sont les mots qui vous irritent ?

Je me méfie des mots utilisés à mauvais escient ou des mots-valises comme le verbe gérer qui sert à tout ! Je me méfie des mots usés comme le connecteur « du coup » répété à l’envi. La disparition des mots de liaison empêche la démonstration d’un propos, par exemple toute notion de cause à conséquence est supprimée par la disparition des mots de liaison !

Les anglicismes aussi m’irritent. Ainsi, par un glissement sémantique, le verbe soutenir est remplacé par le verbe supporter ! Mais attention, dans l’armée, les mots soutien et support sont deux mots aux sens vraiment différents !

Pouvez-vous donner un mot qui signe l’avenir ?

L’espérance !

Dans votre jardin personnel, cultivez-vous des citations à propos des mots et du langage qui vous semblent référentes et que vous mettez souvent en avant ?

Oui, c’est une citation connue d’Albert Camus mais elle est éloquente : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

J’apprécie aussi cette phrase de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

Y a-t-il un ou des slogans de publicité qui vous restent à l’esprit ?

Oui, c’est une publicité très suggestive sur la publicité qui disait simplement : « Demain, j’enlève le bas ».

Y a-t-il des titres de films qui vous plaisent particulièrement ?

Oui, plusieurs. Ils possèdent de l’ampleur : Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now, Out of Africa, Gone with the Wind.

Y a-t-il des titres de chansons que vous trouvez beaux, prenants ?

La Quête (Brel), Bridge over Troubled Water. Et deux titres de Johnny Hallyday : L’envie d’avoir envie et Requiem pour un fou.

Pouvez-vous me donner les titres de trois livres qui vous ont toujours tenu à cœur ?

La Mélancolie d’Athéna (Michel de Jaeghere), De la guerre (Clausewitz), L’Art de la guerre (Sun Tzu).

Qu’est-ce qui vous enrichit en termes de mots ? Comment vous nourrissez-vous ?

Par la lecture d’essais. Et également par la lecture de bons romans policiers, profonds et fins dans leurs analyses psychologiques.

Si vous deviez choisir 7 mots qui vous dessinent, lesquels choisiriez-vous ?

Volonté, humanisme, enthousiasme, beauté et harmonie. Et ordre, avec l’idée de sobriété. Enfin, l’amour, l’amour des autres, l’intérêt et l’écoute de chacun ; je prête une vraie attention à chaque personne.

Quels sont les mots répétitifs que votre entourage dit souvent de vous ?

J’entends souvent dire que je suis rationnel et logique, sensible voire susceptible, solide et volontaire, hyper organisé, gentil et chaleureux, avec un côté plutôt drôle !

Quel est le plus beau mot de la langue française ?

Ensemble, c’est un mot riche car, pour moi, chaque homme et chaque femme n’existent que par et grâce à l’autre !

Quels synonymes donneriez-vous au mot chance ?

Travail, sens des opportunités et discipline personnelle. La chance, on se la doit. « Un homme, ça s’oblige » (Camus). L’homme est condamné à être libre et cette liberté confère la responsabilité !

Avez-vous une devise ?

Oui. Elle est simple et brève : « Faire face ! »


… Par Jeanne Bordeau

Elle est à la fois linguiste, artiste, styliste du langage et historienne des mots. Fondatrice d’un bureau de style en langage, Jeanne Bordeau accompagne les entreprises désireuses d’écrire une langue qui leur ressemble. Elle a déposé des méthodes d’analyse du discours, publié une quarantaine d’études et quinze ouvrages professionnels sur le langage. Elle a enseigné à Aix-Marseille, à la Sorbonne Paris V et à l’École Holden en Italie, créée par Alessandro Baricco.

Jeanne Bordeau a créé une œuvre singulière : collecter les mots des médias pour composer des tableaux-collages. Vingt ans plus tard et au travers des onze mêmes thèmes retenus chaque année, cette œuvre incarne un observatoire artistique et sémantique de l’époque.

Ps : ce portrait de mots est à retrouver dans le n°129 d’EcoRéseau Business. 

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